La mission de médiation condamnée à trouver une voie de sortie de crise

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Manifestation
De nombreux manifestants dans les rues de Fort-de-France. ©François Marlin
L’apaisement semble être à l’ordre du jour dans la crise inédite que nous vivons. C’est le sens de la déclaration du ministre de la Santé devant les sénateurs, lundi 25 octobre 2021. Objectif : trouver la meilleure manière de lutter contre la pandémie.

Les médiateurs venant de Paris sont impatiemment attendus. Les appels à l’apaisement semblent, enfin, avoir été entendus du gouvernement. Il était jusque-là inflexible sur la stricte application de la loi. À savoir, le texte adopté le 5 août 2021 instaurant une sorte de passeport intérieur pour se rendre dans un lieu recevant du public et pour aller travailler. Le fameux passe sanitaire.

La demande de cette médiation a été formulée tour à tour par l’intersyndicale des professionnels de la santé, par les élus de l’opposition du Gran sanblé à l’Assemblée de Martinique et par le président du conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique. Il eut été plus judicieux voire opportun que les futurs médiateurs soient désignés sur place.

Nous disposons encore de quelques autorités morales et de plusieurs personnalités qualifiées incontestables. Sans oublier l’association des médiateurs. Cette instance intervient essentiellement dans les conflits du travail, mais elle est parfaitement apte à réunir des parties adverses pour trouver un compromis ou un consensus.

Le gouvernement nous regarde de haut

 

Il se trouve que, manifestement, nous ne sommes pas pris suffisamment au sérieux par le gouvernement sur ce plan. Il est vrai que, depuis quelques mois, nous avons collectivement contribué à nous dévaloriser aux yeux du pouvoir. Entre injonctions contradictoires et contre-vérités, peurs irraisonnées et manque d’esprit de responsabilité, nous offrons un triste spectacle de division.

La société martiniquaise est désormais fracturée en plusieurs camps et sous-groupes. Or, partout ailleurs dans le monde, la solidarité sociale et l’urgence du moment priment sur toute autre considération. Par exemple, en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement local estime avoir maîtrisé l’épidémie grâce à la vaccination obligatoire, qui atteint 75% de la population concernée. Un résultat obtenu par la mobilisation générale à l’appel de toutes les forces politiques.

Dans la Caraïbe, une bonne demi-douzaine d’États souverains affichent des taux de vaccination plus élevés que le nôtre, sans obligation ni contrainte. Ceci posé, chaque pays se détermine selon sa propre logique et sa propre dynamique. Ce qui ne nous interdit pas de nous inspirer des expériences positives des autres.

Comment revenir à l’essentiel ?

 

Il s’agit de trouver la voie de l’unité du peuple pour atteindre l’objectif numéro 1, la lutte contre un virus mortel. Nous en sommes encore très loin, puisque nous ne sommes d’accord sur rien, ni sur les causes de la pandémie, ni sur les moyens de la juguler. L’obscurantisme a pris le pas sur le discours scientifique, signant une forme de régression intellectuelle. Le discours politique s’est auto-disqualifié, porté par des gouvernants peu formés aux réalités.

Nos formations politiques, en tant que tel, ne s’expriment pas sur le sujet. Les élus qui se prononcent, pour ou contre la vaccination, pour ou contre le passe sanitaire, le font à leurs risques et périls. Les syndicats de la santé tiennent des discours parfois ambigus, confondant opposition au vaccin et opposition aux restrictions des libertés individuelles. En oubliant de souligner que la grande majorité des infirmières et des médecins sont vaccinés et offrent à leurs patients la garantie de les soigner en sécurité.

Résultat : la confusion est telle que la majorité silencieuse a du mal à se déterminer en toute sérénité. Puisse la mission de médiation contribuer à revenir au calme général, en favorisant le dialogue, dans le respect des opinions de chacun. Puisse-t-elle nous aider à sortir de l’impasse dans laquelle nous nous sommes enfermés.