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Une première historique avec l'audition d'anciens fabriquants martiniquais de chlordécone

chlordécone
Henri Ernoult et Serge Letchimy
Henri Ernoult, ancien directeur de la société Lagarrigue interrogé par la commission de l'Assemblée Nationale. ©Martiniquela1ère
Ils étaient très attendus! C'est que leurs témoignages étaient attendus pour établir les responsabilités des lobbys bananiers mais également des industriels locaux de produits phytosanitaires. Les anciens dirigeants de la société Lagarrigue ont été entendus par la commission d'enquête. 
Tout a commencé avec l'entretien de Lionel de Lagarrigue membre de la famille de Laurent de Lagarrigue, un ancien dirigeant de la société éponyme. C'est cette société qui a racheté le brevet du chlordécone pour fabriquer un nouveau pesticide : le culone.

Sauf que Lionel de Lagarrigue n'est au courant de rien ! C'est en tous cas ce qu'il a affirmé sous serment devant les membres de la commission d'enquête parlementaire au cours d'une audition qui aura duré moins d'une demi-heure. 
 

L'audition de Henri Ernoult qui reconnaît "une grosse bêtise"


Quand vient le tour d'Henri Ernoult le ton change. Dans un échange plutôt cordial, l'ancien directeur de la société Lagarrigue va défendre, bec et ongles, Yves Hayot le PDG de la dite entreprise.

Dans un exposé mêlant dates et contexte de l'époque, il va tenter de dédouaner ses collègues. En expliquant le conglomérat d'entreprises qui est entré en jeu pour la fabrication puis la commercialisation du culone (pesticide à base de chlordécone) en Martinique et Guadeloupe de 1990 à 1993.

Malgré les tentatives des membres de la commission d'obtenir des révélations, il ne lâchera rien. Toujours au sujet d'Yves Hayot il dira :

Personne, lui le premier, ne mesurait la dangerosité du produit.

Il rejettera ainsi toute la faute sur l'État qui selon lui n'aurait pas dû homologuer un tel pesticide.
Sur la question des importations qui se seraient poursuivies entre 1990 et 1993, Henri Ernoult gardera la même ligne de défense. Il n'y a jamais eu d'importation après l'interdiction officielle en 1990 affirmera-t-il.

Sur ce point c'est la rapporteure de l'enquête, Justine Bénin, députée de Guadeloupe, qui mettra les pieds dans le plat annonçant que les archives disparues du ministère de l'agriculture avaient été retrouvées et communiquées à la commission.

Et ces archives feraient état d'un rapport de la société Lagarrigue portant mention de la toxicité du produit. À cette question Henri Ernoult bottera en touche avant de reconnaître  

Il y a eu une bêtise qui a été faite. Une grosse bêtise même.

Aujourd'hui (mardi 17 septembre 2019), la commission se rend sur le terrain. Elle ira visiter la baie du Robert ainsi qu'une exploitation agricole du nord atlantique afin d'aborder les problématiques liées au chlordécone dans les domaines de l'agriculture et de la pêche.

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