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Baisser le coût de la vie, une équation impossible Outre-mer

Les gilets jaunes sont peu nombreux à se manifester en Martinique, mais la colère de tous les citoyens face à la cherté de la vie est bien palpable. Question : quand donc le coût de la vie va-t-il baisser chez nous ?
 

Les gilets jaunes de Martinique ont envahi le centre-commercial. © Jean-Claude Samyde
© Jean-Claude Samyde Les gilets jaunes de Martinique ont envahi le centre-commercial.
  • Par Jean-Marc Party
  • Publié le , mis à jour le
Le coût de la vie est toujours plus cher outre-mer que dans l’Hexagone. Vérité historiquement démontrée, politiquement fondée, économiquement nécessaire. Il ne pourra en être autrement tant que nos territoires seront organisés selon la logique de l’ancien domaine colonial. Il ne pourra en être différemment tant que l’Etat se considèrera l’héritier de l’ancien empire.
Dès les premiers temps de la colonisation des Amériques par les puissances européennes, un principe est établi pour la gestion des possessions lointaines : « Pas un clou, pas un fer qui ne vienne de la métropole ». Il s’agit de réserver le commerce maritime aux armateurs européens, alliés de leurs gouvernements. C’est le régime dit de l’Exclusif.
 

Une donnée historique ancienne


Tout ce qui est vendu dans la colonie vient de sa métropole. Tout ce qui est produit dans la colonie est vendu dans sa métropole. Même quand il possible, sur le plan technique, de raffiner du sucre de canne sur place, par exemple, cela est interdit aux colons. Ils sont contraints fournir du sucre brut aux usines européennes.
L’idée est d’empêcher l’émergence d’une classe d’entrepreneurs susceptibles de revendiquer une forme d’émancipation une fois qu’elle se sera enrichie. Les contradictions entre ces colons et la puissance doivent tourner à l’avantage de cette dernière afin qu’elle maintienne sa tutelle sur la colonie. L’impossibilité d’appliquer ce dogme a provoqué les conflits ayant amené à l’indépendance des colonies britanniques et espagnoles et portugaise.
Aucune production ne peut être envisagée si elle n’entre pas dans le cadre étroit de ce régime. Les autorités administrant la colonie ne peuvent pas choisir les marchés d’approvisionnement. Les prix des marchandises importées sont mécaniquement tirés vers le haut, ne serait-ce qu’en raison des frais de transport. En outre, elles sont frappées d’une taxe à l’entrée du port. Sa version française est l’octroi de mer.
 

La donne n’a pas changé en quatre siècles


Quatre siècles plus tard, l’écrasante majorité des produits que nous consommons vient de France hexagonale et d’Europe de l’ouest. Notre production agricole, artisanale, industrielle ou touristique est très largement insuffisante pour couvrir nos besoins et enrichir le territoire. Nous restons contraints de nous approvisionner sur les mêmes marchés. Nous restons obligés de nous adresser aux mêmes consommateurs.
La vie chère est une donnée historique. Vouloir abolir cette logique revient à changer radicalement de système économique et donc, de régime politique. Y sommes-nous prêts ?
 

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