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Voter pour l’extrême droite, un jeu dangereux ?

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Marine Le Pen
Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement National après les résultats des élections européennes (dimanche 26 mai 2019). ©Bertrand Guay
Le score en Martinique du Rassemblent national surprend par son ampleur inégalée. Il peut s’analyser comme une marque de défiance envers les élus. Mais est-ce aussi simple ?
 
Bien entendu, nul n’osera prétendre que la population martiniquaise partage les idéaux et le programme du Rassemblement national. Il n’empêche : avec 6 363 suffrages et 16% des voix, le RN réalise son meilleur score ici. Sa présidente avait obtenu 5% des voix aux précédentes élections européennes et 11% au premier tour de l’élection présidentielle.

L’explication communément partagée pour comprendre ce succès est celle du vote protestataire. Ici aussi, une fraction des citoyens exprime son ras-le-bol face à l’absence de solutions portées par nos politiques, locaux ou nationaux, à nos difficultés récurrentes. Chômage massif, appauvrissement des plus fragiles, immigration clandestine sont autant de motifs pouvant amener au vote RN.

Ce geste en forme d’avertissement envers nos élus est motivé par une série de reproches. À tort ou à raison, ils sont accusés de ne penser qu’à leur mandat, d’être incapables d’améliorer la vie quotidienne de leurs administrés, ou encore d’être trop éloignés des citoyens. Quelle est la part du ressenti et de l’analyse objective dans ces critiques ? Difficile à dire, tant les élus ont mauvaise presse.
 

Un geste de défiance favorisant les xénophobes


Les partisans de l’autonomie et de l’indépendance, absents de la campagne, ne sont pas épargnés par cette défiance grandissante. L’abstention ne cesse de grimper. Aux élections pour l’avènement de la Collectivité Territoriale de Martinique en décembre 2015, 59% des électeurs ont boudé les urnes. Ils étaient 48% au second tour. La coalition aux affaires n’a pipé mot pour ces européennes. Son opposition guère plus.

Admettons que le score du RN s’explique par le souhait des électeurs de tenter autre chose, après la droite et la gauche. Un chiffre devrait nous alerter, cependant. L’extrême droite n’a jamais été aussi forte au Parlement européen, passant de 37 sièges à 58, soit 8% des députés.

D’où la question : au prétexte de donner un coup de semonce au système, ne risquons-nous pas de pratiquer un jeu dangereux en favorisant un courant politique coutumière des imprécations envers les étrangers ?
 
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