Moha Landje, musicologue mahopolitain. Portrait d’un compositeur Mahorais sorti du Conservatoire de musique de Rennes.

Président de l’association Mlango FM, cet artiste aux talents multiples, le public le découvrira bientôt avec la sortie d’un premier single, suivi d’un album comportant six chansons.
M. Landje, président de l’association Mlango FM, Anchya Bamana, Maire de Sada Kansel Nourdine Bacar, présidente du réseau Udjama

Mohamed Ahamada, alias Moha Landje, est un musicien professionnel connu en Bretagne où il s’est illustré par son engagement au profit de la communauté mahoraise.
Auteur compositeur et interprète, originaire de Sada, le Mahopilitain a étudié la musique au Conservatoire de Rennes, ce cursus lui a permis d’étudier la musicologie, l’étude scientifique de la musique, un domaine des sciences humaines.

Parti dès son jeune âge pour une vie dans la fraîcheur bretonne avec sa grande sœur, M. Landje est confronté très tôt à de nouvelles cultures. Cette plongée dans la France profonde donne à sa musique une couleur synchrétique. La double culture, mahoraise et métropolitaine, est la source d’une inspiration caractérisée par la diversité, enrichie par des influences issues de l’océan Indien, d’Afrique et d’Europe.
 
Sur le plateau de Mayotte La 1ère pour la promotion du single Zamani.

Après de nombreux partenariats avec des artistes mahorais et antillais pour ne citer que ces horizons, le chanteur finalise son single intitule Zamani, “d’antan” en shimaore, langue dérivée du swahili. Le travail commencé en 2019 dans l’hexagone se termine à Mamoudzou, au studio Mvangate avec l’arrangeur Emile Barège.

 

Je suis un passionné de musique du Monde.


“Natif de Mayotte, mes études au Conservatoire de musique de Rennes ont été financées par une bourse du Conseil général. Ma carrière a démarré grâce au travail collaboratif avec des musiciens de Mayotte, de l’océan Indien et des Antilles. J’ai une attirance particulière pour le rythme Gwo Ka, musique ethnique très rythmée de la Guadeloupe”, déclare le compositeur.


Un enfant du terroir breton bercé par le lagon mahorais


Landje est à la fois un insulaire bercé par les vagues du lagon mahorais, l’un des plus beaux du monde, et un enfant du terroir breton. De formation classique, la théorie et la pratique ont trace sa voie. L’artiste aborde sa discipline avec pragmatisme, son imaginaire déborde les frontières. Le répertoire du mahopolitain est un mélange de sons pimenté par la percussion, création influencée par ses origines.

La musique de M. Landje est à l’image de la société mahoraise; multiforme, plurilingue, évolutive, caractérisée par la culture bantoue, swahilie et arabo-musulmane; elle puise aux sources des croyances animistes et coutumes afro-malgaches, Cette richersse culturelle, imprégnée par l’esclavage et la colonisation, ainsi que que l’histoire de Mayotte irriguent une composition qui s’inscrit résolument dans la modernité. Le passé écrit au présent constitue la trame de son album Ri jiliwa, “Nous sommes envahis”.

Les aspirations de l’artiste sadois restent toutefois marquées par son parcours adolescent et une éducation métropolitaine façonnée par le métissage culturel. Comme bon nombre de jeunes des banlieues, Landje a connu des moments difficiles, mais le statut d’étudiant lui a permis de construire les bases d’une carrière rêvée. Cette tranche de vie précaire, parfois douloureuse, explique son penchant pour la nostalgie autant que sa volonté de réussir dans le métier d’entrepreuneur de spectacles.

Lorsque je suis arrivé en Bretagne, Mayotte était encore une île paisible, les habitants, très ouverts et solidaires, vivaient en sécurité dans un environnement préservé. La vie avait cette douceur que lui procurait nos traditions. Le Partage, l’Échange et le Vivre ensemble faisaient partie de notre art de vivre. Les Mahorais ne se doutaient pas à quel point ils étaient chanceux et à quel point c’était fragile -constate Landje.


Un premier album qui s’apparente à une oeuvre de mémoire


Les souvenirs sont au coeur de ce premier album qui s’apparente à une oeuvre de mémoire, les textes évoquent un temps révolu qui résiste et refuse de disparaître.

On avait à Mayotte un rythme de vie très élaboré, les familles avaient des parcelles de terre sur lesquelles elles pratiquaient l’agroforesterie. Dans les champs, on cultivait et récoltait différentes denrées alimentaires au gré des saisons. Le travail salarial était chose rare, les habitants avaient alors du temps à consacrer à la vie culturelle, dans la sphère familiale et en communauté - se rappelle Landje.


Trente ans après cette enfance passée en brousse, dans la forêt, réservoir de nourriture, et au bord de la mer, garde-manger grandeur nature, l’artiste n’a pas fait son deuil de pratiques cultuelles et culturales que la modernité transforme en profondeur; certes les habitudes restent encore vivaces, mais en marge des évolutions sociétales induites par la départementalisation de l’île.

"Pour se nourrir, les familles pouvaient partir toute une journée ou plusieurs jours dans les champs de cultures «Tobe ». A leur retour, elles ramenaient les récoltes pour l’alimentation. Des fruits et des légumes totalement biologiques dont les semences avaient été sélectionnées, conservées et transmises durant plusieurs générations”, détaille le parolier.


