La crise sanitaire révèle nos contradictions dans une incompréhensible confusion

coronavirus
Manifestation de rue /pass et vaccin
Pancartes et manifestants en direction de la cité les Hauts du Port à Fort-de-France (24 juillet 2021). ©Stéphane Lupon
Comment pouvons-nous sortir de la spirale de la pandémie qui commence d’attaquer les bases de notre vie en société ? Comment comprendre que nous faisons nous-mêmes courir des risques de déstabilisation de notre équilibre collectif.

La Martinique est un pays de paradoxes, c’est bien connu. La crise sanitaire nous offre la possibilité de le prouver une fois de plus. Nous avons parfois du mal à nous déterminer, collectivement, vers une direction. Nous éprouvons les pires difficultés à faire nombre ou faire peuple face à des échéances majeures. Nous préférons souvent nous replier sur notre personne au lieu de chercher ensemble des solutions aux problèmes qui nous assaillent. Des caractères apparus récemment dans notre histoire, cependant.

Ainsi en est-il du passe sanitaire. Les professionnels de santé qui refusent de se soumettre à la loi du 5 août 2021 sont menacés d’une suspension de leur contrat de travail voire, à terme, d’un licenciement. Pourtant, ils n’ont commis aucune faute professionnelle. A moins de considérer que refuser cette mesure considérée comme attentatoire à leur liberté individuelle constitue un délit. Du jamais vu.

Si les arguments portant sur le libre choix de se faire vacciner sont valables, comment se fait-il que des professionnels de ce milieu y sont autant réfractaires ? Alors qu’ils sont vaccinés contre l’hépatite B, la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite, comment comprendre que certains prétendent ignorer la composition du vaccin à ARN-messager ? Il est évident qu’ils auraient dû être les premiers informés et les premiers convaincus.

Une culture scientifique suffisante ?

 

Il est étonnant que certains soignants ignorent que l’ARN a été mise en évidence en 1940, que plusieurs équipes de chercheurs qui l’ont étudié ont obtenu quatre prix Nobel de médecine et un prix Nobel de chimie entre 1959 et 2006. Et que des traitements prometteurs contre le cancer sont expérimentés. Les efforts pédagogiques ont-ils été suffisants ? La culture scientifique nécessaire à l’exercice médical ou paramédical est-elle suffisamment solide ? Paradoxe, encore.

Autre contradiction, le faux choix donné à la population. Pourquoi nous imposer, à l'hôpital, une seule formule de vaccin, le Pfizer, alors qu’il en existe d’autres dans l’hexagone ? Surtout que la formule du laboratoire Janssen sera bientôt utilisée en Guyane. Ce vaccin est pris en une dose unique. Il est composé d’un fragment d’un virus modifié, classique en quelque sorte. Pourquoi ne pas le proposer ici aussi, en sorte de contourner les craintes compréhensibles face à une technique méconnue ?

Une sérénité de surface

 

Cette crise sanitaire révèle aussi un paradoxe politique. Certains demandent des dérogations à la loi sur le passe sanitaire. Pourtant, quand l’occasion nous est donnée d’obtenir des dérogations permanentes pour gérer sur place nos affaires, nous refusons ce droit, quand nous allons voter. Là encore, les contraires s’annulent.

En résumé, le passe sanitaire est difficilement applicable en l’état ; la peur d’un type de vaccin provoque la méfiance envers tous les types de vaccin ; les fake news ont pris le pas sur l’information ; la confusion est le maître-mot de la crise. Résultat : le pays est au bord de l’explosion sociale, en dépit de la sérénité visible en surface. Là n’est pas le moindre des paradoxes.