Cinquante ans de combats électoraux pour l’indépendantiste martiniquais Alfred Marie-Jeanne

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Alfred Marie-Jeanne
Alfred Marie-Jeanne, président du conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique. ©Martinique la 1ère

Coïncidence du calendrier, dimanche 14 mars 2021 est le cinquantième anniversaire, jour pour jour, de l’élection d’Alfred Marie-Jeanne comme maire de Rivière-Pilote.

Les élections municipales de 1971, lors desquelles Alfred Marie-Jeanne est élu maire de Rivière-Pilote constituent le premier pas de l’ascension politique du chef du Mouvement indépendantiste martiniquais (MIM). Depuis cette date, le président du conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique a occupé de nombreux mandats électifs.

Sa première victoire est acquise face au Dr. Jules Sauphanor. Ce notable est vice-président du Conseil général et conseiller général. Il est également une figure de proue de l’Union de défense de la Ve République (UDR), dont la fédération départementale milite pour le maintien de la Martinique au sein de la France.

Les clivages idéologiques sont fortement marqués à cette époque. Le nouveau maire se situe délibérément dans le camp de ceux qui travaillent au desserrement du carcan postcolonial dans lequel sont insérés les départements d’outre-mer.

Des clivages fortement marqués

 

Qui est Alfred Marie-Jeanne lorsqu’il devient maire, à l’âge de 35 ans ? Jean-Louis Fonsat, un militant du Mouvement indépendantiste martiniquais qui a suivi de près l’ascension de celui qui est surnommé "Chaben", nous propose son éclairage.

 

Jean -Louis Fonsat

 

À l’occasion des élections municipales de 1971, le paysage politique connaît de fortes turbulences. En même temps qu’Alfred Marie-Jeanne, sont élus cinq autres maires socialistes ou indépendantistes. Ils sont surnommés les "maires rouges". Ce sont Ernest Wan Ajouhu, au François ; Maurice Louis-Joseph-Dogué à Ducos ; Georges Elisabeth à Rivière-Salée ; Casimir Branglidor à Trinité ; Edouard Jean-Elie à Ajoupa-Bouillon.

En 1973, nouvel affrontement entre Marie-Jeanne et Sauphanor pour le siège de conseiller général du canton. Le sortant est battu à nouveau. Le porte-drapeau de la mouvance "La parole au peuple" poursuit son ascension.

Les élections législatives de 1973 lui offrent une audience à l’échelle de la Martinique. Il forme une alliance avec le Parti progressiste martiniquais. Aimé Césaire est réélu dans la circonscription du Centre mais Alfred Marie-Jeanne s’incline dans le Sud.

De nombreux mandats électifs

 

Maire puis conseiller général, candidat au mandat de député, Alfred Marie-Jeanne installe peu à peu le courant indépendantiste sur l’échiquier politique. La mouvance "La Parole au peuple" se transforme en Mouvement indépendantiste martiniquais en 1978.

Le MIM devient un mouvement politique de masse, à l’instar du Parti progressiste martiniquais (PPM). Il s’appuie notamment sur une nouvelle organisation syndicale, la Centrale syndicale des travailleurs martiniquais (CSTM), pour étendre son influence. Le MIM finit par entrer au Conseil régional en 1990, avec 7 élus sur 41.

Alfred Marie-Jeanne se forge une image de gestionnaire et de politique intransigeant, comme nous l’explique Jean-Louis Fonsat. Il estime que le chef du MIM contribue à modifier la donne politique dans le pays.

 

Jean-Louis Fonsat

 

La suite est beaucoup mieux connue. Le MIM et son leader connaissent une progression permanente, en dépit de plusieurs revers électoraux, notamment aux élections municipales de 2001 à Fort-de-France. Député en 1997 et réélu en 2002, 2007 et 2012. Alfred Marie-Jeanne est également président du Conseil régional en 1998 puis en 2004. Battu par le PPM de Serge Letchimy en 2010, il devient le premier président du conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique en décembre 2015.

Le temps viendra du débat sur la validité de la notion d'indépendance nationale aujourd'hui. Le moment viendra aussi, à l'occasion des élections territoriales de juin 2021, de questionner l'influence et l'audience du MIM dans le paysage politique et dans la société martiniquaise.