Paris érige une statue en hommage à la mulâtresse Solitude

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Plaque Jardin Solitude
Une plaque commémorative est installée dans le Jardin, en hommage à Solitude. ©Sarah Vildeuil
Moment historique à Paris samedi 26 septembre 2020. La maire Anne Hidalgo a inauguré dans le 17e arrondissement un jardin portant le nom de la mulâtresse Solitude. Un geste symbolique très fort.
La mulâtresse Solitude bientôt statufiée. D’ici quelques mois, un monument représentant cette vaillante combattante contre le système esclavagiste sera érigé.

Ce sera la première statue de femme noire dans la capitale. Elle sera édifiée sur l’ancien emplacement de la statue du général Dumas, supprimée par les nazis. Père de l’écrivain Alexandre Dumas, ce mulâtre a été le premier général français natif des Antillais.

Le geste symbolique est fort. La maire de Paris et son équipe composée de plusieurs élus antillais estiment que le souvenir de la lutte contre la barbarie esclavagiste doit être largement connu et partagé. La mulâtresse Solitude constitue sans conteste une figure emblématique du long combat de nos ancêtres pour leur libération.

Sa mère, Bayangumay, est violée par un marin sur un bateau négrier. Son bébé, qu’elle prénomme Rosalie, voit le jour peu de temps après son arrivée en Guadeloupe, en 1772. Enfant d’apparence docile, Rosalie est employée comme domestique. Elle ne laisse rien deviner de sa révolte intérieure contre les colons.


La gentille Rosalie devient Solitude la combattante


Une fois l’esclavage aboli sous la Révolution française en février 1794, son maître disparaît. Rosalie se retrouve libre. Elle est prise dans le tourbillon du changement de régime politique. Elle se joint aux rebelles du camp de Goyave, commandé par Sanga. Rosalie s’y éprend de Maïmouni, un bossal - captif né en Afrique. Rosalie se choisit un nouveau nom : Solitude.

Sous la pression des colons, Napoléon 1er rétablit l’esclavage en 1802. La Martinique n’est pas concernée, n’ayant pas connu cette brève séquence de liberté. Du fait de la présence des Anglais, esclavagistes, appelés par les békés. En Guadeloupe, le général Richepanse déploie un zèle pour revenir au statu quo ante.

Le Colonel Louis Delgrès, commandant militaire de la colonie, refuse ses ordres et le retour en arrière. Né en Martinique, brillant officier ayant participé à plusieurs guerres avec Napoléon, il tient tête au nouveau gouverneur. Delgrès lance un appel à la résistance.

Solitude, enceinte, prend part aux batailles entre les nèg mawon et les soldats. Elle se signale par son courage, décuplé par sa haine des Blancs. Le dernier combat, le 28 mai 1802, met fin à l’insurrection. Repliés dans la redoute du Matouba, Delgrès et ses compagnons préfèrent se tuer dans l’explosion de la poudrerie au lieu de se rendre.

Solitude est parmi les rares survivants. Capturée, elle est condamnée à mort et pendue cinq mois plus tard, le lendemain de son accouchement. Hormis la Guadeloupe, son souvenir s’était estompé jusqu’à récemment. Il sera encore plus vivace à Paris désormais.
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