Plénière explosive à l’assemblée de Martinique : les élus sont divisés sur l’eau potable, la majorité se déchire

collectivité territoriale de martinique
CTM visio-conférence
Visio-conférence de l'assemblée de Martinique (plénière du 30 juin 2020). ©CTM
Une plénière encore tendue à l’assemblée mensuelle de la CTM en visioconférence ce mardi 30 juin 2020. Les tensions sont très vives entre l'opposition et la majorité sur le dossier de l'eau potable et la mise en place des gros tuyaux de Séguineau. Les élus du "gran samblé" se déchirent.
 
Parmi les 29 points à l’ordre du jour, il y a eu en ouverture de séance, une intervention du secrétaire de FO santé, Jean-Pierre Jean-Louis, pour signaler un "manque de moyens" au Centre Hospitalier Universitaire de Martinique (CHUM), pour accueillir des malades du covid-19 en provenance de la Guyane.

Puis, l’élu de l’opposition Fred Lordinot, a proposé d’intégrer à l’ordre du jour, la mise en application de la délibération entérinée par les élus lors de la dernière réunion plénière des 11 et 12 juin 2020 pour l'indemnisation du propriétaire du terrain du Lorrain.

Objectif : engager au plus vite le gros chantier de la mise en place des canalisations de 80 centimètres de diamètre sur le site de Séguineau au Lorrain, afin d'alimenter correctement des milliers d'abonnés, en particulier dans le sud et le centre de l'île.
 

Tensions très vives 


Durant le vote nominal Pour ou Contre la modification de l’ordre du jour sur ce sujet d'intérêt public majeur, les tensions ont été de plus en plus vives entre opposition et majorité, mais aussi au sein même du "Gran Samblé" majoritaire à la Collectivité Territoriale de Martinique.
 

Je vote POUR le respect des décisions de l’assemblée.

(Raphaël Martine, membre de la majorité de la CTM, ex maire de Saint-Pierre)


Dans ce dossier, le président de séance Claude Lise, a rappelé que "l’assemblée est souveraine".
 

Nous sommes une assemblée démocratique, les opinions sont libres (...).
Ce que je demande aux collègues c’est de se respecter.


Claude Lise a aussi été un des premiers à exprimer sa colère (ce qui est très rare), suite à des propos tenus selon lui, lors de la dernière campagne des municipales, dans le camp de la majorité à laquelle l'ex sénateur appartient, conduite par le président du conseil exécutif, Alfred Marie-Jeanne. Mais on le sait, les relations entre ce dernier et l'ex sénateur se sont considérablement détériorées au fil des mois.
 

Il y a des choses que je pardonnerai pas.
Certains d’entre vous ont des comportements de voyous (...). 
Ceux qui m’accusent de despotisme, il faut qu’il fasse très attention (...)
Je suis en train de défendre mes droits, les droits de ma famille.

(Claude Lise)


Dans ce dossier de l'eau, Yan Monplaisir, le vice-président de l'assemblée (et nouveau maire de Saint-Joseph), ajoute à propos d'Alfred Marie-Jeanne : "C’est l’assemblée qui lui donne le droit de faire".
 

Il y a des principes en démocratie (...).
Le président de l’exécutif déclarant publiquement qu’il n’exécuterait pas la décision de l’assemblée, se met en travers de la démocratie (...). 
Il faut donner de l’eau aux Martiniquais, parce que c’est scélérat ce qui se passe là.

(Yan Monplaisir)


Claude Lise, très remonté, renchérit :
 

Le drapeau de la Martinique que tout le monde n’a pas accepté à coûté 200 000 euros, mais c’est trop pour donner de l’eau à la Martinique (...).
Avec 200 000 euros, on est en train de faire un sort à un béké (...).
Derrière ce débat, il y a un débat idéologique.


Commentaire du conseiller Clément Charpentier-Tity de la majorité.
 

Quel exécutif aurait accepté un tel diktat ? (...)
Cet amendement a conforté le propriétaire dans ses prétentions incroyables (...) Séguineau ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt (...).

On peut vouloir la "peau" du président de l’exécutif, mais il faut le faire clairement.


Lucien Adenet (proche d’Alfred Marie-Jeanne), également membre de la majorité a dit :
 

C’est ignoble, c’est abject ce qui se passe au sein de notre assemblée aujourd’hui.


Le député Jean-Philippe Nilor (encore au sein de la majorité Marie-Jeanniste), a lui aussi donné son explication de vote :
 

Je dis oui, je suis POUR...
Je suis pour la transparence au sein de cette assemblée (...), une assemblée qui subit la rétention d’informations de manière récurrente. Je pense par exemple au dossier Albioma (...).

Les arguments de ceux qui sont contres, sont dangereux et pathétiques pour la démocratie.


Après ces premières salves déjà violentes, le débat qui se poursuit devrait être épique sur ce gros chantier du dossier d'eau potable en attente de l'installation des tuyaux de 80 cm de diamètres, lesquels sont en souffrance sur le terrain d'un agriculteur depuis plus de 10 ans au Lorrain.

Mais en marge de ces atermoiements, on est en droit de s'interroger légitimement, quant aux conditions de la fin de cette mandature 2016-2021 à la Collectivité Territoriale de Martinique, où les relations entre élus se sont dégradées un peu plus ce mardi 30 juin 2020.

Le débat se poursuit maintenant en direct sur notre site.