Gilets jaunes : le président Macron muet sur l’outre-mer

politique
Gillets jaunes
Les gilets jaunes mobilisés devant le centre commercial du Lamentin ©P-Y. Honoré
Le discours prononcé par le président de la République lundi 10 décembre 2018 pour tenter de surmonter la crise des gilets jaunes ne contient pas un mot sur l’outre-mer. Pourtant, la situation économique et sociale est autant préoccupante dans nos territoires que dans l’Hexagone.
Le président n'a pas parlé de l’outre-mer dans son discours vissant à désamorcer la crise dite des gilets jaunes. Sauf dans sa phrase d’introduction, vague référence à la mobilisation à la Réunion. Aucune mesure spécifique n’a été annoncée, aucune décision particulière n’a été prise, aucune mention n’a été énoncée concernant nos territoires.

Pourtant, l’acuité de la crise sociale et politique alimentée par la mobilisation des gilets jaunes est plus forte dans nos territoires. Pourtant, l’outre-mer est en même temps témoin et victime de la fracture territoriale. Pourtant, nos pays et nos populations vivent au quotidien des discriminations de toute nature.

Inutile de rappeler leur longue litanie. Le président sait pertinemment que le chômage est deux à trois fois plus important outre-mer qu’en France hexagonale. Il est informé de ce que les pensions de retraite y sont plus faibles. Il a compris que les prix des produits de première nécessité y sont infiniment plus élevés.
 

Une crise plus grave dans nos territoires


Ce n’est pas parce que les gilets jaunes sont discrets dans nos pays que les difficultés de la population n’existent pas. Les maigres résultats obtenus après les mobilisations de 2008-2009 y sont pour quelque chose. Les Etats généraux de l’outre-mer qui ont suivi, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, ont été prometteurs de changements. Pourtant, rien ou si peu, n’a vraiment changé.

Nos pays demeurent cadenassés dans un carcan solidement tenu par des monopoles sans scrupules. Nostalgiques de la période coloniale, leurs dirigeants abusent de leur position dominante sans aucune vision du développement de nos pays. Aux Antilles, la banane et le commerce d’importation sont leurs deux boussoles.

Finalement, il est compréhensible que le président n’ait pas parlé de nos territoires. Il aurait été obligé d’y consacrer tout son discours. Ne serait-ce que pour nous dire que la loi sur l'égalité réelle outre-mer de février 2017 sera enfin appliquée. Un texte confirmant notre inégalité sociale et politique par rapport au reste de la France. Quel président prendra le pari de combler ce fossé historique ?
Une loi restée lettre morte
Les décrets d’application de la loi n° 2017-256 du 28 février 2017 « de programmation relative à l'égalité réelle outre-mer et portant autres dispositions en matière sociale et économique » ne sont toujours pas publiés. Le texte est donc inapplicable.

Son article 1 dispose que : "La République reconnaît aux populations des outre-mer le droit à l'égalité réelle au sein du peuple français. La République leur reconnaît le droit d'adopter un modèle propre de développement durable pour parvenir à l'égalité dans le respect de l'unité nationale. Cet objectif d'égalité réelle constitue une priorité de la Nation".

En foi de quoi, l’Etat et les collectivités territoriales "engagent des politiques publiques appropriées" visant notamment à "résorber les écarts de niveaux de développement en matière économique, sociale, sanitaire, de protection et de valorisation environnementales ainsi que de différence d'accès aux soins, à l'éducation, à la formation professionnelle, à la culture, aux services publics, aux nouvelles technologies et à l'audiovisuel entre le territoire hexagonal et leur territoire".