L’immigration clandestine et une jeunesse oisive, à l’origine des violences

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Issa Issa Abdou
Issa Issa Abdou ©Mayotte la 1ere
Issa Issa Abdou, ancien vice-président du conseil départemental chargé de la santé et du social est originaire de Nyambadao, un des villages les plus touchés par les violences. Pour lui, c’est le cocktail immigration clandestine massive et une jeunesse oisive qui vient d’exploser. Et pourtant, il n’est pas résigné.

Issa Issa Abdou, votre canton, votre commune, votre village sont fortement touchés par la violence. D’abord, est-ce que vous avez une idée de la motivation des voyous ?

 Je pense que cela participe à un climat global d’insécurité qui frappe violemment notre territoire.

Ce qui est nouveau et vous avez raison, c’est le sud d’habitude si paisible si calme et qui pourtant est devenue le théâtre de violences à répétions. D’aussi loin que je me souvienne, Nyambadao n’a jamais connu un tel climat de terreur. Il y a eu cependant, un élément déclencheur de rivalité villageoise entre jeunes de Bandrélé village et Nyambadao.

D’ailleurs, est-ce que vous avez une idée de leurs identités ?

Le 1er versant concerne la rivalité inter villageoise :

Le Maire de Bandrélé dont je salue la réactivité, a recensé les jeunes des deux villages et a convié les parents à différentes réunions. On n’insistera jamais assez sur le rôle des parents qui doivent éducation à  leurs enfants si je devais paraphraser Victor HUGO. S’agissant de l’autre versant lié à la délinquance qui gangrène notre territoire et donc aussi Nyambadao, on peut dire sans se tromper que nous sommes face à la conséquence de l’immigration clandestine et à une jeunesse livrée à elle-même avec des conséquences prévisibles certes mais qui ces derniers temps, ont atteint leur paroxysme.

Une partie de la population et des élus prônent une grande fermeté à l’encontre des auteurs des violences, d’autres parlent d’un échec de l’accueil et de l’intégration et proposent de revoir le système. Quelle est votre position, tout en sachant que vous avez été vice-président de la chambre territoriale en charge de la santé et du sociale ?

Bien malin celui qui vous dira avoir la solution tant la situation est hors norme et il faut reconnaitre qu’elle nous dépasse.

Mais je refuse de parler de fatalité car Mayotte ne peut rester  condamnée à vivre dans une peur permanente.

Vous avez la gentillesse de rappeler que je fus vice-président en charge du social.

La prise en charge des  mineurs ne se limite pas au seul conseil départemental c’est aussi le rôle de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) qui s’occupe notamment des jeunes majeurs qui sont les principaux acteurs de la violence à Mayotte.

Mais à ma modeste échelle, je me suis évertué à sortir ces enfants de la rue par une prise en charge dans des structures adaptées (MECS, LVA, AEMO…) d’abord par ce que c’est la mission du département ensuite par ce que ce faisant, on enlève de la rue, de potentiels coupeurs de route et des délinquants en puissance, pour la quiétude des mahorais même si beaucoup m’ont reproché des mesures favorisant les « étrangers ».

De plus, on accompagnait des associations comme la CEMEA, l’UDAF… dans leurs actions de parentalité car on voit bien que l’éducation par les parents ne va pas de soi, hélas.

J’ajoute qu’on mettait à contribution les cadis, devenus médiateurs sociaux par le truchement de la double loi de 2010 relative à la départementalisation et on développait des activités d’insertion avec la CRESS et avec le fonds de développement social qu’on avait demandé et obtenu. Je suis le vice-président qui a mis en place les clauses d’insertion sociale au niveau de nos marchés publics au département pour l’insertion sociale de nos jeunes.

 J’observe comme vous, que le département, à part tout renvoyer à l’Etat n’a rien proposé depuis le début or il a sa partition à jouer et pas des moindres.

Ce que je propose pour sortir de cette crise sécuritaire :

Le président de la république si j’en crois ce qui a filtré du récent diner de l’Elysée, est prêt pour une  loi de programmation Mayotte, chiche.

