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Bolivie : derrière un habile coup d’État, l’ostracisme envers les Amérindiens

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Evo Morales
Evo Morales, le président démissionnaire de la Bolivie. ©F2
La démission forcée du président bolivien Evo Morales doit aussi être lue à la lumière de son origine ethnique pour comprendre les raisons qui l’ont amené à trouver refuge au Mexique.
 
Le coup d’État contre le président de Bolivie Evo Morales résulte de trois causes entremêlées. Tout d’abord, il a détourné la Constitution pour se faire élire une troisième puis une quatrième fois. Grave erreur stratégique.

Ensuite, les milieux patronaux et les secteurs les plus conservateurs de la scène politique lui ont reproché les succès de sa politique économique. Il a, en effet, su redistribuer les revenus tirés du pétrole et du lithium, deux ressources naturelles abondantes. Les classes moyennes et la principale centrale syndicale l’ont longtemps soutenu pour cette raison.

Troisièmement, il est porteur d’un handicap majeur. Evo Morales est un indigène, un Amérindien du peuple Aymara. De tout le continent américain, il est le premier autochtone élu président de son pays. Impardonnable pour les Boliviens descendants des colons espagnols.

Comme tous les peuples premiers des Amériques, ceux de Bolivie ont été marginalisés, méprisés, humiliés, pourchassés, massacrés. Dans les territoires accaparés par la France, le bilan est limpide. Sans succès, les peuples autochtones de Guyane (Teko, Galibi, Wayana, Palikur, Kalina, Arawack, Wayampi), réclament la restitution de leurs terres ancestrales volées par les colons. Un vaste territoire indûment occupé par tous les descendants de la période coloniale. L’État garde un silence gêné.
Manifestation en Bolivie
Manifestation en Bolivie (novembre 2019). ©F2

Les peuples premiers sont les premières victimes de la colonisation


Son voisin, le Brésil, fait pire, en pourchassant les dernières tribus survivant dans l’Amazonie. Admettre la spoliation de l’espace vital des premiers habitants des Amériques revient pour les États à renoncer à une parcelle de leur souveraineté. L’équation est insoluble car elle remet en cause les frontières héritées de la colonisation européenne et l’équilibre géopolitique du continent, de l’Alaska à la Terre de feu, en passant par la Caraïbe.

Dans notre archipel, la situation est plus simple, en quelque sorte. Les descendants des Arawaks (qui se dénommaient Lukunu) et des Caraïbes (qui s’appellaient Kalinago) ont disparu. L’accord mettant fin à la guerre entre les Caraïbes et les troupes franco-anglaises, en 1660, a été violé à plusieurs reprises par les colons.

Pourtant, notre culture comporte de nombreuses traces des civilisations autochtones. L’alimentation, certains rites funéraires, de nombreux noms de lieux, l’art de la vannerie sont autant de signes incorporés à notre culture, sans que nous sachions en déterminer l’origine. 
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