Infirmiers libéraux : des oubliés de la chaîne de soins ?

coronavirus
l’URPS-IDEL Martinique / infirmiers libéraux
Défilé des infirmiers libéraux en Martinique ©Cap Facebook / URPS-IDEL Martinique
Faute de moyens suffisants, comme leurs collègues hospitaliers, les infirmiers libéraux se sentent eux aussi démunis, alors qu’ils pourraient être réquisitionnés si la situation devait s’aggraver en Martinique dans les jours qui viennent. "Nous allons travailler la peur au ventre" !
Comme leurs collègues de la fonction publique hospitalière, les infirmiers libéraux qui exercent à domicile 24h/24, sont eux aussi en première ligne, au cœur de cette crise sanitaire mondiale. Une phrase lapidaire, mais très significative et récurrente, renseigne sur l’état d’esprit de ces professionnels de santé (majoritairement des femmes) :

Nous allons travailler la peur au ventre !


Et pour cause, en Martinique, ces libéraux ont le sentiment qu’ils ont été oubliés dans la gestion et la distribution des équipements basiques de protection (gants, masques, surblouses, charlottes, surchaussures, visières), obligatoires depuis que le virus est arrivé sur le territoire français.
 

Protection insuffisante


Dans la semaine du 16 mars 2020, plusieurs de ces soignants ont reçu pour la première fois par l’intermédiaire de l’URPS-IDEL (l’Union Régionale des Professionnels de Santé - Infirmiers Diplômés d’Etat Libéraux) une boite de 50 masques chirurgicaux (périmés depuis décembre 2019) et du gel hydroalcoolique "nettement en-deçà des besoins réels" d’après les destinataires. En effet, les masques en particulier, ont une durée d'utilisation maximale de 4 heures pour une efficacité optimum.
 
Depuis cette première livraison de l’ARS (l’Agence Régionale de la Santé), "c’était l’arlésienne" pour ces soignants indépendants. Sur la convention de mars dernier, la distribution avait été confiée à l’URPS, dont le rôle est de défendre les intérêts des blouses blanches indépendantes.
 

Inquiétudes et colère 


Mais dans les rangs de ces libéraux, d’aucuns estiment que cette instance associative (créée dans le cadre de la loi Hôpital Santé Patients Territoire – HPST – du juillet 2009), "ne tape pas suffisamment du point sur la table, pour faire entendre aux autorités sanitaires locales, la détresse de la profession, face à la gravité de la situation du moment". Même critique à l’endroit de l’Ordre Nationale des Infirmiers.

Face à ce vent d’inquiétudes et de colère, l’URPS-IDEL Martinique, a affiché sur sa page Facebook vendredi 3 avril 2020 en début d’après-midi, un courrier émanant de l’ARS (dont la signature n'y figure pas). Il s’agit d’une "convention exceptionnelle de mise à disposition de boites de masques chirurgicaux adultes", un deuxième stock qui correspond à 15 jours d’activité précise l’ARS.

En fonction de l’évolution des orientations nationales, une nouvelle dotation pourra être envisagée, et ce en fonction des stocks disponibles.

(ARS Martinique).  


Au total, 1 334 boites de 50 masques chirurgicaux et 16 008 masques de type FFP2 devraient être mis sous peu à la disposition de plus de 1300 professionnels libéraux dans toute l’île. Cependant, le document ne mentionne pas les autres équipements de protections nécessaires à la prise en charge des patients susceptibles d’être porteurs du virus. 
Cri d’alerte des infirmières libérales sur leurs conditions de travail dans ce mini-film saisissant, avec un message de prévention : restez chez vous !
 

Profession représentée mais pas entendue ?


Alors pourquoi ces infirmiers libéraux ont-ils le sentiment d’être des oubliés de la chaîne de soins qui affronte la crise ?
D’abord parce-que beaucoup parmi eux considèrent que "la voix des organisations syndicales représentatives n’est pas suffisamment forte et unie en Martinique". Ces organisations sont la FNI (Fédération Nationale des Infirmiers), le SNIIL (Syndicat National des Infirmières et Infirmiers Libéraux), et la CI (Convergence Infirmière).

Ensuite, parce-que ces libéraux observent qu'ils ne figurent pas parmi les prioritaires sur la listes des autorités sanitaires, pour la délivrance du matériel de protection dont ils ont absolument besoin, en particulier des masques FFP2 (mieux adaptés selon l’ensemble des professionnels de santé, par rapport à la grande proximité avec les malades lors des soins).

En effet, dans une note de la DGS (Direction Générale de la Santé) datée du 27 mars 2020, adressée par mail au réseau libéral, il est précisé que :

Sur l’ensemble du territoire national, les masques nouvellement livrés doivent être distribués selon les modalités suivantes : Médecins, biologistes médicaux, et IDE (Infirmiers Diplômés d’Etat) : 18 masques par semaine et par professionnel, dont 6 FFP2 maximum par semaine, dans le strict respect des indications et selon les disponibilités.


Arrivent ensuite sur cette liste, les pharmaciens avec 18 masques chirurgicaux attribués par semaine et par professionnel, 6 pour les sages-femmes (dans les mêmes proportions), idem pour les masseurs-kinésithérapeutes. Les libéraux (identifiés professionnels de ville), qui utilisent en moyenne 3 masques par jour, observent que le compte n'y est pas. 

Le 16 mars 2020, lors de son allocution télévisée à propos de la bataille contre le coronavirus, le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, a martelé à six reprises, cette expression avec un ton martial.

Nous sommes en guerre !  (Emmanuel Macron)


Sur sa page Facebook, une infirmière libérale de Martinique a répondu au Président en ces termes :

On ne gagne pas une guerre lorsqu’on n’arme pas ses soldats (…).
Si vous voulez gagnez cette guerre, donnez-nous les moyens.  


La politique globale de santé est mise en cause


A l’assemblée nationale, des députés sont montés au créneau plusieurs fois pour défendre la cause des soignants. Plus généralement, c’est la politique globale de santé du gouvernement qui est pointée du doigt, d’autant que la tourmente que provoque cette crise sanitaire sans précédent, apporte beaucoup d’eau au moulin des élus.
Les SOS successifs d'une soignante députée
Jeudi 2 avril 2020, le premier ministre, Edouard Philippe, dans un entretien sur TF1, a reconnu qu’"il faudra donner à l’hôpital les moyens de se reconstruire".