Devons-nous honorer Napoléon, cet anti-héros antillais ?

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Tableau de Adam Albrecht (1841) : "Napoléon devant Moscou en flammes". ©DR

Le 5 mai 2021, le bicentenaire de la mort de Napoléon Ier sera commémoré par ceux qui se disent nostalgiques de l’empereur qui a dirigé la France durant une quinzaine d’années au début du XIXème siècle. Un sujet qui nous interpelle aussi.

Faut-il célébrer l’héritage de Napoléon Bonaparte, empereur des Français sous le nom de Napoléon Ier ? La question est en débat chez plusieurs historiens. Elle commence à déborder sur le terrain politique. Ce qui s’explique aisément, Bonaparte ayant été un chef d’Etat dont certaines décisions sont passées à la postérité.

Il a créé ou suscité la création du Code civil, des départements, des préfets, de la Banque de France, des lycées, de la gendarmerie, de la police. Ces réformes ont traversé le temps jusqu’à nos jours. Il est aussi connu pour avoir rétabli l’esclavage dans les colonies où il avait été aboli.

Un chef d’Etat redouté et moderne à la fois

 

Sur ce plan, de nombreux travaux scientifiques ont montré qu’il n’avait pas été influencé par son épouse Joséphine Tascher de la Pagerie, fille de planteurs békés des Trois-Ilets. Dernier en date, l’historien guadeloupéen Frédéric Régent, professeur à l’Université de Paris-I, explique qu’aucune preuve n’existe révélant un penchant de l’empereur pour le travail servile.

"La position de Napoléon est opportuniste au gré des situations géopolitiques", explique-t-il, dans un entretien croisé avec l’un de ses confrères, Pierre Branda, dans l’hebdomadaire Le Point du 5 mars 2021. Obsédé par sa guerre permanente avec l’Angleterre, la grande rivale de la France sur les océans et en Amérique, Napoléon rétablit l’esclavage en Guadeloupe et en Martinique en 1802 pour ne pas affaiblir le pays.

Il veut à tout prix conserver Saint-Domingue, la plus prospère des possessions françaises de la Caraïbe. Or, le corps expéditionnaire commandé par le général Leclerc, le beau-frère de l’empereur, est vaincu par l’armée des noirs rebelles. Une défaite militaire débouchant sur la création de la République d’Haïti, le 1er janvier 1804.

Napoléon rétablit l’esclavage

 

Il est à espérer que la politique coloniale de Napoléon Ier  sera abordée à l’occasion des commémorations qui lui seront dédiées. Des cérémonies qui se comptent sur le doigt d’une main. Figure contestée, au sommet de sa puissance, Bonaparte a été renversé par un coup d’Etat en 1815 à cause de son autoritarisme. S’il est passé à la postérité, aucune force politique ne s’en réclame plus.

Ce qui explique le faible nombre de rues, avenues, boulevards, places ou édifices portant son nom. Comme tout peuple libre, le peuple français a le droit moral de retirer de l’espace public les statues et monuments rendant hommage à des personnages controversés comme Napoléon 1er. Tout peuple libre a, en effet, le pouvoir de choisir ses héros et héroïnes, ses figures tutélaires et ses personnalités de référence. Librement.