Elysée 2022 : un président minoritaire peut-il être légitime ?

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Les 12 candidats de l'élection présidentielle de 2022. ©AFP
Dans neuf jours nous serons appelés à choisir celui ou celle qui dirigera le pays durant les cinq prochaines années. Un choix concernant tous les citoyens, mais avec un fort d’abstention attendu, quelle force aura le future chef de l’Etat ?

La légitimité de nos élus peut-elle être remise en cause ? Au vu de la progression de l’abstentionnisme, ici comme dans la plupart des pays où existe le régime de démocratie représentative, la question se pose. L’aura du président ou de la présidente de la République que nous choisirons bientôt sera-t-elle suffisante pour diriger le pays. Mais avec quels résultats obtenus au premier tour ?

Depuis quelques temps, une petite musique s’élève dans le milieu politico-médiatique parisien au sujet du score potentiel du futur chef de l’Etat. Le président sortant avait obtenu 24% des voix au premier tour en 2017 avant de l’emporter largement. C’était alors l’un des niveaux les plus bas atteints sous la Cinquième République au premier tour par celui qui allait être élu président, après celui de 20% recueilli par Jacques Chirac en 2002.

Au vu des sondages d’intentions de vote révélant un seuil de qualification des deux finalistes entre 15 et 30%, la réflexion est engagée. Le raisonnement est le suivant : plus le score au premier tour du candidat élu sera bas, plus sa légitimité démocratique sera contestée. Et plus il aura du mal à gouverner, en raison de sa faible représentativité présumée.

Une représentativité contestable ?

Ce raisonnement relativement récent sous-entend qu’il convient d’obtenir un nombre de voix suffisamment élevé pour être incontestable. Si elle est poussée à son extrémité, cette logique revient à remettre en cause les résultats et le fondement de toutes les élections, locales y compris. Et à définir un seuil acceptable d’éligibilité. Lequel ? Aucun consensus n’existe à ce propos.

Ainsi, les élections municipales de 2020 et le renouvellement des conseils départementaux et régionaux – l’Assemblée de Martinique pour nous – seraient politiquement contestables du fait de l’abstention record enregistrée à ces occasions. Il est évident que les citoyens boudent volontiers les urnes, par manque d’intérêt, par défiance ou par refus de choisir entre des options qui ne leur conviennent pas.

La crise sanitaire pèse sur la participation

Mais n’oublions pas que la crise sanitaire a beaucoup pesé sur la faible participation électorale ces deux dernières années, en France et dans de nombreux pays. Est-ce à dire que le maire de Fort-de-France, par exemple, élu avec les trois quarts des voix mais avec une participation du quart des inscrits seulement, ne serait pas fondé à appliquer son programme ?

Et qui est en droit de contester la légitimité de la majorité à la tête de la Collectivité Territoriale de Martinique ? Elle a été choisie par 38% des voix et 16 % des électeurs inscrits au second tour après avoir recueilli 32% des voix au premier tour avec 10% des inscrits.

Ce ne sont pas les adversaires battus de ces élus - futur président, maires ou présidents de région - qui peuvent les contester, puisqu’ils ont obtenu des résultats plus bas que ceux qui ont été élus. Il n’empêche : le sujet vaut la peine de s’y intéresser car, de plus en plus, nos élus, librement désignés, le sont, en réalité, par la majorité d’une minorité de citoyens.