Elysée 2022 : l’extrême droite peut-elle améliorer son score en Martinique ?

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Les candidats d’extrême droite obtiendront-ils de bons résultats en Martinique ? Nous aurons la réponse ce dimanche. La question est de savoir si notre électorat va suivre la même évolution que l’électorat français, en général.

Quels résultats pourraient donc bien recueillir les candidats d’extrême droite en Martinique ? Ce courant de pensée ayant le vent en poupe en Europe pourrait-elle étendre son rayonnement jusqu’à nos rivages ? Après tout, nous sommes une portion du territoire français. Qu’est-ce qui pourrait empêcher que les porte-drapeaux du populisme, du souverainisme et de la xénophobie soient librement choisis par les électrices et électeurs de Martinique ?

 

La nostalgie du rayonnement perdu de la France, transmettant sur tous les océans les bienfaits de la colonisation et donc, de la  civilisation, a ses adeptes chez nous. Tout le monde n’est pas tenu d’adhérer à l’analyse d’Aimé Césaire dans son Discours sur le colonialisme. Nous pouvons constater chaque jour les séquelles de notre profonde aliénation culturelle.

 

Quant à la haine de l’étranger, ce qu’est la xénophobie, elle est, hélas, universelle. Est-il faux de prétendre qu’il nous arrive d’avoir des accès  d’aversion envers nos voisins sainte-luciens, haïtiens et même, parfois, guadeloupéens et guyanais ? Les étrangers, surtout ceux qui nous ressemblent, constituent des boucs émissaires commodes pour expliquer nos lacunes, nos faiblesses, nos lâchetés.

Un courant politique en expansion

Et que dire du sentiment de déclassement social ? Il ne faut pas sous-estimer cette catégorie de citoyens formulant son exaspération devant la persistance d’un mal-vivre général. La cherté de la vie, le chômage, l’insécurité, le marasme économique en sont autant de signes apparents.

 

Ces révoltés de la vie se disent incompris voire marginalisés par les formations politiques se succédant au pouvoir, aussi bien à Paris que sur le plan local. Des révoltés se recrutant dans toutes les couches sociales, volontiers captés par l’extrême droite qu’ils considèrent comme une alternative politique pour impulser un véritable changement.

 

Ces éléments mis bout à bout expliquent que les différentes sensibilités de ce courant de pensée progressent régulièrement depuis deux décennies en Martinique. A l’élection présidentielle de 2002, Jean-Marie Le Pen obtenait moins de 2% des voix. Quinze ans plus tard, en 2017, Marine Le Pen frôle 11%. Puis, aux élections européennes de 2019, 16% des électeurs martiniquais choisissent le Rassemblement national, juste derrière la liste du président Macron.

Derrière la vitrine, un étrange magasin

La stratégie de dédiabolisation du FN, devenu RN, a porté ses fruits, ici aussi. Pourquoi en irait-il autrement ? Nombre d’électeurs de Martinique sont convaincus que Marine Le Pen s’est crédibilisée et s’est assagie. Cette campagne lui a octroyé une respectabilité partiellement construite par les outrances verbales et les raccourcis historiques de son principal concurrent, Eric Zemmour. Lequel aura sûrement du mal à engranger un succès électoral en outre-mer, vu la brutalité de son discours. Quoique…

 

Il faut le déplorer, la banalisation des thèses de l’extrême droite depuis ses premiers succès électoraux des années 1980 est telle qu’elle a su convaincre, au fil du temps, de la justesse de ses analyses. Il reste à savoir dans quelle mesure la tolérance observée envers ses idées touchera la Martinique.

 

Les résultats obtenus localement nous renseignerons sur notre tendance à nous fondre dans le corps électoral français, ou au contraire, à mesurer la résistance de notre personnalité politique collective à ce rouleau compresseur de nos valeurs.