Dominique Poiret passe lentement la main après 47 ans de phytothérapie en Martinique

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Herboriste / Dominique Poiret / plantes
L'herboriste Dominique Poiret, passe la main à ses proches, après 47 ans de phytothérapie et une lourde opération du cœur (octobre 2021). ©Guy Etienne
L’herboriste le plus connu de l'île, a décidé de passer le relais de la phytothérapie en douceur à ses proches, à la suite d’une lourde opération à cœur ouvert, d’un AVC et d’un cancer. "J’ai soigné toutes les maladies chroniques par les plantes".

Il dit lui-même être "un miraculé", à la suite d’une lourde opération du cœur en mars 2021. Quelques temps auparavant, Dominique Poiret avait déjà affronté un AVC et un cancer. "Mais je suis encore debout". Aux yeux de son épouse Sandra, il est encore plus coquin, davantage taquin et toujours "poète", malgré toutes ces épreuves.

Il faut dire que cet homme à la belle voix grave, a eu plusieurs vies et flirté avec différentes passions, avant de se consacrer pleinement à la phytothérapie, une pratique ancienne au sein de sa famille. "J’ai toujours vécu dans la nature et mon arrière-grand-père soignait déjà par les plantes".

Son père riche..."n’aimait pas les noirs"

 

Né en Normandie, Dominique a beaucoup voyagé (l’Italie, l’Afrique équatoriale, l’Amérique...), avant de poser ses valises pour la première fois en Martinique à l’âge de 26 ans avec ses parents, au quartier Cap-Est au François.

Mon père était riche, propriétaire d’un château de 250 hectares et d’animaux… Mais j’ai été spolié. J’étais le paria de la famille, car ce père violent m’a mis de côté…

 

Le jour de sa mort, j’ai été soulagé (...).

Il n’aimait pas les noirs.

(Dominique Poiret)

 

"Je n’ai donc pas eu une enfance heureuse, mais j’ai réussi, car j’ai beaucoup travaillé dans ma vie, surtout au service de la pharmacopée locale" ajoute l’herboriste installé à Fonds-Rousseau à Schoelcher.

Auparavant, c’est au 9 de la rue Moreau de Jones à Fort-de-France qu’il recevait les adeptes de la phytothérapie, après avoir longtemps travaillé avec son mentor, Maurice Mességué, devenu une marque. "Il s’est occupé de moi plus que mon père" confie Dominique avec émotion.

Plantes / Dominique Poiret
(De gauche à droite) : 1. Bacopa moniéri ou "petite Véronique" (pour la mémoire et la concentration) / 2. herbe "mal-tèt" (pour les céphalés et les problèmes de peau) / 3. variété de "soulié zombi" (antioxydant, pour le stress, l'immunité, les problèmes urinaires, diabète, insomnie...) / 4. "zèb kabrit" (pour booster la libido, la circulation sanguine). ©Famille Poiret

"C’est la nature qui a raison".

Loin d’être une phrase en l’air ou le titre de son premier livre, ces quelques mots condensent ce que l’homme doit savoir et comprendre pour vivre en harmonie avec la Nature, seule façon d’assurer sa survie sur notre planète.

 

Maurice Mességué a écrit que "la conscience du danger est le commencement de la sagesse".

 

Beaucoup, aujourd’hui, acquièrent cette conscience et réalisent qu’il faut modifier en profondeur et très vite notre rapport à la nature.

Mais l’argent et le pouvoir de certains, bloquent les initiatives et la volonté d’évolution du plus grand nombre.

 

Dans son dernier livre intitulé "Sauver la Terre pour sauver l’Homme", Maurice Mességué a encore une fois expliqué, conseillé, tenté de faire bouger les lignes.

 

Jusqu’au bout, il aura mené le combat et s’est éteint sans savoir si la sagesse finira par l’emporter.

(messegue.fr)

 

Même s’il est en train de se retirer sur la pointe des pieds, Dominique garde tout de même un œil sur la gestion de son épouse et de son dernier fils. Il reste aussi attentif à l’actualité, comme par exemple la polémique sur le recours à la pharmacopée locale pour traiter la Covid-19.

Le traitement avec l’herbe à pic c’est du bidon.

Il faudra apprendre à vivre avec la Covid comme on a appris à vivre avec la grippe.

 

Mais il y a des plantes qui peuvent être prises en préventif, afin de renforcer l’immunité : exemple, "le desmodium", "le graviola", "le cordam", ou encore "la menthe coléria en infusion".

(Dominique Poiret)

Herbe à pic
Pied d'herbe à pic. ©Famille Poiret

"On m’appelait le diable"

 

Dominique se souvient de ses débuts en radio, d’abord sur une station religieuse, puis à RCI avec l’animateur Balthazard.

Quand j’ai commencé, ce sont les "gadé zafè" (voyants) qui utilisaient les plantes. 

On m’appelait "le diable", car j’ai vite été considéré comme le plus grand des voyants de l’île (…).

Mais il n’y a pas d’effet placebo dans la phytothérapie (…).

 

J’ai soigné toutes les maladies chroniques par les plantes…(allergies, asthmes, arthrose, circulation sanguine…).

(DP)

Témoignages / Poiret
Quelques félicitations issues du livre d'or de Dominique Poiret. ©Famille Poiret

Ses passions

 

En dehors des plantes, Dominique a d’autres passions auxquelles il s’est longtemps livré. En effet, il a été joueur professionnel de poker, il a enseigné les arts martiaux (le full contact). Il a fait beaucoup d’équitation car il adore les chevaux.

Mais ce fan de Johnny Hallyday aurait pu être chanteur également aux 4 coins du monde, car il aime voyager. D’ailleurs, l’homme s’est marié (il y a trois ans) à Las Vegas, dans la chapelle ou Elvis Presley (autre idole) a lui aussi convolé en justes noces.

L'herboriste Dominique Poiret / chien / plantes
L'herboriste Dominique Poiret consacre désormais plus de temps à sa famille et à ses chiens, après 47 ans soins par les plantes et de gros soucis de santé. ©Famille Poiret

Dominique est aussi un fou de voitures puissantes, de motos et un grand ami des chiens. Sur les hauteurs de Fort-de-France à son domicile, il en a trois. "Je respecte autant les animaux que les hommes" dit-il avec affection.

Dominique, père de 3 enfants, estime avoir bien vécu jusqu’ici. Et quand on lui demande ce qu’il espère maintenant ?

Mourir… ! 

J’aime la vie, mais je suis fatigué de la vie.

Pour l’heure, je suis très heureux et j’en suis conscient.

(Dominique Poiret)

 

Dominique Poiret a fêté ses 73 ans le 4 octobre 2021.

Dominique Poiret / voiture
Dominique Poiret en train d'embarquer dans un véhicule très puissant dont il est amateur, mais il ne conduit plus depuis son opération chirurgicale. ©Famille Poiret