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Le créole est-il encore la langue maternelle martiniquaise ? 

Ce 21 février, c’est la Journée internationale des langues maternelles, sous l’égide des Nations unies. Chaque année depuis 1999, c’est le moment de se pencher sur la vitalité des 7 000 langues parlées sur notre planète. Et donc sur notre créole.
 

L'homme de lettres martiniquais Daniel Boukman (de dos), spécialiste du créole, au Prêcheur lors d'une journée autour du créole. © Martinique la 1ère
© Martinique la 1ère L'homme de lettres martiniquais Daniel Boukman (de dos), spécialiste du créole, au Prêcheur lors d'une journée autour du créole.
  • Par Jean-Marc Party
  • Publié le
Quelle est la langue maternelle martiniquaise ? Le créole ou le français ? Ou les deux ? La question se pose. Il n’est que d’entendre les enfants dans les cours de récréation s’exprimer spontanément en français. Les enseignants disent que le créole recule.

Il suffit de nous entendre au quotidien parler français entre collègues de travail, dans la rue, dans les magasins, à la mairie, à la Sécu. Là aussi, le créole est menacé. Heureusement, il est utilisé chaque jour par de larges fractions de la population qui a besoin de le parler. Le vocabulaire et la manière de penser des marins-pêcheurs et des agriculteurs puisent dans la richesse de notre idiome premier. Sans oublier les personnes âgées, beaucoup le parlant depuis leur enfance.
 

Le créole ne meurt pas en dépit de menaces pesantes


Depuis quelque temps, nous observons un réel engouement de certains jeunes pour la langue native. Elle n’est pas enseignée partout, mais volontiers apprise du collège à l’université. Signe patent que le créole ne meurt pas, en dépit des contrecoups de l’assimilation culturelle déployée durant plusieurs décennies.

Au point que nous avons longtemps vécu une situation de diglossie, comme disent les linguistes, les spécialistes de l’étude des langues. Le français a longtemps dominé le créole, dans une relation hiérarchique. La diglossie n’est pas le bilinguisme, ou l’utilisation indifférente de deux langues situées sur le même plan.
N’est-il pas temps de se demander si nous ne sommes pas entrés dans une nouvelle ère langagière ? Qui peut démontrer que le créole est notre langue maternelle, quand tout le monde parle et comprend le français ? Qui peut prétendre que notre langue maternelle est le français, quand nous vivons tous dans un univers social et culturel profondément marqué par le créole ?

Ne sommes-nous pas en train d’expérimenter une situation intermédiaire entre diglossie et bilinguisme ? En clair, d’inventer la coexistence de deux langues maternelles ? Ce qui serait, à tout le moins, plutôt original.
 

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