L'utilisation des pesticides reste problématique en Martinique

pesticides
Pesticides
L'indemnisation des victimes des pesticides enfin mise en oeuvre. ©Pixabay

La transition écologique impose une diminution des pesticides. Mais en Martinique, des agriculteurs ont encore recours aux produits phytosanitaires, comme le glyphosate. L'usage des pesticides a aussi des conséquences sur la qualité de l'eau potable et donc sur notre santé.

Le scandale du chlrodécone pose aussi la question de l'utilisation des pesticides en général et des conséquences de leur utilisation intensive sur l’environnement et la santé.

Selon Florent Grabin de l’association écologiste de l'association PUMA (Pour une Martinique autrement), le chlordécone est l’arbre qui cache la forêt. Il accuse les maires de fermer les yeux sur l'utilisation des pesticides. 
 

Nous avons une grosse production agricole, dans tout le Nord-Caraïbes, avec un trafic de produits connus par l’Etat, les maires, la population, utilisés par des non-résidents. Et quand tout ça arrive sur le marché, bonjour les dégâts ! C’est aux maires du Nord-Caraïbe, de faire le nécessaire.

Florent Grabin (PUMA)

Florent Grabin
Florent Grabin est le président de PUMA (Pour Une Martinique Autrement). ©Martinique la 1re

 


Les élus rejettent ces accusations
 

Il se dit qu’il y aurait du trafic illégal, dans le Nord-Caraïbe ? Pourquoi dans le Nord-Caraïbe ? Je n’ai aucun élément de preuve, pour accuser qui que ce soit et je me garderais bien de le faire. Au-delà des produits illicites, la question qu’il faut que l’on pose en tant qu’écologiste, c’est celle du cocktail des pesticides et de leur utilisation.

Marcellin Nadeau, maire du Prêcheur.

 

Marcellin Nadeau
Marcellin Nadeau maire du Prêcheur, lors d'un échange avec sa collègue Annick Guetty Comier, mairesse de Fonds-Saint-Denis. ©Ville Prêcheur (FB)

 

Zéro pesticide au Prêcheur en 2024

 

D’ici à 2024, la ville du Prêcheur a pour objectif de passer au zéro pesticide.
 

Les agriculteurs sont les premières victimes et les premiers exposés à l’épandage de pesticides. Pour s’adonner à d’autres pratiques, il faut les maîtriser techniquement. Donc, il faut que les agriculteurs soient formés. Mais il faut également, que les agriculteurs soient accompagnés économiquement.

Marcellin Nadeau, maire du Prêcheur.


Pour le collectif français des maires anti-pesticides dont fait partie Marcellin Nadeau, la préconisation est de limiter l’épandage des produits phytosanitaires, dans les zones habitées, afin de protéger les populations exposées.
 

Quand vous avez un lieu de vie, où des personnes pourraient être malencontreusement victimes de l’épandage, comme une maison de retraite, un parc ou une crèche, sans interdire de façon globale les pesticides, il n’est pas interdit aux maires d’exiger qu’il y ait une distance, entre les lieux d’épandage de pesticides et les zones habitées.

Marcellin Nadeau, maire du Prêcheur.

 

Produire propre avant tout 

 

Les produits importés sont également concernés par la problématique des pesticides.
 

Tout cela nous revient à l’assiette, par le biais de l’importation. Commençons par produire propre en Martinique, manger local. Profitons des erreurs du passé.

Florent Grabin (PUMA).

 

Le glyphosate est le pesticide le plus utilisé



Parmi les pesticides, il y a le glyphosate. Interdit aux particuliers, ce désherbant chimique est toujours utilisé par certains agriculteurs.

 

Glyphosate
©Martinique 1ère

 

Son fabricant Monsanto a été condamné aux États-Unis, après avoir été poursuivi, par un jardinier, malade du cancer.

En Martinique aussi, le glyphosate pose problème. Certains en sont victimes, comme cette femme qui a confié sa parcelle de 15 hectares, située à Saint-Pierre, à un agriculteur. Celui-ci a utilisé des produits chimiques pour le désherbage.

