La CGT Ma met la pression sur les députés

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Salim nahouda
La confédération générale des travailleurs de Mayotte appelle à une grande manifestation le 29 septembre. Le mot d’ordre et national mais Mayotte y rajoutera des revendications propres. Salim compte surtout sur les députés pour relayer le message à Paris.

Salim Nahouda, vos revendications ne changent pas depuis des années, à quelques points près. Vous n’avez pas l’impression que personne ne vous écoute ?


Le rôle d’un syndicat c’est de continuer à défendre les revendications pour l’améliorer des conditions sociales des travailleurs.

Certes ces revendications ou certaines de ses revendications reviennent à chaque mouvement de grève, mais c’est parce que nous n’avons, jusqu’à présent pas eu la personne à l’écoute pour apporter des solutions et des réponses légitimes et justes. La CGT-Mayotte continuera à défendre les droits des travailleurs, c’est à dire l’application du droit commun du travail à Mayotte.
Donc le combat continue.
 
« L’alignement des retraites (base est complémentaire) aux retraites nationales avec un minimum à 1000€ conformément à la déclaration du Président de la République. La reconnaissance de l’ensemble des anciennetés de service pour les fonctionnaires du ex-CDM et un reclassement (engament gouvernemental de 2016) ».

C’est en fait, la grande question de la retraite à Mayotte. Vous connaissez déjà la réponse. Qu’est-ce qui vous dit que vous aurez une autre réponse cette fois-ci ?

Nous avons toujours été discriminés sur ces questions d’égalité des droits. Ce n’est pas pour autant que nous allons baisser les bras et attendre qu’il se passe un miracle, fini la fatalité. Effectivement la question de la reprise de l’ancienneté des services des fonctionnaires issus de la fonction publique conçue par arrêtés préfectoraux à Mayotte doit être prise en compte comme c’est le cas pour les contractuels, mais aussi dans d’autres départements une loi spécifique sur l’absorption de la précarité dans la fonction publique a permis la prise en compte de l’ancienneté d’avant la titularisation a 75%. Je suis persuadé qu’avec une volonté politique, c’est faisable.
Oui la question de la retraite en général doit se poser dans ce département parce qu’il est hors de question que quand un retraité de Mayotte souhaite avoir une vie normale, qu’il soit obligé de s’expatrier vers Madagascar en espérant une vie meilleure. Donc le gouvernement doit entendre cette revendication.

Le sujet n’a jamais été traité sérieusement par les gouvernements successifs et aujourd’hui avec soi-disant l’application d’un même que dans l’hexagone éloigne de plus en plus nos retraités du droit commun.

Un travail est fait par le conseil de la caisse de sécurité sociale de Mayotte et doit servir aux décideurs pour une justice sociale. Nous avons été trop longtemps entrainés dans des réformes par ordonnances et les travailleurs de Mayotte, une fois à la retraite, vivent dans la misère. Donc cette question doit nous mobiliser et nos parlementaires doivent avoir une oreille attentive sur cette question. Il s’agit là de la retraite de base et de la retraite complémentaire, sachant qu’il y a eu des accords signés au niveau local qui n’ont jamais été accompagnés au niveau national.
 
L’application de majoration au même niveau que celle appliquée à La Réunion (53%) pour la fonction publique. C’est à conseil départemental que vous vous adressez, n’est-ce pas ?


Je ne crois pas qu’à La Réunion c’est le département ou la région qui paye la majoration à 50 3 % pour l’Etat. C’est bien à travers l’évolution d’indemnité coloniale dans les DOM que la décision d’une majoration à 53 % a été prise pour La Réunion afin de tenir compte de l’écart du franc CFA par rapport au franc pacifique. Mais aujourd’hui, il ne s’agit pas dans la même histoire.

Nous avons deux départements français dans la même région. Donc, il devrait y avoir un traitement égalitaire surtout quand il faudra à un moment donné, parler de l’attractivité, pour Mayotte.

Donc ne mettons pas en mal l’attractivité du département de Mayotte par rapport au département de La Réunion sur la question de la majoration de rémunérations. Nous avons suffisamment des problèmes non résolus dans nos services publics (éducation, santé, mobilité intérieure, …) mais aussi sur la sécurité. Il faut des mesures fortes à la fois sur la stabilité et la sécurité dans notre département. Il faut apporter une réponse à la revendication à propos de la  majoration des salaires demandée par les fonctionnaires exerçant dans le département de Mayotte.
 
« Application du code de la sécurité sociale, la généralisation des mutuelles santé pour tous les travailleurs et l’application de la complémentaire santé solidaire (CSS) » ; pourquoi vous n’avez pas pu le faire quand vous étiez président de la CSSM ?

Un président d’une institution n’est pas la personne qui décrète ni qui vote des lois et encore moins qui propose des amendements pour l’évolution de la législation dans un département. Il appartient à nos parlementaires, chose qui n’a pas été toujours au rendez-vous, de prendre à bras le corps ce sujet pour sortir Mayotte de la discrimination. Donc nos parlementaires doivent se mettre au travail sur le sujet. Arrêtons l’amalgame, un président de la caisse ne modifie pas des textes de loi ni des textes réglementaires. Il fait des recommandations, porte la voix du conseil, mais il n’est pas maître de la législation. Et pour l’application de l’ensemble de ces mesures, il faut une modification législative. J’espère qu’à l’occasion du débat qui va s’ouvrir prochainement sur la loi de finances de la sécurité sociale, la voix de Mayotte sera entendue. Il faut arrêter avec l’ordonnance de 1996 et demander l’application du code de la sécurité sociale comme ce fut le cas avec le code du travail.


Vous vous attendez à une grosse mobilisation ou bien vous voulez juste marquer le coup en suivant l’appel lancé au niveau national ?

Je pense que chaque travailleur dans ce département a le choix d’accompagner ou pas les revendications, de jouer sur le rapport de force, pour que ces dernières soient entendues. J’espère que cet appel sera entendu et que les travailleurs se mobiliseront car ces revendications sont justes. Donc à nous d’agir. 


Vous avez aussi exigé l’égalité social pour Mayotte dans nombreuses de vos interventions. Est-ce que vous vous attendez à ce que les nouveaux députés de Mayotte ; Estelle Issoufa, présidente d’un collectif des citoyens de Mayotte et Mansour Kamardine pour relayer vous relayer devant la représentation nationale ?

Oui je pense que ça fait partie de leur travail. Toutes les décisions viendront, soit du gouvernement, soit du chef de l’État. Donc, oui nous attendons une action et un engagement de nos deux parlementaires pour que les choses évoluent. Nous ne devons pas accepter que l’on continue à nous dire, à chaque fois, que les autres départements ont attendu 50 ans avant d’être alignés sur le droit commun, alors que pendant ce temps Mayotte attendait aussi. Le choix politique qui nous a été imposé ne doit pas servir de mobile pour retarder l’égalité réelle avec l’Hexagone.

La CGT Mayotte se mobilisera autant, à chaque fois que ce sera nécessaire pour faire évoluer les droits des travailleurs à Mayotte.
Rendez-vous le 29 septembre 2022 sur la place de la république à Mamoudzou.