Combattante et indépendante, Kamaria Saïd nous a quittés

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Kamaria Said ou Kamaria Yombo, une femme indépendante qui a marqué plusieurs générations d'hommes et de femmes
Kamaria Said ou Kamaria Yombo, une femme indépendante qui a marqué plusieurs générations d'hommes et de femmes ©N.S

Ils étaient nombreux, ce vendredi (12 février) à venir accompagner Kamaria Said à sa dernière demeure dans le village de M’tsapéré. Une évidence pour beaucoup ; sa réputation l’ayant précédée partout à Mayotte.

Née à Labattoir au milieu des années quarante, Kamaria Said a grandi à Ouangani dans le centre de l’île. C’est sans doute de là qu’elle tient son amour de la terre. Agricultrice de profession, elle a pendant de nombreuses années vendu le produit de ses cultures notamment les feuilles de songes, d’où est tiré d’ailleurs son surnom devenu légendaire « Kamaria Yombo ». Elle ne comptait pas ses heures dans son champ situé à Ongojou. Une exploitation où on trouvait de tous, vaches, bananiers et les songes en abondance. Une vraie force de la nature pour cette femme indépendante, qui faisait tout pour ses enfants.

Kamaria était aussi une maman, et une grand-mère et une tante attentionnée, présente et ce malgré ses activités professionnelles très prenantes. Ses enfants gardent d’elle l’image d’une femme combattante, avec des projets plein la tête même dans les derniers mois de sa vie, où elle se projetait encore dans l’avenir, avec en tête, deux grands projets qu’elle comptait bien faire aboutir une fois guérie. Le premier consistait à acheter une nouvelle voiture chez un concessionnaire de la place:

« ils m’auraient vendue la voiture que je veux rien qu’en me voyant »;

c'est le discours qu'elle tenait nous explique une de ses filles. L’autre projet de Kamaria, était plus familial ; la construction d'une grande maison dans son champ à Ongojou pour y accueillir tous ses petits-enfants. Une femme combattante jusqu’au bout. Proche de sa famille, quelques jours avant de tomber malade, elle a demandé à rendre visite à tout le monde.

« C’est ma tante la petite sœur de mon père j’ai grandi évidemment avec elle. Elle venait à la maison nous rendre visite tout petit et à chaque fois c’était la fête parce qu’elle ramenait toujours un petit truc pour nous »,

se remémore Ansufoudine Port-Said, son neveu. Il se souvient aussi de la manière dont elle l’accueillait, lui et les autres, les midis pour les déjeuners alors qu’ils étaient scolarisés au lycée de Mamoudzou. Ansufoudine Port-Said dit retenir d’elle un voyage en boutre qu’ils avaient fait ensemble,

« quand je rentrais des Comores pour les vacances d’été à Mayotte, elle avait de ces coups de gueules, mais on se réconciliait très vite ».

 

 

Kamaria Said, femme libre, indépendante, émancipée et surtout femme de valeurs pour qui la liberté, le travail, l’éducation comptaient beaucoup. L’égalité homme-femme était aussi un de ses combats. Lorsque dans les années 70-80, elle a commencé à sillonner l’île à bord de son taxi, les remarques désobligeantes l’importaient peu. Elle en a fait fi et poursuivi son chemin. Première femme à avoir une voiture et à la conduire, elle a marqué les esprits, même si la société mahoraise n’était pas encore préparée à ça. Elle l’a fait avec passion et humilité. Beaucoup ont gardé ce souvenir d’elle :

« C’est une dame qui a marqué quand même la société mahoraise. C’est la première dame que j’ai vu conduire donc c’est resté dans ma mémoire ; je connais la famille donc il était important d’être là pour lui rendre ce dernier hommage ».

« C’est une  femme courageuse,  une femme qui nous montré que la femme Mahoraise peut être combative  dans tous les sens  je peux dire qui est la première femme qui a commencé à conduire à Mayotte ».

Disparition de MA Koko, une pionnière de la conduite

Kamaria Said, connue aussi en tant que "Kamaria Yombo" ou encore en tant que "Ma Coco", avait un seul regret, ne pas avoir été à l’école. Elle ne maitrisait pas la langue de Molière mais elle le parlait à sa façon. Femme dans un milieu professionnel très masculin, elle savait se faire respecter de tous et dans toutes les situations. C’est à partir de 2018 que sa santé a commencé à décliner. Elle est décédée jeudi (11 février) à l’âge de 76 ans. Elle laisse derrière elle de grands enfants, plusieurs petits enfants et des neveux. Elle repose au cimetière de Mandzarisoa à M’tsapéré, son village d’adoption.