Les chansons de Landje parlent de cette vie champêtre et maritime. Elles évoquent un vécu et passent des messages subliminaux. “D’autres moments étaient consacrés à la pèche, à la chasse, etc. Les familles offraient ce qu’elles avaient en trop. Les échanges domestiques se faisaient par troc. La monnaie était utile dans le commerce pour des besoins spécifiques (voyage, pétrole, tissus). Les maisons étaient construites en communauté, grâce au système d’entraide familiale, la musada, avec des matériaux naturels et une architecture épurée”, poursuit Landje.

Dans son exil métropollitain, le cadre associatif a mûri son projet artistique en pensant à un retour à Mayotte, tôt ou tard, pour contribuer à son développement harmonieux. “J’espère, dit-il, rallier les Mahorais à une aspiration plus solidaire, au respect de nos valeurs et de nos traditions. Car il faut savoir se battre pour ses droits, savoir défendre ses idées sur ce qui est juste et légitime”.

Agé de 36 ans, Landje tient le discours d’un lanceur d’alerte, ses textes le désignent comme un artiste engagé auprès de ses concitoyens qui ont choisi la France sans pour autant renier leurs spécificités culturelles, leurs croyances religieuses, animistes et musulmanes. 
L’arrivée tardive dans le circuit commercial n’empêche pas l’artiste de nourrir des ambitions professionnelles régionales.
 
Londres, avec Anyme Abdallah, la diva de Labattoir


Au-delà du marché mahorais, son projet cible le label “Musiques du monde”.

A l’image de la diva mahoraise, Anyme, dont il est le collaborateur fidèle depuis 20 ans, Landje veut promouvoir un genre musical novateur, différent de celui qui fait la notorité des mentors qui l’ont mis en scène, notamment Mourchid Baco et Mtoro Chamou.

L’album en finition est un produit permettant au public de découvrir un nouveau style alliant musique traditionnelle, instruments modernes et arrangements numériques.



  

Le Shimaore servi par un style musical innovant

“Zamani est une chanson que je dédie à mon île, au désir des Mahorais de vivre en paix et en sécurité sur le territoire. Notre combat consiste à developer l’île, en l’ancrant d'avantage dans la France. Faire de la musique est un travail nécessairement dirigé vers un engagement social et culturel”, précise Landje.

“Mayotte, ajoute-t-il, vit un temps compliqué, le savoir-vivre traditionnel disparaît avec le droit commun départemental et les normes européennes. Nos parents ont combattu pour garantir à la population les libertés essentielles. Me remémorer leur combat est une source de motivation, j’aimerai encourager la jeunesse à construire l’avenir ensemble”.

Ce discours francophile est décliné dans un contexte linguistique évolutif : la codification de la langue mahoraise, son écriture et son enseignement à l’école font l’objet d’une revendication en passe d’aboutir avec le concours de l’Académie de Mayotte. L’artiste militant soutient cette politique :

“J’ai fait le choix de composer en shimaore. C’est très symbolique pour un premier titre en solo. C’est une manière d’affirmer ma volonté de promouvoir la langue et la culture mahoraises”, martèle Landje.


Cette sensibilité patrimoniale est présente dans le style musical qui éveille la curirosité en rendant hommage à quelques célébrités.
 
Landje et Mourchid Baco, la star mahoraise

“Je me suis construit autour d’artistes originaires de mon archipel natal tel que Mado (Jimawé), Mourchid Baco, Bob Dahilou, M’toro Chamou, Lima Wild et Anyme Abdallah, tout en m’inspirant de Bob Marley, Bob Dylan, Francis Cabrel et Jimi Hendrix pour ne citer qu’eux. Mayotte se situe au milieu du canal de Mozambique, à proximité des Comores et Madagascar. Nous sommes tous conscients que rayonner dans l’océan Indien est une rampe de lancement vers l’Afrique et vers l’Europe”, dit le Sadois.

Le compositeur mahopolitain veut faire “de la musique utile pour la société”. Réancré dans son lieu de naissance, Moha Landje doit maintenant relever un nouveau challenge : assurer le succès commercial de Zamani, titre phare de l’album Ri jiliwa.  

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Zamani : « D’antan » : 
Zamani signifie "d’antan", littéralement “autrefois”. Les textes de Moha Landje rapellent une citation bien connu des conteurs : “Il était une fois Mayotte”. Voici comment le griot des temps modernes définit sa musique : “ C’est un mélange de Folk, de Blues et de M’godro traditionnel de Mayotte. C’est une douce chanson qui préserve l'identité et la culture mahoraise. Mon inspiration vient tout naturellement de la nostalgie pour cette époque paisible, où Mayotte semblait vivre hors du temps. Des paroles de souvenirs et de mémoire”.

Le musicien des autres : 
Les études de musicologie de Mohamed Ahamada au Conservatoire de Rennes ont été financées par le Conseil général de Mayotte. La bourse de la Collectivité territoriale lui a permis de travailler avec des artistes renommés. Le compositeur veut faire évoluer la musique mahoraise en se servant de sa double culture traditionnelle et mondialiste. D’inspiration personnelle, son premier album Ri jiliwa, “Nous sommes envahis”, rend néanmoins hommage aux collègues qui l’ont connu comme batteur avant de travailler avec le guitariste qu’il est devenu. Zamani sortira après le dernier opus que Landje a composé pour sa consoeur Anyme, “Nardjikaze”, “Soyons forts”.