La Martiniquaise Jacky Tavernier partage sa vie entre cinéma, théâtre et doublage

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Jacky Tavernier
Jacky Tavernier actrice de théâtre et de cinéma. ©Jacky Tavernier
C’est une actrice discrète qui navigue entre ombre et lumière. Elle a tourné récemment avec Jean Pierre Darroussin et prêté sa voix dans le film Le Majordome ainsi que dans des séries comme Mentalist, Hawaii Five-0, Empire, Meurtre au paradis.

Elle a fait le chemin inverse. En 1979, quand Jacky Tavernier quitte Créteil pour la Martinique, les familles antillaises sont plus habituées à laisser leur île pour l’Hexagone, que le contraire. Mais voilà, cette année-là, son père obtient sa mutation.

Avec sa femme, auxiliaire de puériculture, et leurs quatre enfants, cet ancien professeur de mathématiques en Algérie, devenu inspecteur des douanes, regagne son île. En attendant que le couple trouve un logement, Jacky vit chez ses grands-parents paternels, au François.

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Jacky pendant son enfance en Martinique. ©Collection privée

 

À la campagne du Morne Pitault, j’ai eu tout le loisir d’explorer les merveilles de la vie en pleine nature, véritable terrain de jeux. Grimper aux arbres, dans les mandariniers, nourrir les poules, nettoyer le parc à cochons à grands jets d’eau, se réveiller au pipiri chantant par le chant des coqs.

Jacky Tavernier

 

Se réveiller et se préparer aussi pour l’école. Pour Jacky, c’est une joie de glisser chaque matin du zakari et de la gelée de goyave dans son sac, rien à voir avec les goûters qu’elle grignotait à Créteil. Seule contrariété : ses camarades lui font des misères à cause de son accent parisien. "Ou ka bwodé", se moquent-elles.

Jacky Tavernier
Très jeune Jacky écrit des textes, rêve de devenir actrice... ©Jacky Tavernier

À 10 ans, avec son père, sa mère, sa sœur et ses deux frères, Jacky Tavernier s’installe à Ducos, sa "ville repère". Elle participe à des activités artistiques et religieuses, qui renforcent sa personnalité. Parler et chanter pour la première fois devant un public ou un auditoire, c’est l’embryon d’une vocation.

J’ai chanté à 15 ans avec un orchestre au Grand carbet du parc Floral, à l’occasion du petit conservatoire de Paul Hannibal. Je disais également des textes à la messe. Mine de rien, se construisait mon envie d’être sur scène, pour transmettre des émotions.

 

Jacky Tavernier
La comédienne martiniquaise Jacky Tavernier. ©Jacky Tavernier

Très vite, Jacky Tavernier se tourne vers l’écriture. Comme son oncle, le poète Monchoachi, elle écrit des textes, rêve de devenir actrice, et passe le casting pour Rue Cases-Nègres. Sans succès. À la sortie du film, elle s’extasie devant Darling Légitimus.

Darling Légitimus était avec Jenny Alpha l’une des premières actrices noires en France. Je voulais la rencontrer. Après le bac, je décide donc de rentrer à Paris, déterminée à faire du théâtre. Mes parents ne m’auraient jamais laissée partir s’ils l’avaient su. Alors, je leur ai dit que j’allais faire un BTS Tourisme. C’est une discipline qu’on n’enseignait pas encore en Martinique.

À Paris, parallèlement à ses études à l’université (Sciences de l’éducation), Jacky Tavernier fait de la radio et prend des cours d’art dramatique. Elle entre ensuite sur concours au conservatoire et complète sa formation en suivant des cours de chant lyrique avec la cantatrice martiniquaise Christiane Eda-Pierre.

Jacky Tavernier
Jacky Tavernier navigue entre ombre et lumière... ©Jacky Tavernier

À 25 ans, Jacky est heureuse ! Elle décroche son premier contrat professionnel de comédienne. Elle joue dans Britannicus sur la scène du Théâtre international de langue française à Paris. Puis elle part avec la pièce en tournée, au Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Gabon, Togo et en Côte d’Ivoire.

Ensuite je me suis installée à Cayenne où j’ai créé la compagnie théâtrale ACTRICES. J’enseignais en Guyane comme professeur des écoles. J’avais fait ce choix provisoire pour assurer l’éducation de ma fille.

 

Je menais de front mon travail de pédagogue tout en créant des spectacles et en montant des ateliers pour enfants. Au cinéma et à la télévision, je joue dans le court-métrage Les invités de Marc Barrat et dans le film L’amour étranger de Patrick Rufo.

 

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Jacky Tavernier avec Mouss Diouf dans le rôle d'Aïcha dans le film L'Absence. Dans le rôle de la mère supérieure Marie Eve dans le film Les Éblouis. En robe d'avocat, dans la série télévisée Platane créée par Éric Judor ©Collection privée

De retour à Paris, Jacky Tavernier joue au théâtre et tourne dans le film L’Absence de Mama Keita (2009), où elle tient le premier rôle aux côtés de Mouss Diouf, ce qui lui vaut le prix de la meilleure comédienne au festival du film francophone d’Angoulême et au festival du film africain de Khouribga (Maroc).

En attente de jours meilleurs

 

Avec le cinéma, le théâtre et le doublage, l’interprétation et la création sont mes activités principales. Le dernier film dans lequel j’ai joué remonte à 2019, avant la crise sanitaire. J’incarnais une mère supérieure dans Les Éblouis de Sarah Suco. Je donnais la réplique à Jean Pierre Darroussin et Camille Cottin.

Aujourd’hui, en attendant un prochain rôle au cinéma ou au théâtre, Jacky Tavernier se consacre à des projets personnels et au doublage de séries. En 2021, elle a prêté sa voix à plusieurs personnages dans des feuilletons comme NCIS : Nouvelles Orléans, The Equalizer, Clarice ou encore Sermons de minuit.