 

L’homme qui a mis les pesticides chez moi utilisait le glyphosate. Plusieurs fois, j’ai été malade. Chaque fois que je passais dans les pesticides, j’avais un malaise. Il me fallait me coucher par terre.


Cette femme a dû saisir la justice, pour faire expulser celui qui polluait sa terre. Elle a remporté son procès. Aujourd’hui, c’est un jeune agriculteur qui s’occupe de sa parcelle et tente de la dépolluer.
 

J’ai deux grands plateaux qui sont complètement pollués. La personne qui est sur le terrain en ce moment, à qui j’ai fait un bail agricole pour neuf ans, est en train de dépolluer pour moi. Il plante des arbres particuliers.

 

Le glyphosate a été retiré de la vente pour les particuliers


La France prévoit de réduire de moitié son utilisation d’ici 2022, pour les agriculteurs.

 

Champ de bananes
Champ de bananes dans le nord de la Martinique. ©Martinique la 1ère

 

En Martinique, les planteurs de banane ont toujours recours au glyphosate.
 

On est en milieu tropical. L’herbe pousse de façon effrayante ici, alors qu’en métropole, ils ont à lutter 4 mois de l’année. Nous c’est douze mois, sur douze.

Alain Viviès, planteur de bananes.


Selon une enquête de l’association de défense de l’environnement "Générations futures", l’Outre-mer fait partie des régions où l’on utilise le moins de pesticides.

En revanche, en Martinique comme dans d’autres territoires ultramarins, le glyphosate reste le plus utilisé.

Des pesticides, dans l'eau du robinet
 

Depuis le scandale du chlrodécone, les autorités ont redoublé de vigilance et multiplient les analyses, pour s’assurer que l’eau du robinet est saine.

Certaines associations écologistes dénoncent une présence excessive de pesticides dans le réseau de distribution d’eau potable. La population aussi s’interroge sur la qualité de l’eau.

 

Robinet
Robinet d'eau chez un habitant du Lamentin (Martinique) ©Martinique la 1ère

 

Une enquête a été réalisée entre 2003 et 2004, sur la santé et les comportements alimentaires en Martinique.
Elle a estimé que 14% de la population ne buvait pas l’eau du robinet. Aujourd’hui, les avis semblent plus partagés.

Une campagne d’analyses effectuée entre 2005 et 2006 a révélé la présence de pesticides, dans le réseau de distribution d’eau potable, en Martinique.
 

Sous Christian Ursulet, directeur de l’Agence de Santé à l’époque, on avait convenu de changer de laboratoire. Et quand il a pris le laboratoire de Valence, on a trouvé cette bombe chimique. On avait trouvé 375 molécules à l’eau du robinet, en sortie d’usine.

Florent Grabin, association écologiste Pour une Martinique autrement (PUMA)


Depuis, l’usine de Vivé au Lorrain a été modernisée. Pourtant, la présence des pesticides persiste.
 

On avait mis des cartouches à charbon. Dans le reste des usines de filtration, on a rajouté du charbon actif. Nous avons découvert qu'il y avait un problème entre le bon résultat usine et la sortie consommateur. Les canalisations sont chargées de pesticides.

Florent Grabin (PUMA).


Du côté de l’Agence de santé, on est moins alarmiste.
 

On a eu quelques cas effectivement. Nous avons détecté des valeurs très faibles de chlordécone, très largement conformes aux normes sanitaires, mais existantes. Dès qu’on fait une recherche de chlordécone, on recherche en même temps, environ 400 pesticides. Tous les tuyaux ne sont pas vétustes, en Martinique. Il y en a qui méritent d’être changé et il y a des programmes de renouvellement.

Magalie Julien, responsable de l’unité milieu extérieur.



Du côté des écologistes, et en particulier de l’association "Pour une Martinique Autrement", la préconisation est de rénover complètement le système de distribution d’eau potable. C’est un chantier colossal.