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Chlordécone : l’exigence de justice, une demande insatisfaite

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Bananiers aux Antilles
Bananiers aux Antilles ©INSERM
Le préfet souhaite sortir par le haut de la crise du chlordécone, ainsi qu’il l’a exprimé dans ses déclarations à notre journal télévisé de dimanche soir. Des propos suscitant de très nombreuses réactions contrastées sur les réseaux sociaux, dont celui de notre rédaction.
 
"Jistis nou ka mandé. Respé nou ka mandé" (Nous demandons justice et respect). C’est, en résumé, la demande exprimée par les peuples de Guadeloupe et de Martinique intoxiqués par le pesticide à base de chlordécone.

Comment ne pas entendre cette demande de réparation d’un préjudice causé volontairement ? Comment ne pas comprendre cette aspiration collective à la paix ?

Le Code civil est clair. L’auteur d’un dommage à autrui est tenu de le réparer. Ce principe républicain serait-il oublié ? Aimé Césaire avertissait : "Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde".

Pourquoi, dès lors, cet épais silence de l’autorité judiciaire ? Pourquoi les plaintes déposées par des militants écologistes depuis 12 ans n’ont pas encore abouti à la moindre poursuite contre les acteurs connus du scandale ?
 

Les magistrats restent sourds et aveugles à notre souffrance


Pourtant, de nombreux scientifiques n’ont cessé de tirer la sonnette d’alarme. Et ce, depuis l’apparition du produit dans nos pays, en 1969. Le débat n’est plus là. Il s’agit dorénavant de rendre justice comme le réclament des citoyens anonymes, des militants et certains dirigeants politiques.
Comme Yan Monplaisir, premier vice-président de l’Assemblée de Martinique.

Dans une lettre ouverte au président de la République, il attire son attention sur "la souffrance et le trouble de la population qui se sait empoisonnée, toutes générations confondues".
Il déplore les blocages de centres commerciaux, mais il souligne qu’ils sont le signe d’une colère générée par l’anxiété. Une colère prévisible selon lui, qui conclut : "Seule une vraie justice saura l’apaiser. Pas de justice, pas de paix".

Un exemple parmi d’autres de prises de position récentes sur le sujet. Sortir par le haut de cette interminable crise, comme le souhaite le préfet, passe nécessairement par l’action judiciaire. Nos magistrats le savent-ils ? Vivent-ils vraiment dans le même pays que les victimes du chlordécone ?
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