Raymonde Cabrimol, une figure des évènements de février 1974, s'est éteinte

décès
Raymonde Cabrimol
Raymonde Cabrimol dit Man Toye (1935-2017), une figure du monde ouvrier en février 1974 ©Gérard Cabrimol
Raymonde Cabrimol dit "Man Toï", est décédée vendredi soir à l'âge de 82 ans au Lorrain. C'était une figure des évènements sociaux de Février 1974.
Raymonde Cabrimol (Man Toï) était l'une des figures de la grande grève des ouvriers de la banane en février 1974 en Martinique, une forte personnalité, très écoutée, perçue comme "une meneuse". Cette année là, l'île est paralysée par des grèves qui ont commencé depuis le 17 janvier. Les ouvriers réclament des augmentations de salaire. Le mouvement est d'autant plus dur que les négociations entre patrons et ouvriers ne donnent rien.

Elle a vu les gendarmes tirer sur les ouvriers

Les gendarmes tentent de maintenir l'ordre mais rencontrent des difficultés. Ils sont régulièrement assaillis par des jets de pierres et répliquent à coups de gaz lacrymogène. C'est dans ce contexte très tendue que se produit le drame du jeudi 14 février. Ce jour là, des foyers de protestations éclatent dans plusieurs communes de l'île. Le préfet décide de mettre un terme à la révolte ouvrière. En milieu de matinée, sur le plateau de Chalvet à Basse Pointe les ouvriers se retrouvent en présence des gendarmes qui n'hésitent pas à utiliser leurs armes.

Au cours de cette fusillade, un ouvrier agricole est mort. llmany Sérier, dit Renor, 55 ans, père d'une vingtaine d'enfants. L'émotion est considérable, les gendarmes sont accusés de meurtre. Le 16 février, deux heures avant l'enterrement de Rénor illmany,  le corps de Georges Marie-Louise, un jeune ouvrier maçon de 19 ans, est découvert sur une plage de Basse Pointe, non loin de Chalvet.

Plusieurs blessés parmi les ouvriers garderont pendant longtemps les séquelles des faits. Raymonde Cabrimol racontait la naïveté des ouvriers à cette époque."Nou wvè sé jendam la, mé nou pa té sav' poutchi" (nous avons bien vu les gendarmes, mais nous en ignorions le but).

Elle était intarissable sur le sujet. Grâce à sa connaissance du terrain, elle a probablement contribué à sauver nombre de ses camarades, surpris ce jour là par la violente répression. Raymonde Cabrimol avait 82 ans.
Nous présentons nos sincères condoléances à la famille.