"Fanm", le plus bel hommage créole rendu à la femme par le diseur de mots martiniquais Joby Bernabé… depuis 1985

culture
Joby Bernabé
Joby Bernabé, artiste martiniquais, plasticien, écrivain, comédien et diseur de mots. ©Capture Facebook Joby Bernabé

"Fout fanm fô fout, lè fanm fè tan fè fos pou fô" (Femmes de force entre les forces, au fort du temps et de l’effort ), un hommage à la gent féminine rendu par l’artiste, écrivain, comédien et diseur de mots, Joby Bernabé. Retour sur l’histoire de cette ode créole signée en 1985.

8 mars : journée internationale des droits des femmes.

Qui n’a pas entendu ou tenté de déclamer "Fanm" (femme.s), ce texte musical à la manière de l'auteur, Joby Bernabé, paru en 1985, en guise d'hommage à la gent féminine ?

"Fout fanm fô fout, lè fanm fè tan fè fos pou fô", est une poésie métaphorique laquelle à ce jour, est la plus diffusée de la discographie de l’artiste martiniquais, écrivain, plasticien, comédien et diseur de mots.

 

J’ai imaginé la femme comme un volume vivant habité de pluriels, avec plusieurs facettes, mais pas seulement la femme idéale comme le font certains peintres ou sculpteurs (…).

 

Parce que la femme a ceci d’avantage sur les hommes, c’est que la femme est multiple, elle a une capacité d’adaptation Donc c’est un poème allitératif et harmonique que j’ai appelé "parole du nouvel avènement de la femme" (…), parce qu'à mon avis, le 3e millénaire, c’est un millénaire féminin, où la femme aura un grand rôle à jouer.

(Joby Bernabé au Brésil, avec l’Alliance Française de Fortaleza - mars 2011)

Joby Bernabé / artiste / diseur
Joby Bernabé en représentation au Brésil (mars 2011) ©Capture Facebook Joby Bernabé / Alliance Française de Fortaleza

"Une expression vulgaire" à l'origine  

Traduction française de "Fanm"

 

" Femmes-fleurs ; hommes-colibris à vos corolles. Femmes-flèches au beau milieu du coeur des hommes. Femmes-fils ; mâles amarrés entre vos cils. Femmes-fiels et coups de langue pourfendeurs d'hommes. Femmes folles et coeurs pendus à vos délires.

O Femmes ! si fleurs, si flèches, si fils, si fiels, si folles ! Mais femmes d'effort par-dessus tout. Force de l'âme et forces vives au coeur des forces et de l'effort !


Femmes-cannes ; amadouement de vos yeux doux. Femmes-gammes ; fards fa et phares, enluminures. Femmes-rames et mâles drainés en vos eaux vives. Femmes-lames ; que d'hommes péris aux creux de vos larmes ! Femmes-flammes ; coeurs consumés entre vos bras.

O Femmes ! si cannes si gammes si rames si lames si flammes ! Mais femmes d'effort par-dessus tout. Force de l'âme et forces vives au coeur des forces et de l'effort !


Femmes floues et toupies folles pour bagatelles. Femmes-trèfles ; cartes pamées pour roi de coeur. Femmes-fesses ; espèces sonnantes et trébuchantes. Femmes (en) laisse ; sueurs sangs et eaux sous trique mâle. Femmes flasques ; peines en chaînes, plaintes sans fins.

O Femmes ! si floues si trèfles si fesses en laisse et flasques ! Mais femmes d'effort par-dessus tout. Force de l'âme et forces vives au coeur des forces et de l'effort !


Depuis le temps d'avant jadis, avant le temps des premières souffrances et des premières délivrances, ton nom courait déjà le vent aux côtés des lucioles sans âge. Ton regard un matin troubla l'astre du jour. Ta lumière irradia les entrailles des ténèbres et le serpent de vie prit possession de ton corps puis répandit en toi le venin de connaissance, tandis qu'il s'abreuvait du lait de ta candeur. Neuf lunes ont grossi sur ton ventre et tu connus le poids de la charge primordiale. La clarté d'un midi s'ouvrit sur tes genoux. Tu livras à la vie l'homme en sa livrée d'homme. Tu nourris un pays de ta sueur ta chaleur et la chair de ton corps. Qui daignerait aujourd'hui sur ton nom blasphémer ?

Quel homme oserait donc, ô femme, parler de toi sans avoir mesuré durant sept siècles et plus le suc de sa salive ? Quelle femme ne se saurait avant toute chose femme, hors des babils et commérages, hors des névroses confidentielles qui sèment tumeurs et malveillances sous le faîtage des demeures ?

O Femme, que ma bouche épelle ton nom, mes paroles ne sont que fumée sous l'anse de ton chaudron de terre. La fumée suivra son chemin. Le chaudron portera ses fêlures. Tes trois pierres, elles, demeureront. Tu es la nef du grand navire et la mamelle de nos futurs ".

(Source : creoles.free.fr - traduction de l'auteur, Joby Bernabé)

La poésie musicale "Fnam" est extraite de l’album "3 mô 7 pawol" enregistré en 1985 par GD Production.

Album /disque Fanm / Joby Bernabé
Le titre "Fnam" est extrait de l’album "3 mô 7 pawol" produit par Georges Debs Production (1985). ©discogs.com