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Diffusion sur Snapchat du suicide de la martiniquaise Océane Alger : sa famille porte plainte

faits divers
Océane Alger
Océane Alger, morte à 17 ans ©Laurence Alger
Le procès d’un homme de 22 ans, accusé d’avoir partagé sur les réseaux sociaux la photo du corps d’une Martiniquaise décédée, se tient ce lundi 16 mars 2020 à Paris. La jeune femme de 17 ans avait mis fin à ses jours après avoir été victime d’un escroc.
C’est l’histoire d’une escroquerie qui vire au drame et plonge aujourd’hui une famille martiniquaise dans l’abattement. Le 8 mars 2018, Océane Alger se rend à la gare d’Évry-Courcouronnes en région parisienne. Elle descend sur la voie et se couche sur les rails, alors qu’une rame de RER est en approche. Le choc est violent.

En apprenant le suicide d’Océane, ses proches et ses amis sont littéralement sonnés. Ils ne comprennent pas. Comment cette élève de terminale, brillante, pétillante, dynamique et sans histoire a pu en arriver là ?
Océane, morte suicidée
Océane Alger à la maison, dans l'Essonne en région parisienne ©Laurence Alger
Née à Fort-de-France, Océane Alger a grandi dans l’Essonne. Au lycée François Truffaut, où elle est scolarisée (à Bondoufle, petite commune de 9500 habitants), l’adolescente prépare avec sérieux le baccalauréat Sciences et Technologies du Management et de la Gestion (STMG).

Quelques mois plus tôt, Océane s’est amourachée d’un garçon un peu plus âgé qu’elle. Rayan K. prétend être un chauffeur Uber et n’avoir pas de compte bancaire pour déposer les chèques que lui remet son employeur.
Océane, en famille
Océane Alger (manteau noir) avec sa mère et ses sœurs ©Laurence Alger
En février 2018, Océane cède et accepte de lui rendre service, en déposant sur son compte les fameux chèques, sans savoir qu’ils ont été volés. Elle lui donne en contrepartie sa carte bleue que le jeune homme utilise à volonté. Comme il fallait s’y attendre, les chèques frauduleux sont rejetés par la banque. Le compte d’Océane est dans le rouge. "L’escroquerie s’élève à 6300€", précise Laurence Alger, sa sœur aînée.

Océane est effondrée. La veille de son suicide, elle écrit une lettre pleine de culpabilité à ses parents :

"Je ne peux plus rester sous votre toit au sein de la famille avec tous les problèmes que je vous emmène. En soi ce n’est pas ma faute mais j’en assume les conséquences".   (Extrait de la lettre d'adieu d'Océane)

En octobre 2019, un an et demi après le drame, l’ex-petit ami d’Océane est jugé pour escroquerie aux chèques volés devant le tribunal correctionnel d'Evry-Courcouronnes. Absent au procès, Rayan K. est condamné à un an de prison avec sursis et 15 000 € pour le préjudice moral à la famille.
 

Nouveau rendez-vous judiciaire 


Après cette première épreuve judiciaire, les proches d’Océane ont à nouveau rendez-vous avec la justice ce lundi 16 mars 2020. Ils ont porté plainte contre un homme de 22 ans qui se trouvait sur le quai de la gare d’Évry-Courcouronnes quand Océane s’est suicidée. Il lui est reproché d’avoir pris une photo du cadavre et de l’avoir diffusé sur Snapchat.

"Non seulement il a fait la photo, mais il a pris le temps de la retravailler et d’ajouter un émoticône pour obtenir ce qu’il voulait, c’est à dire un maximum de vues", se désole Laurence Alger. La diffusion de la photo sur ce réseau social a ébranlé la famille d’Océane qui souhaite aujourd’hui, grâce à la médiatisation de ce procès, interpeller sur les dérives des réseaux en général, où circulent des images macabres et violentes.
Suicide Océane
Océane Alger et son père ©Laurence Alger
On se souvient qu’en janvier 2018, le jeune Andy Brigitte, 22 ans, avait été poignardé à mort à la station Châtelet-Les Halles, alors qu’il attendait son RER. Non seulement les autres passagers ne lui avaient pas porté secours, mais certains avaient filmé la scène et partagé sur les réseaux sociaux.
Laurence Alger revient sur le suicide de sa sœur, après une escroquerie à la carte bleue
Andy Brigitte était martiniquais comme Océane Alger. Il habitait dans l’Essonne lui aussi. Deux vies brisées dans la force de l’âge et deux morts salies par le voyeurisme. C’est le procès d’un monde qui se déshumanise à grand pas, d’un monde où le virtuel a supplanté le réel, qui se joue également au tribunal de Paris.