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L'artiste Jacqueline Labbé est morte

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Jacqueline Labbé
Jacqueline Labbé romancière, artiste-peintre, marionnettiste, apôtre de la coiffure nègre... (1935-2016) ©FaceBook
Jacqueline Labbé, romancière, artiste-peintre, marionnettiste, apôtre du cheveu naturel, coproductrice du théâtre de marionnettes "bwa bwa", à Paris et en Martinique, est morte mercredi après-midi (7 septembre), à Fort-de-France, à l'âge de 81 ans.
Jacqueline Labbé incarne la résistance. Résistance aux pertes des valeurs ou aux replis identitaires. N'est-ce pas elle qui parlait avec tant de conviction de son combat pour la préservation du cheveu naturel, en mars dernier lors d'un débat télévisé sur la question ?

La conscience militante

À ses début dans les années 65, son salon de coiffure, rue Gallieni, à Fort-de-France, est l'espace incontournable des martiniquaises élégantes. C'est la grande époque des cheveux soyeux..."soi eux", comme elle l'écrira plus tard dans un album dédié aux coiffures nègres. Le cheminement de Jacqueline Labbé, ses rencontres avec les intellectuels, la conduisent à une prise de conscience militante. Une conscience identitaire authentique bien au delà d'une mode. Elle devient alors l'apôtre du cheveu naturel et bouscule les mentalités de l'époque. Un engagement qu'elle paiera au prix fort, "les femmes martiniquaises ne sont pas prêtes à renoncer au défrisage", constatera-t-elle.

Jacqueline Labbé rejoindra l'institut de sa soeur Josepha, elle aussi précurseur puisqu'elle fut la première à créer une marque de cosmétique pour peaux noires à Paris. Militante sincère, elle témoignera des années après sur les tentatives de récupération de leur marque par les grands groupes de cosmétiques.
 
Jacqueline Labbé se voulait femme plurielle, femme de partage et d'authenticité, bousculant les idées reçues, soucieuse d'innover et de rester au contact du monde. Sur sa page Facebok, elle n'hésitait pas à commenter l'actualité ou à rappeler ses racines dans un poème écrit en juin 2016 :

"J'ai de L'Amérindien les plumes. 
Du nègre d'Afrique les clochettes et les pieds de statue.
De frère Blanc le goût de l'intrigue et de la trahison.
Je suis tortue, serpent, et l'étoile m'a fait Lion"
(Jacqueline Labbé)













En Martinique, en Afrique et en Europe Jacqueline Labbé est la coproductrice émérite du théâtre de marionnettes "Bwa bwa avec Roland Brival. Avec la compagnie qui porte son nom, elle anime un atelier en institut médico-pédagogique. Elle expose aussi son artisanat à Paris et en Martinique. "Ses oeuvres originales et inventives, sont hantées de maisons, de signes, de personnages hybrides, de petites phrases", disent ses proches et ses amis.Jacqueline Labbé fait le bonheur de plusieurs générations d'enfants, à la télévision, en radio, dans les communes par le biais de la compagnie de théâtre antillaise pour enfants, mêlant masques et marionnettes, poèmes en langue française et créole dans les années 1980.
 
Le bonheur aussi pour certains lecteurs plus âgés lors de la parution de ses deux derniers ouvrages : "Madame poule et les ravets" et "Madame Poule prend la plume"*. "Madame Poule" est un personnage qui a soif de vérité et qui s'adresse à tous ceux qui sont avides de se découvrir à travers l'autre. Un regard sociétal par le biais d'un bestiaire très varié. Un troisième tome de "Madame Poule" était en cours de correction...

Jacqueline Labbé est décédée chez elle à Fort-de-France, auprès de ses trois enfants, mercredi après-midi (7 septembre) à l'âge de 81 ans, terrassée par une longue maladie.


*"Madame Poule prend la plume" de Jacqueline Labbé, aux éditions Thot (2011)
 

Message d'Alfred Marie-Jeanne
Jacqueline Labbé vient de disparaître.
J’en suis profondément attristé.
C’est une grande martiniquaise, une femme de conviction, une militante de la culture qui nous quitte.
La vie de Jacqueline LABBE a été consacrée à l’art et à la beauté, au conte, à la peinture, à l’écriture. Cette militante, passionnément ancrée dans ses racines tout en étant ouverte à toutes les richesses du monde, a joué un rôle pionnier dans la valorisation de la femme noire et du cheveu crépu.
Je salue la mémoire d’une haute conscience martiniquaise et présente mes sincères condoléances à sa famille et à ses proches.

Alfred Marie-Jeanne
Président du Conseil Exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique
Le 9 septembre 2016
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