Face à l’insécurité, les citoyens se défendent quitte à être hors la loi

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Le placement en garde à vue des deux membres du « comité de Labattoir » a mis en lumière ces personnes qui ont choisi d’assurer leur propre sécurité dans les différents villages de Mayotte. Et il n’y a pas que Labatttoir.
Du nord au sud de Mayotte, des habitants se sont ainsi organisés car « la peur doit changer de camp » disent-ils. 
Le 25 mai dernier, en début de soirée, des habitants de Chirongui, ont attrapé deux des quatre voleurs qui ont tenté d’entrer dans une maison. Il était 18h, à l’heure même du foutour. Dans la même soirée, à Ouangani, des riverains ont fait fuir des jeunes qui voulaient « incendier des véhicules » nous apprend-on, toujours sur le réseau social Facebook. 

Il semblerait que dans plusieurs villages de Mayotte, des citoyens se sont organisés pour monter la garde. Ces hommes et ses femmes patrouillent dans leurs quartiers, leurs villages et notent tout mouvement suspect. 
Dans une vidéo, des membres du comité de Labattoire raconte de multitudes de faits ou ils disent avoir été agressés et « aucun des jeunes n’ont été arrêtés ». 

Voilà, donc le noeud du problème.  « l’Etat ne nous protège pas mais protège les voyous » se justifient-ils, « nous ne nous laisserons pas faire, nous allons nous défendre jusqu’au bout. On ne restera pas dans nos maisons en attendant qu’Ils viennent nous tuer. L’Etat ne fait pas son travail » crie cette femme, qui se filme avec son smartphone. Des centaines de personnes suivent la direct et applaudissent les propos.
Camille Mancioni, le procureur de la République
 

« On ne peut pas cautionner des dérives »

Un état jugé « absent », une insécurité grandissante, une réponse judiciaire « insatisfaisante » aux yeux de la population, un cocktail qui a poussé ces mères et pères de familles à « s’organiser ». Si le comité de Labattoire, s’est affiché sur les réseaux sociaux, pour les autres, c’est l’omerta. Ils sont conscients que ces actions ne sont pas appréciées par la justice.

Le procureur Miansoni, cible de beaucoup de critiques réitère:

je ne peux pas concevoir qu’en France, on puisse défendre des personnes qui commettent des actes criminels, parce que ce sont des actes criminels, quel qu’en soit les motivations. On ne peut pas arguer d’une insuffisance de la gendarmerie.

Le général Leclerc de la gendarmerie nationale parle de « groupuscule de citoyens, préoccupé par un sentiment d’insécurité, » mais il parle également de « dérive » qui ne peut être « cautionnée ».

Des dérives qui ne peuvent être cautionnées et quelles sont-elles? Les membres du comité de Labattoire, ont admis avoir administré une correction à ce jeune, reconnu comme étant un délinquant. Et sur les réseaux sociaux beaucoup appellent à « une bonne correction » au cas ou l’on attraperait un voleur. Des actes contraires à la justice française.
Une justice jugée trop laxiste, une prison trop remplie, des forces de l’ordre en sous-effectif et des lois républicaine considérées par certains comme étant « inadaptées au contexte de Mayotte ».
 

« Ce n’est pas le procureur qui statue en dernier recours mais le juge »

Pour Camille Miansoni, « on ne peut pas dire qu’il ne se passe rien, qu’il n’y a pas de réponse de la justice. Il faut venir voir les condamnations au tribunal. Oui il y a un problème de sécurité et de délinquance, la réponse judiciaire, elle ne peut pas être que de la prison. Majikavo, a le taux d’occupation le plus élevé de France. La réponse à la problématique de la délinquance ne peut pas être que répressive, sinon, il faudrait une dizaine de Majikavo.

Il y a aussi l’aspect éducatif et tant qu’on le prendrait pas en compte, dans dix ans, on en sera encore au même point » explique-t-il. Ce dernier estime que ces comités sont les émanations des collectifs: « quand il y a des appels sur les réseaux sociaux, ce sont des organisations qui sont à la tête de tout ça ».

Camille Miansoni se défend quant aux attaques qu’il subit : « c’est pas le procureur qui statue en dernier recours. Ce sont les juges, qui statuent indépendamment et heureusement. Vous vous souvenez de l’histoire du juge braconnage des tortues? Quelles ont été les réquisitions du procureur et celle du juge et vous savez que le procureur a fait appel de faire cette décision? » rappelle le magistrat. 

Pas sûr que les patrouilleurs des différents villages entendent ce discours. 



 
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