Une prime contestée mais bienvenue pour soutenir le pouvoir d’achat

économie
Prime inflation
L'indemnité de 100 euros sera individualisée et non perçue par foyer. © (PATRICK PLEUL / DPA-ZENTRALBILD / AFP
La prime inflation est désormais versée aux 38 millions de personnes concernées par cette mesure dans toute la France, en Martinique aussi. Sachant que les conditions de vie sont différentes d’une rive à l’autre de l’océan Atlantique, pourquoi cette prime est-elle du même montant partout ?

2 000 euros net par mois au plus : c’est l’unique critère pour recevoir la prime exceptionnelle dite "prime inflation". Sont concernés les salariés du secteur privé et du secteur public, les travailleurs indépendants, les étudiants boursiers ou non, les bénéficiaires du RSA et des prestations sociales ainsi que les retraités.

Décidée en décembre dernier par le gouvernement, la prime est d’un montant de 100 euros pour les 38 millions personnes concernées. Il s’agit d’aider les foyers et les individus aux revenues les plus faibles à subvenir aux dépenses liées à la hausse des prix de l'énergie et des carburants.

L’opposition parlementaire s’est étonnée du fait qu’elle a été prise quatre mois avant l’élection présidentielle. Plusieurs formations politiques ont également mis en avant l’incohérence du caractère non renouvelable de cette prime, les prix du pétrole et du gaz ne cessant de grimper.

Les prix de l’énergie ne cessent de grimper

 

Une réalité vécue dans toute la France et dans le monde entier. Les pays ne disposant pas de gisements de pétrole et de gaz sont soumis aux diktats des exportateurs de ces produits stratégiques. Nous en savons quelque chose en Martinique aussi. Le prix de la bouteille de gaz butane domestique augmente sans arrêt. Idem pour le carburant, malgré quelques baisses épisodiques, vite rattrapées par de nouvelles hausses.

Or, ces prix augmentent ici plus fortement qu’en France. En outre, les salaires du secteur privé sont nettement inférieurs chez nous. Sans oublier un écart des prix pouvant aller jusqu’à 38% selon l’INSEE pour les produits alimentaires. En clair, le pouvoir d’achat de la population en Martinique est inférieur à celui de la population en France. Il en va de même dans toutes les collectivités d’outre-mer.

Sachant que tout citoyen est égal devant la loi, pourquoi la prime est-elle d’un montant unitaire partout ? Une décision politique visant à lutter contre une situation injuste ne doit-elle pas être proportionnée et donc, modulée ? Si nous devons acheter à Sainte-Marie les produits de base à un prix plus élevé qu’à Bordeaux, pourquoi la prime inflation est identique ici et là-bas ?

L’égalité peut se confondre avec l’équité

 

Depuis le rapport de l’eurodéputé italien Giosuè Ligios de 1989, nous savons que traiter de manière identique des réalités différentes constitue une discrimination. Notre gouvernement europhile à souhait ignorerait cette définition ? Pourtant, elle a servi de base à l’inflexion des politiques des institutions européennes à l’égard des régions éloignées du continent, dont l’outre-mer français.

L’égalité de traitement entre deux citoyens n’est que fictive dès lors que ceux-ci subissent des conditions inégales. Si ce principe de philosophie politique devait être appliqué, ce serait au prix de révisions déchirantes. Le moment n’est-il pas venu de considérer que la véritable égalité se base, en réalité, sur la prise en compte réelle de la différence des situations ? Plus que sur l’égalité, n’est-ce pas plutôt sur l’équité ?