Mort d’Elizabeth II : la Reine d’Angleterre était le chef d’État de plusieurs pays de la Caraïbe

océan atlantique
Reine d'Angleterre Jamaique 1953
La reine Elizabeth lors de sa première visite officielle à la Jamaïque en 1953 ©Royal Family
En 1953, après son couronnement, la première visite officielle de la reine Elizabeth était pour la Jamaïque, encore colonie de la Grande-Bretagne. Elle a été reçue avec tous les protocoles dûs à un monarque. Pendant les 70 ans de son règne, elle a été témoin de l’évolution vers l’indépendance de presque toutes les colonies britanniques. Aujourd’hui, ces pays indépendants accusent la monarchie d’avoir été complice des atrocités de la traite négrière.

Morte à 96 ans, la reine Elizabeth d’Angleterre est née au moment où la Grande Bretagne était encore une puissance coloniale.

L’empire s’étendait sur 23% de la superficie de la planète et 23% de la population mondiale. Au sommet de sa puissance qui a duré 100 ans, la devise "le soleil ne se couche jamais sur l’empire" illustrait l’immensité des territoires sous contrôle britannique.  

Lors de la cérémonie de son couronnement, le plus grand diamant taillé au monde qui pèse 106g, est incrusté sur le sceptre royal. Il est sorti des mines de la colonie d’Afrique du Sud,

Sur l’une de ces couronnes, le diamant Koh-i-Noor, a été "pris" pendant la guerre en Inde.

Au total, les enseignes royaux sont composés de 23,578 pierres précieuses, dont beaucoup sont extraites des colonies.

Reine Elizabeth couronnement
La couronnement de la Reine Elizabeth en 1953 ©Royal Family

La Caraïbe, la couronne, l'esclavage

La Grande Bretagne était au centre de la traite négrière.

Les liens entre la famille royale et l’esclavage remontent au 16e siècle quand la reine Elizabeth I finance le voyage d’un trafiquant d’africains vers les Amériques.

Dans un article paru dans le journal britannique, the Guardian, Trevor Burnard, professeur de l’esclavage et de l’émancipation à l’université de Hull en Angleterre, affirme que la Compagnie Royale d’Afrique (Royal African Company), établie en 1660 par le futur roi James II et son frère Charles II, ont réalisé d’immenses bénéfices tirés de la traite négrière.

Entre 1672 et 1731, la compagnie a transporté plus de 187 000 esclaves d’Afrique vers les colonies des Amériques. La traite était protégée par la monarchie et le parlement britannique.

Le roi William IV était leader d’un lobby en faveur de l’esclavage. 

À l’arrivée de la betterave sucrière, la valeur économique des colonies a diminué.

L'Indépendance des colonies

À partir des années 60, commençant par la Jamaïque et Trinidad et Tobago, les territoires caribéens ont démarré le processus indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne. Barbade, les Bahamas et les îles des petites Antilles ont suivi dans les années 70.

La reine Elizabeth à la Jamaique
La reine Elizabeth en visite à la Jamaïque ©Royal Family

John Compton, le Premier premier ministre de Sainte-Lucie lors de l'indépendance en 1979, a tenté sans succès, de négocier une indemnité avantageuse pour son pays.

Le package était non-négociable. La Grande-Bretagne nous a offert un aéroport international, une école secondaire et 10 millions de livres de l’époque. On voulait se débarrasser de nous. On coûtait trop cher.

John Compton, ancien Premier ministre de Sainte-Lucie

C’est sa cousine, Alexandra, qui a représenté la reine lors de la cérémonie de l’indépendance.

Chef d'état dans la Caraïbe

La reine de l’Angleterre est encore chef d’état dans 14 anciennes colonies dont la moitié dans la Caraïbe.

La reine Elizabeth EC Dollar
La reine Elizabeth figure sur les billets des dollars caribéens ©ECCB

Les exceptions sont : le Guyana, Trinidad et Tobago, la Dominique et Barbade qui ont adopté le statut de république avec un président nommé par le gouvernement sans l’aval de la reine.

Le Commonwealth, un regroupement de 54 anciennes colonies, est présidé par le monarque britannique. Cette organisation permet garder le contact avec les anciennes colonies en particulier pour les intérêts financiers britanniques.

En 2018, la reine Elizabeth a présidé son dernier sommet des leaders des pays du Commonwealth. Elle a légué le rôle à son hériter, Charles.

La reine Elizabeth et le Commonwealth
La reine Elizabeth et les leaders du Commonwealth ©Commonwealth

Pendant son règne, elle a réalisé des visites officielles (toutes financées par les trésoreries de chaque île) à Barbade, Trinidad et Tobago, Sainte-Lucie, la Grenade, Saint-Vincent et les Grenadines, le Guyana, la Dominique, Antigua et Barbuda, les Bahamas, et les Bermudes.

Sa dernière tournée dans la Caraïbe remonte à 2009. Elle s’est rendue à Trinidad et Tobago et les Bermudes. La reine Elizabeth a toujours été bien reçu dans la région. Ses héritiers n’ont pas eu cette chance.  

Après la reine Elizabeth

Lors de tournées pour marquer les 70 ans de la reine sur le trône, les manifestations à Belize et à la Jamaïque ont accueilli son petit-fils William et sa femme Kate. Son cadet, le prince Edouard a dû abandonné son escale à la Grenade. À Saint-Vincent, les manifestants demandaient réparations à la couronne britannique pour les atrocités de l’esclavage et de la colonisation.  

Les bénéfices de la traite ont rempli les caisses de la Grande Bretagne et financé la révolution industrielle.

Selon le professeur Corinne Fowler de l’Université de Leicester, la famille royale devrait s’excuser pour ses actions et demander ce qu’elle peut faire pour réparer les dégâts de l’esclavage.

Dernière photo de la reine Elizabeth
La derniere photo de la reine Elizabeth, prise mercredi 7 septembre 2022 ©Royal Family

Le décès de la Reine Elizabeth marque un nouveau chapitre dans les relations entre la monarchie britannique et les pays indépendants de la Caraïbe.