Situation financière préoccupante à Fort-de-France : le maire considère que la ville peut relever la tête

finances fort-de-france
Mairie de Fort-de-France
La façade principale de la mairie de Fort-de-France. ©Martinique la 1ère
Fort-de-France est dans le collimateur de la chambre régionale des comptes (CRC) depuis de nombreuses années. Loin de s’améliorer la situation empire selon les sages de la CRC, qui fustigent non seulement la collectivité pour ses errements mais aussi le laxisme de la préfecture.
En 2019, Didier Migaud, le premier président de la cour des comptes, interpelle Édouard Philippe (le Premier ministre de l'époque), sur la situation financière de Fort-de-France.
 

Loin de s’être améliorée, la situation de la commune s’est encore dégradée.

Didier Migaud, le premier président de la cour des comptes


Il faut dire que les mises en garde de la CRC (Chambre Régionale des comptes), quant aux dérives budgétaires et à la fiabilité douteuse des comptes de la mairie, ne datent pas d’hier. À tel point que Didier Migaud met en cause une institution censée alerter et contrôler : la préfecture de Martinique.
 

Cette dégradation n’a pas été empêchée par les dispositifs de contrôle qui ont été inefficaces pour relever les défaillances. L'État était pourtant en mesure de détecter ces insincérités. Il relevait d’ailleurs des "artifices de présentation" dans les documents. Ces alertes sont toutefois restées sans suite.


La chambre régionale des comptes a plus d’une fois relevé ce que l’on appelle dans le jargon "des insincérités". Et pas qu’un peu. Dernier exemple en date, le compte administratif 2019 voté par le conseil municipal.

Une longue liste de dettes sociales liées aux charges de personnel envers les fournisseurs de la commune.
En tout une somme de 20 millions d’euros tout simplement occultée qui fait passer le déficit déjà abyssal de la commune de 40 à 60 millions d’euros.
 

Quelles sont les causes de ce déficit chronique?


Selon la CRC il est essentiellement dû aux charges de personnel. Malgré une baisse constante des effectifs, il ne faut pas moins de 94 millions d’euros en 2019 pour payer les quelques 2400 employés municipaux. La CRC précise que la moyenne nationale est de 1500 agents pour des villes équivalentes.

Le maire de Fort-de-France, Didier Laguerre, justifie le choix politique de sa municipalité.
Didier Laguerre maire de Fort-de-France
La municipalité de Fort-de-France, consciente du problème, a créé en 2002 en accord avec les services de l’Etat, un plan d’incitation au départ à la retraite moyennant 35 à 60 000 euros en moyenne.

Tentant ? Pas suffisamment. Ce plan est jugé illégal, couteux et inefficace par la chambre régionale des comptes.

En effet, beaucoup d’agents auraient préféré rester en poste pour profiter jusqu’à l’âge maximal des 40%, des primes et indemnités en tous genre cumulables et distribuées parfois illégalement, d’un temps de travail effectif inférieur à la durée légale, et de deux mois de rémunérations offerts sans service fait pour tout agent partant à la retraite.
Didier Laguerre
Le maire de Fort-de-France, Didier Laguerre entouré de 2 de ses adjoints. ©Stéphane Petit-Frère
La CRC pointe également du doigt un absentéisme déclaré plus élevé que la moyenne nationale ou encore le versement irrégulier de rémunérations durant les grèves et une durée de travail effective inférieure à la durée légale.

Résultat : "Alors que l’effectif diminue peu, sauf la dernière année (…). Les charges de personnel ont continué à augmenter". Car dans le même temps de nombreux recrutements sont intervenus, y compris d’anciens retraités qui avaient bénéficié du fameux plan de départ. Ce que dément la municipalité.

Le bilan final de la CRC est préoccupant. En 2017 Fort de France serait dans sa catégorie, la 4e ville la plus endettée de France. La commune ne peut rembourser ses dettes qu’en empruntant de nouveau.
Investissements très limités, développement compromis, retards d’infrastructures…la ville n’a plus les moyens d’assurer son fonctionnement.

La CRC estime que le retour à l’équilibre budgétaire d’ici à 2025 est possible, sans augmenter les impôts, à condition de suivre ses recommandations au plus vite, notamment en limitant les recrutements et en réduisant drastiquement les charges de personnel.

La balle est désormais dans le camp de la préfecture qui doit régler la fin du budget 2020 de Fort-de-France.
Les Outre-mer en continu
Accéder au live