Lire et relire Frantz Fanon, penseur lumineux

Le psychiatre et essayiste martiniquais Frantz Fanon (1925 – 1961).
Un hommage est rendu à trois militants de la cause martiniquaise durant la semaine du 3 décembre 2018 : l’avocat Marcel Manville, l’historien Ti-Jo Mauvois et le militant révolutionnaire Frantz Fanon. Ce dernier s'est fait connaître avec "Peau noire, masques blancs", un essai à lire ou relire.
 
Mercredi 6 décembre 1961. La nuit hivernale envahit l’hôpital militaire de Bethesda, dans la banlieue de Washington. Dans une chambre, une poignée de proches accompagnent un jeune homme de 36 ans dans ses derniers instants. Atteint de leucémie, Frantz Fanon s’éteint, au moment où son œuvre commence de passer à la postérité.
 

Un engagement militant 


Intransigeant dans son engagement contre l’asservissement de l’homme, il choisit l’Algérie opprimée contre la France coloniale, après avoir choisi la France opprimée contre l’Allemagne nazie dix ans plus tôt. Frantz Fanon reste méconnu de ses compatriotes, ayant livré bataille loin de sa terre natale, où il y a puisé son énergie, son courage, sa lucidité.

En plus de son engagement militant, le docteur Frantz Fanon, psychiatre formé à l’Université de Lyon, a porté une contribution majeure à la médecine mentale en pays dominé. S’avouant impuissant face à la douleur de ses patients maghrébins qu’il consulte à Lyon, il s’est contraint à revoir les bases de sa discipline. En s’inspirant de son expérience de victime du racisme durant son engagement dans les Forces françaises libres, il l’a synthétisé avec ses observations cliniques en publiant son premier essai, "Peau noire, masques blancs" en 1952.

Rédigé dans un style alerte par un écrivain nourri aux belles lettres et à la réflexion philosophique, une habitude acquise lors de sa fréquentation de la faculté de lettres pendant ses études de médecine, ce livre bouleverse les règles de la psychiatrie. Il y propose une autre vision pour comprendre et soigner la maladie mentale chez les colonisés.

Six décennies plus tard, "Peau noire, masques blancs" reste d’actualité. Soit le monde n’a pas évolué, soit Fanon était un vrai précurseur. Dans un cas comme dans l’autre, cela laisse songeur.
Frantz Fanon dans le texte
Tous les livres de Frantz Fanon ont été réédités à de multiples reprises, dans de nombreuses langues dans le monde entier :
Peau noire, masques blancs, Le Seuil, 1952
L'An V de la révolution algérienne, Maspéro, 1959
Les Damnés de la Terre, Maspéro 1961
Pour la révolution africaine. Écrits politiques, Maspéro, 1964

Lire à propos de Fanon
• Raphaël Confiant, L’insurrection de l’âme. Frantz Fanon, vie et mot du guerrier-silex, Caraïbéditions, 2017
• Daniel Boukman, Frantz Fanon. Traces d'une vie exemplaire, L'Harmattan, 2016
• André Lucrèce, Frantz Fanon et les Antilles. L’empreinte d'une pensée, Le Teneur, 2011
• David Macey, Frantz Fanon, une vie, La Découverte, 2011
• Pierre Bouvier, Aimé Césaire et Frantz Fanon. Portraits de (dé)colonisés, Les Belles Lettres, 2010
• Christiane Chaulet-Achour, Frantz Fanon, l'importun, Editions du Chèvrefeuille étoilée, 2004
• Joby Fanon, De la Martinique à l'Algérie et à l'Afrique, L'Harmattan, 2004
• Alice Cherki, Frantz Fanon. Portrait, Le Seuil, 2000