Législatives 2022 : la lente et nette transformation du paysage politique martiniquais

éditorial
Vote en Martinique
Vote dans le nord Caraïbe (18 juin 2022). ©Karl Sivatte et Jean-Claude Samyde
Les principaux enseignements à tirer des élections législatives en Martinique semblent clairs : un début de recomposition des forces politiques, un revers des formations majoritaires à ce jour et une abstention massive.

Qui a vraiment gagné les élections législatives ? Assurément, les 75% d'abstentionnistes. Une fois de plus, les urnes ont été boycottées par les citoyens. De multiples causes expliquent cette désaffection, déjà dans l’air depuis l’élection présidentielle, voire depuis 2002, selon certains de nos politologues.

Hormis les abstentionnistes, le vainqueur est assurément le parti politique Péyi'a. Ses deux co-présidents, Marcellin Nadeau et Jean-Philippe Nilor, sont élus députés. Sans oublier le candidat Jiovanny William, qu'il a soutenu. Les chiffres sont là, incontestables. Surtout que les deux chefs de cette formation née en février 2019 seulement, sont sortis en tête dans leurs circonscriptions au premier tour.

Est-ce à dire que nous vivons un renouvellement du personnel politique ? Certainement, mais il est partiel. Jean-Philippe Nilor entame son troisième mandat de député. Auparavant, il avait été conseiller général de Sainte-Luce en 2004 puis conseiller régional.

Marcellin Nadeau est maire du Prêcheur depuis 2008. Il préside la commission de la biodiversité à l’Assemblée de Martinique. Johnny Hajjar est devenu en 2001 conseiller général de Fort-de-France. Le secrétaire général du Parti progressiste martiniquais (PPM) est aussi adjoint au maire de Fort-de-France et vice-président de la communauté d’agglomération de la CACEM.

Un renouvellement partiel 

La véritable novation vient de Jiovanny William, quoiqu'il est élu depuis 2014 au conseil municipal du Robert. Suppléant de Josette Manin en 2017, il devient vice-président de CAP Nord en 2020. Mais, sans conteste, sa victoire représente un signal fort pour un candidat sans parti.

Si renouvellement il y a, c'est dans l'identité politique de nos députés qu'il faut le voir. Péyi'a se positionne comme une force politique d'avenir, avec d'autres forces comme La Martinique Ensemble de Catherine Conconne, notamment. D’autres mouvements politiques sont susceptibles d’émerger dans les mois et années à venir.

Ceci étant, la vie politique ne se résume pas aux seules élections législatives. La Martinique dispose également de 34 communes, de 3 communautés d'agglomération et de la Collectivité Territoriale. Des instituions où se joue aussi l'influence politique et où sont prises les décisions concernant le quotidien de la population.

L’autre leçon à tirer de ces législatives a trait à l’affaiblissement des deux formations qui dominent la vie politique depuis deux décennies. Le Parti progressiste et le Mouvement indépendantiste subissent de sérieux revers. Alians Matinik autour du PPM n'a plus qu'un député contre deux en 2017 (Josette Manin et Serge Letchimy) même si elle gouverne la CTM, avec un seul siège de majorité seulement.

La fin des duels entre PPM et MIM

Le MIM et ses alliés du Gran sanblé pou Matinik perdent le Sud. Et ses quatre finalistes (Philippe Edmond-Mariette, Justin Pamphile, Francis Carole, Alfred Marie-Jeanne) sont battus. Certains de ces candidats ont avancé la constitution d’un large front anti-marie-jeanniste comme l’une des clés d’explication de leur défaite.

Parmi les effets collatéraux de cette nouvelle donne, la fin des duels entre les deux leaders politiques qui s'affrontent depuis ces vingt dernières années, Serge Letchimy et Alfred Marie-Jeanne. En tout cas, la vie politique ne procédera plus d’eux seuls, comme c'est le cas depuis les élections municipales de Fort-de-France de 2001, première de leur longue série d’escarmouches.

La défaite du chef du MIM et la perte d'influence du chef du PPM doivent être vus comme des signaux d'un appel d'air frais vers un nouveau paysage politique qui est en train de se dessiner sous nos yeux. Sans oublier cette abstention et ce qu'elle exprime, à savoir l’opinion inexprimée de la majorité des citoyens, qui demeurent des acteurs attentifs ou des spectateurs désabusés du jeu politique.