Le vol dans les cultures, un vrai fléau pour les agriculteurs

faits divers
Bananeraie
Plantation de bananes. ©iStock / kelifamily
Le jugement a fait grand bruit. Le Maire de Chiconi a été condamné, en début de semaine, pour violence avec armes après avoir surpris un individu dans son champ. Un phénomène qui touche beaucoup d'agriculteurs du territoire et peut condamner une filière qui semble aujourd’hui à bout de souffle.

En début de semaine, le Maire de Chiconi, Madi Ousséni Mohamadi a, notamment, été condamné à six mois de prison avec sursis pour violence avec arme pour des faits survenus dans son champ en janvier 2022. Victime de vols répétés par le passé, il avait violenté ce jour-là un individu, selon la justice. Madi Ousséni Mohamadi a fait appel de sa condamnation. Les agriculteurs du territoire dénoncent depuis plusieurs mois une augmentation des vols dans leurs cultures, avec les régimes de bananes comme cible privilégiée.

"J’ai acheté de la peinture pour colorer mes bananes, ça fait deux ans que je le fais, et pourtant c’est la troisième fois que je me fais voler mes régimes" dénonce un agriculteur de 58 ans qui cultive à Soulou. En deux ans, il annonce avoir subi le vol de 27 régimes de bananes.

Aujourd’hui, 70% de l’exploitation est volée à Mayotte, c’est une réalité.

Soumaila Moeva, président de l'association des jeunes agriculteurs de Mayotte

"Dans la zone, on est une quinzaine à être concernée" et à chaque fois, c’est le même rituel "on voit des individus traverser nos champs. Soit ils annoncent chercher le chemin pour Mtsangamouji, soit ils viennent récupérer du fourrage pour le bétail" analyse le quinquagénaire alors qu’un autre ajoute "quand ils viennent couper la paille pour les zébus, ils s’en servent pour cacher les régimes, moi, toutes les semaines, on me vole des dizaines de régimes. Pour moi, c’est un réseau. Ils nous volent en fin de journée et revendent le lendemain à ceux intéressés pour les vendre sur le bord des routes."

Et les acheteurs sont souvent les mêmes selon Soumaila Moeva, le président du syndicat des Jeunes Agriculteurs "les vendeuses sur le bord des routes ou sur les marchés et enfin les brochettis. Ces gens-là ne se soucient pas de la provenance des produits. Ils préfèrent acheter à celui qui vend le moins cher." Soumaila Moeva demande à ce que "des contrôles soient effectués pour vérifier la traçabilité des produits, vérifier à quel agriculteur appartient les bananes ou le manioc."

Pour l'un des maires de Mayotte, "tout le monde est un peu responsable de cette situation. Le client crée un appel d'air en allant manger dans le brochetti ou en achetant sur les étals des produits que tout le monde cherche à avoir le moins cher possible."

Soumaila Moeva, lui, souhaite structurer, protéger, la filière le plus rapidement possible. Le cercle étant tellement vicieux que des agricultures se "retrouvent à acheter ce qu’on leur a volé dans leurs propres champs."