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La violence et les jeunes à MAYOTTE

 Les agressions et bagarres entre bandes de jeunes scolarisés ou non scolarisés se multiplient à Mayotte.
 Nous avons demandé à David GUYOT , sociologue ayant observé et  étudié  durant de nombreuses années l' évolution de la société mahoraise d'analyser  ces violences et les jeunes à Mayotte.

 
 

DAVID GUYOT , Sociologue. © D.G.
© D.G. DAVID GUYOT , Sociologue.
  • Par Emmanuel Tusevo
  • Publié le , mis à jour le

 La violence et les jeunes à Mayotte, par David Guyot , Sociologue
 
Il me semble que la violence croissante observée à Mayotte ne puisse être attribuée aux manquements d’aucun groupe ni institution en particulier : les parents, l’école, la communauté, etc.

  " L'arbitraire culturel "

L’efficacité sociale de tout dispositif éducatif « total » s’exerce généralement à partir de plusieurs pôles distincts mais complémentaires parce qu’ils reposent tous sur un même « arbitraire culturel » : l’autorité parentale, l’autorité collective, l’autorité pédagogique (école, etc.). Un même arbitraire culturel signifie une communauté de valeurs partagées par tous les pôles du dispositif total. Ainsi, lorsque les valeurs sont partagées, le geste ou le mot éducatif « parental », ou « scolaire » (au sens large) tirent sa cohérence, son intelligibilité et son efficacité de l’effet d’ensemble des différents pôles qui, fondamentalement, n’entrent jamais en contradiction (mêmes définitions implicites du Bien et du Mal par exemple).

  Ecole républicaine et dispositif éducatif traditionnel

Il suffit d’introduire au sein du dispositif total un pôle qui puisse être perçu comme en opposition avec l’arbitraire culturel historique du dispositif pour que l’ensemble de ce dernier s’en trouve perturbé. Tel pourrait être le scénario de l’intégration de l’école républicaine au sein du dispositif éducatif traditionnel de Mayotte. On comprend mieux pourquoi les habitants rechignaient d’envoyer leurs enfants à l’internat scolaire de Dzaoudzi, réputé « catholique ». Ou encore les craintes si souvent manifestées par les parents d’élèves vis-à-vis d’éventuelles sanctions juridiques s’ils « tapaient » leurs enfants pour les réprimander. Sur ce dernier thème, l’expression devenue commune « les enfants du juge » constitue sans doute l’un des avatars les plus emblématiques du conflit interne très fort au sein du dispositif éducatif « moderne » de Mayotte.
 
 Fragilité du dispositif éducatif 

Au final, la violence chez les jeunes pourrait ainsi traduire la fragilité d’un dispositif éducatif qui a désormais changé de structure et qui présente aujourd’hui des paradoxes, des antagonismes internes - qu’ils soient réels ou fantasmés.
Tant que les parents ne pourront avoir de prise sur le pôle scolaire, pôle autant redouté (barrière linguistique et culturelle) que convoité (moyen de réussite sociale des enfants) on peut imaginer que les enfants continuent à évoluer, par la violence, à l’intérieur d’un espace délaissé tant par les professeurs que par les parents, où ils sont les seuls maîtres du jeu, du fait qu’ils sont pour l’heure les seuls à disposer d’une connaissance au moins pratique des pôles en opposition. 
D.G.


 
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