Coronavirus : les adieux (anticipés) du musicien antillais Franck Nicolas sur les réseaux sociaux

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Frank Nicolas / trompettiste
Le trompettiste guadeloupéen Franck Nicolas ©Cap Facebook F. Nicolas
Le trompettiste Franck Nicolas est bien vivant. Après avoir contracté le virus covid-19, pris de panique, il a décidé de poster ses adieux sur Facebook, le 22 mars 2020. "J’ai pris l’avion 5 fois ces derniers temps, je savais que j’avais chopé cette merde de coronavirus".
Le 22 mars 2020, lorsqu’il tombe malade, pris de panique, l’instrumentiste Franck Nicolas poste un long message sur sa page Facebook à 6h25, alors qu’il vient d’être hospitalisé aux urgences de Montpellier.
 

Malade après 5 voyages récents

Franck Nicolas
©Cap/FB/ Franck Nicolas
Le message est glaçant. Aussitôt, les internautes se sont bousculés par centaines sur la page de l’artiste, afin de le soutenir.

"Tu nous fais pas ça Franck, c'est interdit !"

"Arrête de nous faire peur ! Nous aussi on est fragile... Une pensée pour Manu Dibango qui est au paradis des musiciens...Ca va danser là-haut ! Toi Franck, ton heure n'est pas encore venue...Kimbérèd, pa moli...".

"Fòs, lanmou, vibrasyon, limyè".

Plus de 1000 message de sympathie et d’espoir ont ainsi défilé en quelques heures sur le réseau social, où 2 jours avant d’être infecté par le coronavirus, Franck Nicolas rendait hommage aux infirmières, à travers une chanson interprétée par le chanteur martiniquais, Ralph Thamar, composée quelques mois auparavant par le trompettiste. 

Elles sauvent des vies et mettent en danger la leur…Incroyable, ce sont de vraies héroïnes.  

(Franck Nicolas)


Et il sait de quoi il parle, puisque 24 heures après son admission à l’hôpital, Franck a pu donner de ses nouvelles sur Facebook à sa mère et à ses amis. Il en a profité pour remercier à nouveau chaleureusement les soignants.

Je vais mieux…(…). j’ai pu re-souffler dans ma trompette mercredi (1er avril), mais c’était très dur. Je n’arrivais même pas à parler au téléphone, parce que j’étais essoufflé en permanence ces 10 derniers jours.

En fait, le matin du dimanche 22 mars, je me suis réveillé en sursaut car je n’arrivais plus à respirer. C’est une copine infirmière que j’ai eu le temps d’alerter et qui a téléphoné au SAMU de Montpellier. 15mn après ils étaient là. Mais je ne suis pas resté longtemps à l’hôpital puisque je n’avais pas de fièvre, alors que j’ai été testé positif au coronavirus. 

J’ai vraiment cru que j’allais mourir.

Donc je suis resté une journée à l’hôpital. Il faut dire qu’ils ne gardent que les cas qui sont en détresse respiratoire et qui ont absolument besoin d’être intubés. Et puis ils ont besoin de place aussi. Finalement ma crise s’est calmée et depuis, j’ai pris beaucoup de vitamines C et des recettes de grand-mère, car il n’y pas de traitement.

Mais je suis encore super fatigué. Si je fais 10 pas dans la maison, je suis essoufflé tout de suite en fait. Et puis cela m’a donné des problèmes au cœur. La dernière fois c’était lors de ma grève de la faim d’un mois il y a 2 ans, à cause d’un souci administratif avec l’ASSEDIC et surtout pour dénoncer le fait qu’étant antillais, je ne trouve pas ma place comme d’autres, dans les festivals nationaux avec mon jazz ka.
Mais j’ai vraiment cru que j’allais mourir, comme quand j’ai failli partir plusieurs fois en 2018.   

(Franck Nicolas)


Depuis son lit de confinement, à son domicile, le multi-instrumentiste a néanmoins trouvé la force de composer une "histoire magique", en faisant fi de sa souffrance et il l’a fait savoir sur sa page. 
Franck Nicolas
©Cap/FB/Franck Nicolas

Les instruments du soleil, c’est un conte philosophique et spirituel très ludique, à vocation pédagogique. Il est destiné aux enfants de 7 à 117 ans, qui peuvent découvrir les sonorités d’instruments de musique de pays différents. On va de la Chine à l’Afrique en passant par les États-Unis, les Antilles, Madagascar...

Mais c’est aussi une réflexion sur la place de l’être humain sur terre, dans l’univers. D’où vient-il, où va-t-il ? Sur fond de pandémie, on est invité à voyager dans le rêve d’un musicien atteint du coronavirus.


Franck Nicolas pense donc déjà au jour d’après. Dans cette quête métaphysique qui sera bientôt disponible en ligne, le soufflant se demande si l’être humain va se remettre en question.
"Va-t-il continuer à organiser sa vie exclusivement autour du pouvoir et de l’argent, va-t-il enfin comprendre qu’il est juste un chaînon dans le grand échiquier de la vie, va-t-il enfin respecter comme il se doit, la nature et l’univers qui l’entoure ?"

Ce conte pose beaucoup de questions, tout dépend de la lecture qu’on en fait…c’est au choix.   

(Franck Nicolas).


Franck Nicolas est bien connu en particulier dans le milieu du jazz caribéen, dont il a fait sa spécialité. Depuis 1991, il enseigne son instrument à Montpellier (dans le sud de la France), à travers un concept dont il est un des artisans (le jazz créole) et un nouveau courant musical qu’il a inventé : le jazz ka.

Parallèlement, il joue au sein de plusieurs formations et aux côtés de nombreux autres artistes de l’univers jazzistique antillais. Parmi eux, Mario Canonge, Alain Jean-Marie, ou encore Michel Alibo.
Franck Nicolas en studio
Le trompettiste Franck Nicolas en studio avec Michel Alibo (bassiste martiniquais) ©Cap Facebook F. Nicolas

Tel un miraculé, le trompettiste parait transformé par cette épreuve, un homme pour qui rien ne sera comme avant, a priori.