Un septième de l'humanité est touché par la faim qui continue de s’étendre sur la planète

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Enfant dans les bidonvilles
Enfant dans les bidonvilles. ©Billy Cedeno de Pixabay
Il y a souvent plus malheureux que soi. C’est la conclusion à laquelle nous pouvons arriver, à la lecture du dernier rapport sur la faim dans le monde. Un phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

La faim sévit toujours dans le monde, selon la FAO, l’agence de l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, dont le siège est à Rome. Le fléau touche 811 millions de personnes, un habitant sur sept de la planète. Une proportion en augmentation constante depuis cinq ans.

Le 4 octobre dernier, à l’issue d’une réunion des hauts dirigeants de l’ONU, le directeur général de la FAO, Qu Dongyu, constatait :

Nous faisons face aujourd’hui à des crises alimentaires sans précédent qui se déclarent sur plusieurs fronts. La privation de nourriture et les décès liés à la faim sont désormais une réalité. Alors que nous approchons de la fin de l’année 2021, la situation ne cesse de se détériorer. 

Qu Dongyu, directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture 

 

Au Kénya, près de 2,5 millions de personnes sont menacées par la famine à cause de la sécheresse. Selon le Programme alimentaire mondial - le PAM, une autre agence de l’ONU - les inondations, les invasions de criquets, la pandémie puis la sécheresse mettent à mal les réserves d'eau potable, les cultures et les pâturages des troupeaux.

Un phénomène prenant de l’ampleur

 

A Madagascar, la population rurale se nourrit de la peau bouillie des zébus qu’elle élève pour ne pas mourir de faim. En Afghanistan, 14 des 38 millions d’habitants ont du mal à se nourrir chaque jour. Des situations identiques sont repérées dans certaines zones d’Afrique, d’Amérique du sud et d’Asie. La malnutrition ou l’absence d’une nourriture régulière sont vécues aussi dans certains quartiers des grandes villes européennes et nord-américaines.

Les experts de l’ONU et les spécialistes en géopolitique sont unanimes sur les causes de la persistance de la faim. En tête, les dérèglements du climat. Les cyclones, les inondations et les sécheresses sont plus fréquents et plus violents. Ces catastrophes naturelles provoquent l’augmentation de la précarité économique et nutritionnelle. Elles privent les populations de leurs terres, de leurs revenus et de leurs logements.

Les climatologues du GIEC ont établi depuis longtemps le lien entre la crise climatique et les émissions de gaz à effet de serre produits par les activités humaines. En premier lieu, la déforestation pour l’agriculture industrielle qui détruit la dynamique de l’agriculture nourricière. Par ailleurs, la pandémie a accentué les difficultés d’accès aux ressources alimentaires dans les pays ou les zones fragilisées avant cette crise.

L’alimentation durable comme solution ?

 

Pourtant, il est possible de lutter contre les menaces de famine. Le PAM propose de recourir à l’alimentation durable. Ce qui suppose des modifications substantielles de notre mode de vie, notamment la réduction de la consommation de viande dans les pays riches. Ce qui permettrait de freiner la destruction des forêts utilisées pour nourrir le bétail dans des élevages industriels en Europe de l’ouest, au Brésil ou en Argentine.

Un autre axe de travail est la réduction du gaspillage alimentaire. Chaque année, un tiers de la nourriture produite est perdue ou détruite, selon la FAO. Elle préconise de développer l’agriculture durable, sans engrais chimiques ni pesticides. Il convient de s’inspirer de l’agroécologie paysanne, un ensemble de pratiques respectant les saisons et les territoires en tirant bénéfice des interactions entre les plantes, les animaux et les sols.

Au-delà des discours généreux, il reste à savoir si les dégâts provoqués par l’espèce humaine sont encore réparables, et à quel coût. La faim dans le monde demeure un sujet éminemment humain, éminemment politique.