Saisissons cette « fenêtre de tir » pour :

  •  Demander une surveillance complète de nos côtes et une brigade maritime parée à réagir pour intercepter les Kwassa.
  • En finir avec le droit du sol à Mayotte
  • Ouvrir les séjours territorialisés « Made in Mayotte » au reste du territoire et à l’Europe.
  • Permettre à ces mineurs d’être « dispatchés » sur le reste du territoire national pour  faire respirer ce département.
  • Aller  encore plus loin dans la révision de l’ordonnance de 1945 en permettant des sanctions pénales plus fortes à l’encontre des mineurs, auteurs de crimes.
  • Permettons aux Mahorais de se faire justice et se défendre en cas d’attaque par la notion de défense excusable.
  • Mettre en place une police des transports dans l’esprit du décret Ministériel du 1er octobre 2003
  • Donner, les moyens humains et matériels aux polices et gendarmes
  • Donner aux Maires, les moyens de proximité nécessaires (police municipale, éclairage public, vidéo surveillance…).

En dehors de la très vitale question liée à la sécurité, cette nouvelle loi de programmation Mayotte doit être également l’occasion   de faire des propositions liées à la vie chère et à l‘alignement des droits sociaux sur le droit commun à commencer par les retraites des mahorais qui sont indignes de la république.

Quelle est la part de responsabilité des mahorais dans ce phénomène, sils en ont, bien évidement ?

 

Les Mahorais qui ont un grand sens de l’hospitalité et une grande tradition d’accueil payent aujourd’hui cette générosité.

Cette générosité n’est plus possible pour un petit territoire de 374 km2 qui a trop accueilli.

Il faut qu’on explique séance tenante à nos compatriotes de ne plus héberger illégalement chez eux tout comme il faut reconquérir nos champs laissés à des étrangers, souvent par facilité et par naïveté.

 

 Les élus des outremers ont été reçus par le président de La République pour une rencontre dont les maîtres mots auraient été « différenciation » et « responsabilisation », dans les relations entre la Métropole et les COM. En tant que membre du MDM, Mouvement départementaliste de Mayotte, est-ce que vous suivez ce dossier et qu’est-ce que vous en dites ?

 Naturellement, je dirai en tant que Mahorais tout court. Je suis étonné que cela ne m’émeuve pas plus que cela les Mahorais alors même que le sacro-saint article 73 de la constitution a été évoqué par le président Macron, parlant de Mayotte comme une situation à part.

Je suis choqué par ces propos, Mayotte n’est pas un Département entièrement à part.

Je propose que dans les propositions de la loi programme que je citais plus haut, la question de l’article 73 et donc de la départementalisation de Mayotte y figure comme préalable dans le corpus du texte comme acquis définitivement….

 

Vous avez été dans la majorité de Soibahadine Ibrahime Ramadani. Est-ce qu’il s’agit bien d’une autre approche du fameux toilettage institutionnel ?

Je l’ignore.

En tout état de cause, il convient d’être vigilent car tout ce qui sera fait pour nous mais sans nous, sera contre nous.

 S’agissant du projet qui était porté par le président Soibahadine qui figure dans le pacte pour la départementalisation et dans le document Mayotte 2025, je dirai que si on n’a pas  réussi à se faire comprendre de nos concitoyens avec ce projet de toilettage institutionnel c’est qu’on a été mauvais, au moins dans la manière de de faire et de dire les choses, dont act, il ne faut surtout pas s’entêter dans ces conditions.

Il aurait fallu, à mon humble avis, qu’on dissocie les questions institutionnelles du le reste.

 Par exemple, Il y a un consensus de tous les élus de ce territoire sur le mode de scrutin, on aurait pu trancher cette question, séparément.

Tout comme on aurait dû se contenter de demander le parachèvement de la départementalisation et demander les moyens de la région qui est une coquille vide...

Enfin, est-ce que tous les partis politiques de Mayotte doivent être impliqués dans les tractations en cours en cours ?

 Absolument, mais à ce stade c’est silence Radio.

Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi il n’y a pas eu un vrai compte-rendu du président du CD après son déjeuner élysien sur une question aussi cruciale pour notre jeune département.

Je fais le même grief à vous, journalistes, Dans les autres DOM, les médias ont organisé des débats et des libres antennes après cette séquence parisienne.