Élection présidentielle 2022 : face à l'abstention, faut-il rendre le vote obligatoire ?

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Opération de vote en cours dans un bureau à Fort-de-France. ©Guy Etienne
Contre toute attente, le taux de participation au 1er tour de ce scrutin présidentiel a légèrement progressé dans la plupart des communes de l'île par rapport à 2017. Sur l’ensemble du territoire, c’est +2,78 points de mobilisation aux urnes, tandis que 174 699 électeurs ne se sont pas déplacés. Or, les citoyens peuvent exercer librement leur droit de vote "afin d’être associés aux mesures qui les concernent".

Le droit de vote est un outil essentiel de la démocratie. Il permet aux citoyens d'exprimer leur volonté à l'occasion d'un scrutin et fonde la légitimité des élus (président de la République, députés, maires...). Ce droit fondamental a été instauré en France par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Mais il a fallu attendre 1944 pour qu’il soit élargi aux femmes, une décision du Général De Gaulle.  

La conquête du droit de vote en dates  

  • De 1789 à 1792 : suffrage censitaire indirect. Il suppose l’acquittement du cens, seuil de taxes permettant aux citoyens l’ayant atteint de bénéficier du droit de vote.
  • En 1792 : suffrage universel masculin afin d’élire la Convention Nationale.
  • En 1795 : le nouveau régime, le Directoire, repose sur un suffrage censitaire indirect. Il y a deux grades d’électeurs, ceux du premier degré devant payer des impôts ou avoir participé à une campagne militaire, et ceux du second degré être titulaires de revenus élevés (entre 100 à 200 journées de travail).
  • En 1799 : le Consulat rétablit le suffrage universel masculin, mais le droit de vote sera supprimé à la suite du consulat à vie (1802) de Napoléon Bonaparte, ainsi que sous le Premier Empire (jusqu’en 1815).
  • De 1815 à 1848 : suffrage censitaire.
  • En 1848 : la Seconde République rétablit brièvement le suffrage universel masculin, qui disparaîtra avec le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851.
  • En 1871 : établissement de la IIIe République et suffrage universel masculin, à l’exception des militaires en activité 21 avril.
  • 1944 : le droit de vote est reconnu aux femmes (le 17 août).
  • 1945 : le droit de vote étant reconnu aux militaires, le suffrage est alors effectivement universel. (Source : vie-publique.fr)  

Le droit de vote est le droit reconnu aux citoyens pour exprimer leur volonté à l’occasion d’un scrutin. Les citoyens votent pour exercer leur droit constitutionnel de participation afin d’être associés aux mesures qui les concernent, qu’elles soient collectives ou individuelles, par l’intermédiaire de leurs représentants siégeant dans les organismes consultatifs.

Ministère de l’intérieur (élections.intérieur.gouverner.fr)

Voter reste donc un droit fondamental et le moyen direct de participer à la vie démocratique. Or, on observe en Martinique depuis plusieurs années, un désintérêt de plus en plus marqué pour cet acte citoyen et la politique en général.  

Cartes électorales
La carte électorale classique permet de voter aux élections nationales de type municipales, législatives et présidentielles. ©DR

"Cela ne sert à rien" !?  

Plusieurs raisons sont à l’origine de cette abstention (57,33% le samedi 9 avril 2022) qui gagne du terrain au fil des élections. A en croire l’homme de la rue et les observateurs, les causes sont multiples : "Déception à l’endroit des élus, un sentiment d’impuissance de leur part, des promesses non tenues, déficit d’information, attaques personnelles, manque de transparence, des discours trop éloignés des préoccupations des citoyens, pédagogie insuffisante dans les médias, implication trop timide de l’école dans l’éducation à la citoyenneté"… etc…  

Pourtant, la politique est omniprésente dans notre quotidien, contrairement à ce que prétendent des citoyens désabusés ou mal informés : "cela ne sert à rien !". Certains pays ont d’ailleurs décrété le vote obligatoire, afin de lutter contre la désertion des urnes.

En Europe, c’est le cas au Luxembourg, en Grèce, en Bulgarie, ou encore au Danemark et dans le reste du monde, en Australie, en Egypte, au Brésil, ou en Turquie.  

Et puis il y a des Etats où la souveraineté du peuple (et donc le vote), n’est pas une priorité, autrement dit des dictatures. L’organisation non gouvernementale indépendante "Freedom House", épinglait en 2011 sur son site, 20 pays où les droits de l'Homme et la démocratie sont bafoués.  

"Freedom House" soutient l'expansion des libertés dans le monde et défend la démocratie et les droits de l'Homme.    

"L’abstention ne permet pas d’exprimer sa voix, de se faire entendre"…  

"Que ce soient les élections communales, régionales, législatives ou européennes, chaque bulletin compte" fait observer l’Université Catholique de Louvain, l'une des plus importantes de la Belgique où le vote est obligatoire depuis 1893. Ce campus engagé dans la société, fait partie des 150 meilleurs du monde.

Participer aux élections permet de donner son avis, de faire son propre choix sur l’avenir d’une commune, d’une région, d’un pays et donc sur son avenir à soi. L’abstention ne permet pas d’exprimer sa voix, de se faire entendre auprès des futur·es dirigeant·es. Ne pas voter revient à laisser aux autres la possibilité de décider pour nous. L’important est de bien prendre le temps de se renseigner sur ce que propose chaque parti politique. Écouter des débats, lire les programmes, participer à des discussions, sont des exemples de sources d’information qui permettent à chacun d’élire le ou les candidat·es qui lui correspond(ent).

L’UCLouvain