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Que faut-il retenir du procès historique de l’OJAM ?

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Slogan OJAM
Extrait de la bande annonce du film : "La Martinique au Martiniquais, l'affaire de l'OJAM" ©capture d'écran (YT)
Le 25 novembre 2016 a marqué le 53ème anniversaire du début du procès de l’OJAM, l’Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste de la Martinique. Un demi-siècle plus tard que faut-il retenir de cet épisode de notre histoire qui reste méconnu ?
Lundi 25 novembre 1963, 16chambre du tribunal correctionnel de Paris. Sont cités à comparaître devant la Cour de sûreté de l’État, 18 jeunes martiniquais de 19 à 33 ans. Une femme et dix-sept hommes. Ils sont étudiants, enseignant, médecin, avocat, artiste-peintre, bijoutier, inspecteur des douanes, ouvrier. Ils risquent jusqu’à dix ans de prison pour "atteinte à l’intégrité du territoire". Leur délit ? Avoir placardé le matin du Réveillon de Noël 1962, sur les murs de maisons et d’édifices publics, une affiche intitulée "Manifeste de la jeunesse de Martinique", se concluant par un slogan : "La Martinique aux Martiniquais".

Ce 25 novembre 1963, s’ouvre le procès des militants de l’Organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique. OJAM : quatre lettres qui ont semé la panique parmi gendarmes et policiers durant de longues semaines, avant une série d’arrestations en février et mars 1963. Huit détenus et dix prévenus libres sont interrogés durant toute la semaine par des magistrats tantôt attentifs, tantôt étonnés d’avoir à juger des jeunes gens bien sous tous rapports contre lesquels il manque singulièrement la moindre preuve de leur participation à un complot contre l’autorité de l’État. C’était le motif de leur inculpation initiale, vite abandonné. Un bataillon de ténors du barreau se presse à la barre, Marcel Manville en tête, habituel défenseur des militants anticolonialistes.

Au final, cinq des détenus écopent de peines de prison ferme. Ils seront relaxés en appel en avril 1964. Les treize autres ne seront pas condamnés. De nombreux militants resteront inconnus de la police et de la justice. L’organisation est dissoute mais plusieurs de ses cadres resteront au Parti communiste, d’autres rejoindront le Parti progressiste, d’autres iront structurer ce qui deviendra le courant indépendantiste.

Le procès de l’OJAM sonne le glas de cette organisation née de la nécessité pour les jeunes politisés de cette époque de porter des réponses au malaise de la société d’alors : mal-développement, chômage massif, oisiveté des jeunes, manque de débouchés professionnels, absence de perspectives, déni de notre personnalité collective.
Ces questions posées voici un demi-siècle ont-elles toutes été résolues ?
Les 18 militants de l’OJAM poursuivis
Deux groupes de cadres de l’organisation sont poursuivis devant la Cour de sûreté de l’Etat. Tout d’abord, un groupe de huit qui sont détenus à la prison de Fresnes, transférés depuis celles de Fort-de-France puis de la Santé :
Henri Armougon, inspecteur des douanes
Rodolphe Désiré, médecin
Guy Dufond, directeur d’école privée
Hervé Florent, avocat
Manfred Lamotte, étudiant
Victor Lessort, bijoutier
Henri Pied, médecin
Roger Riam, instituteur.

Un second groupe de treize prévenus est également jugé :
Georges Aliker, étudiant
Guy Anglionin, apprenti
Charles Davidas, peintre en bâtiment
Renaud de Grandmaison, étudiant
Eusèbe Lordinot, instituteur
Gesner Mencé, instituteur
Marc (Loulou) Pulvar, étudiant
Joseph René-Corail (Khôkhô), artiste-peintre
Josiane Saint-Louis-Augustin, étudiante
Léon Sainte-Rose-Franchine, instituteur
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