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L’insurrection de septembre 1870, une séquence politique méconnue

Les formations politiques indépendantistes commémorent l’insurrection de septembre 1870, un soulèvement général de la population à la suite d’une décision judiciaire considérée comme injuste. Limitée au sud de l’île, la révolte sera sévèrement réprimée.
 

Image symbolique de l'insurrection du sud en septembre 1870 en Martinique. © cases-rebelles
© cases-rebelles Image symbolique de l'insurrection du sud en septembre 1870 en Martinique.
  • Par Jean-Marc Party
  • Publié le
L’insurrection ayant eu pour théâtre le sud de la Martinique durant une bonne semaine à partir du 22 septembre 1870 est déclenchée à Rivière-Pilote. Elle commence après la condamnation d’un jeune commerçant et entrepreneur noir, Léopold Lubin.

Nous sommes en février 1870. Près de l’Habitation Grand Fond, au Marin, Lubin croise sur sa route deux cavaliers, deux fonctionnaires blancs. Le premier le laisse passer mais le second, Augier de Maintenon, lui intime l’ordre de s’écarter. Lubin refuse. Le cavalier irascible le désarçonne et lui porte plusieurs oups de cravache.

Léopold Lubin porte plainte. Il est débouté. Deux mois plus tard, accompagné d’un ami, il se venge en corrigeant son agresseur. Arrêté, il est condamné à cinq ans de prison. La foule assistant au procès refuse ce jugement qu’elle estime inique. Les manifestations de colère laissent place à la révolte.
 

La révolte populaire succède à l’injustice


Le sud de l’île s’embrase. En trois jours, 25 habitations sont incendiées. Un camp d’insurgés est installé à Régale, sur les hauteurs de Rivière-Pilote. Leurs chefs : Louis Telgard, Eugène Lacaille, Daniel Bolivard. Parmi les insurgés les plus déterminés figure une certaine Lumina Sophie

Les miliciens et les gendarmes répriment sauvagement le soulèvement. Le nombre de tués est soigneusement caché. Plus de 500 insurgés sont emprisonnés. Un procès se tient en avril et mai 1871, sous la forme d’un conseil de guerre. Il est présidé par un militaire, le commandant Lambert, un nostalgique de l’esclavage. Les avocats des prévenus ne manquent de marquer leur agacement d’avoir à défendre des indéfendables.

Les quatre chefs présumés de l’insurrection sont fusillés au Jardin Desclieux, à Fort-de-France. 61 personnes sont condamnées aux travaux forcés, dont 28 à perpétuité, et 10 à la déportation. Plus tard, 64 grâces seront prononcées mais plusieurs des condamnés ne reviendront pas en Martinique.
 

Des objectifs politiques, mais un mouvement spontané


L’insurrection avait un caractère spontané. Il se comptait plusieurs bandes différentes comprenant de quelques dizaines à plusieurs centaines de rebelles. Ce sont essentiellement des journaliers agricoles. Parmi eux, des travailleurs sous contrats venus d’Inde et d’Afrique de l’ouest. Les jeunes et les femmes prennent également une part active aux combats.

Les insurgés n’avaient pas un chef unique, à proprement parler. Cependant, des personnalités émergent de la révolte généralisée, comme Eugène Lacaille, Louis Telgard, Auguste Villard et Daniel Bolivard. Le club politique qu’ils avaient constitué avait des objectifs précis : instaurer une république martiniquaise, en s’inspirant d’Haïti. Il envisageait également une réforme agraire en redistribuant les terres. L’objectif était d’isoler les grands planteurs, volontiers monarchistes.

La répression méthodique et féroce a eu raison de cet idéal. Il eut été réalisé que le destin de la Martinique en eut été profondément mofidié.
 

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