"Je n’ai pas foncé sur des syndicalistes" (D.Certain)

faits divers
D.Certain
Daniel Certain, directeur général des services de Rivière-Salée ©Martinique 1ère
Le calme est revenu à Rivière-Salée, mais quinze jours après l'incident qui a fait grand bruit, Daniel Certain, directeur général des services de la ville, affirme que c'est lui qui a été agressé. Il répond à nos trois questions essentielles.

Quel est l'incident qui vous a opposé à un syndicaliste le 22 novembre 2013 à Rivière-Salée ?
 

Daniel Certain : "L’existence de barrages en plusieurs lieux de Rivière-Salée m’a été signalée très tôt. Je suis arrivé dès 6h50 aux abords de la mairie, avant l’heure d’ouverture. Afin de récupérer un dossier très important dans mon bureau, j’ai voulu accéder par l’entrée secondaire, celle utilisée par les sapeurs pompiers de la commune et qui doit être maintenue libre en toutes circonstances pour des raisons évidentes de sécurité.
 
Un barrage symbolique avait été installé, constitué de palettes en bois. J’ai demandé à mon collaborateur Mr X qui "tenait" ce piquet de grève de me créer le passage. Face à son refus de déplacer un des obstacles, j’ai décidé de le franchir avec mon véhicule.Pendant que j’étais concentré sur la manoeuvre de franchissement, Mr X a allongé son bras à l’intérieur du véhicule et m’a agrippé à la gorge ! Surpris, je me suis arrêté net. Il a relâché son étreinte, avec en main ma chaîne arrachée du cou, chaîne qu’il a immédiatement rejetée dans mon véhicule à ma demande".
 
Voyant Mr X courir après mon véhicule sur une trentaine de mètres dans la cour de la mairie, son téléphone collé à l’oreille, le drapeau de son organisation syndicale calé sous son aisselle, j’ai fait demi tour et me suis immédiatement dirigé vers la brigade de gendarmerie dans l’intention de déposer une plainte pour cette agression".

Comment avez-vous vécu cette situation ?


Daniel Certain : "Sur le conseil des gendarmes, je me suis éloigné de Rivière-Salée. J’ai été informé pêle-mêle dans la matinée que Mr X a été secouru par les sapeurs pompiers et acheminé à l’hôpital, que je suis accusé tantôt d’avoir foncé sur un agent gréviste, sur les manifestants, sur un cortège de grévistes sans qu’il y ait de témoins ! accusé bien entendu d’avoir percuté et blessé un des syndicalistes, lui brisant une cheville, un bras, un genou, voire les deux jambes !
 
Pour ce qui me concerne je n’en reviens toujours pas de m’être retrouvé si brutalement empoigné, avec pour résultat une estafilade de 20 cm du cou à l’épaule, une chaîne brisée et une chemise déchirée et au bout du compte, une interruption temporaire de travail de six jours en raison de mon état de choc ! Pas moins de trois jours ont été nécessaires pour que je commence en effet à retrouver mes esprits".

Quel est votre état d’esprit aujourd’hui ?

Daniel Certain : "Deux semaines après ces événements, des questions demeurent sans réponses : Qui s’est interrogé sur la réalité des faits ? qui s’est soucié des effets dévastateurs de l’accusation terrible d’avoir foncé sur des manifestants avec mon véhicule et percuté l’un d’eux ? La blessure de Mr X résulte de ses antécédents physiques, son genou a craqué dans sa poursuite de mon véhicule dans la cour de la mairie.

Par ailleurs, qui a encore intérêt à faire durer la situation inconfortable créée par cette information hors du commun ? Si cette malheureuse affaire m’a permis de vérifier que "la parole de l’homme peut tuer", elle a dans le même temps déclenché une déferlante de soutiens spontanés et sincères, alors même que la vérité n’était pas encore connue. Je préfère retenir cet aspect plutôt que la meurtrissure subie par ma famille, par mes collègues et élus de tous bords qui m’ont manifesté leur totale confiance durant cette semaine éprouvante". La volonté d’apaisement qui est la mienne va de pair avec celle de rétablir la vérité auprès de ceux qui ne me connaissent pas