Outre-mer : l’Appel de Fort-de-France sera-t-il entendu par le président de la République ?

politique
Chefs des régions d'Outre-Mer
Louis Mussington (Saint-Martin), Serge Letchimy (Martinique), Huguette Bello (Réunion), Ary Chalus (Guadeloupe), Ben Issa Ousseni (Mayotte), Gabriel Serville (Guyane). ©CTM
Lors de la Conférence des régions ultrapériphériques européennes, Serge Letchimy, le président du conseil exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique, et ses homologues des territoires français, ont signé une déclaration dans laquelle ils réclament "un changement profond de la politique Outre-mer de l’Etat".

Quel sera le sort réservé à l’Appel de Fort-de-France ? C’est ainsi qu’a été nommée la déclaration adoptée par les présidents des régions ultrapériphériques françaises à l’occasion de leur réunion en Martinique.

Ce texte est destiné à déclencher une prise de conscience de la part du président de la République, fraîchement réélu. Du reste, les exécutifs sollicitent un entretien au plus vite avec le chef de l’Etat pour lui présenter leurs doléances.

Serge Letchimy et ses collègues expliquent leur démarche dans un texte relativement concis. "Face aux situations de mal-développement structurel à l’origine d’inégalités de plus en plus criantes qui minent le pacte social",  il devient urgent "d’ouvrir une nouvelle étape historique pour nos territoires d’outre-mer".

Les signataires sont, outre le président hôte de la rencontre Serge Letchimy : Ary Chalus, président de la Région Guadeloupe ; Guy Losbar, président du conseil départemental de Guadeloupe ; Gabriel Serville, président de la Collectivité Territoriale de Guyane ; Louis Mussington, président de la Collectivité de Saint-Martin Mayotte ; Hughette Bello, présidente de la Région Réunion ; Ben Issa Ousseni, président du conseil départemental de Mayotte.

Un appel solennel à l’Etat

Les exécutifs en appellent à une large concertation avec les populations et les forces vives de nos territoires. Objectif : mettre en œuvre des décisions articulées autour de trois axes. Un, définir un nouveau cadre pour modifier nos relations avec l’Etat dans le but d’arrêter des politiques publiques tenant compte de nos réalités.

Deux, domicilier les leviers de décision pour parvenir à l’égalité des droits. Ce qui suppose la reconnaissance de nos spécificités. Trois, imaginer un nouveau modèle de développement à partir des potentialités de nos territoires et de leurs habitants.

Les présidents des RUP françaises ont convenu de montrer leur unité et d’expliciter leur vision au président Emmanuel Macron. Ils comptent "instaurer un dialogue exigeant avec l’Etat" à cet effet. À cette rencontre, ils espèrent évoquer "l’ensemble des questions économiques, sociales et institutionnelles qui se posent à chacun de nos territoires, pour le présent et pour l’avenir".

Déverrouiller un système perclus

La feuille de route attendue devrait être appliquée dans l’immédiat, si nous en croyons les présidents signataires de cet appel de Fort-de-France du 17 mai 2022. Il n’est pas sans rappeler, sur son ton et ses objectifs, la Déclaration de Basse-Terre du 1er décembre 1999.

Certes, ce document présenté au président Jacques Chirac n’a pas débouché sur l’instauration d’un nouveau statut social et fiscal en Guyane, en Guadeloupe et en Martinique. Néanmoins, les présidents des régions de l’époque – Antoine Karam de Guyane, Lucette Michaux-Chevry de Guadeloupe et Alfred Marie-Jeanne de Martinique  – ont obtenu le déblocage du verrou juridique empêchant toute modification de nos institutions. Une petite révolution illustrée par la révision de la Constitution de mars 2003.

Il reste à savoir si le président réélu est-il en mesure d’entendre cette interpellation de nos élus ? La politique menée dans nos territoires durant son quinquennat n’a guère convaincu. C’est le moins que l’on puisse dire. Les conditions sont-elles désormais réunies pour moderniser les modalités de notre appartenance à la République ?

Le moment est-il arrivé de nous débarrasser des archaïsmes de notre système économique mortifère ? A nous tous de jouer pour qu’il en soit ainsi.