Pour le rapatriement des étudiants Mahorais

coronavirus
Des leaders de la grève générale de l’année dernière ont rencontré le préfet de Mayotte pour faire le bilan des engagements du gouvernement, pris à la suite de la mobilisation.
Estelle Youssouffa a fait partie de la délégation. Elle a résumé le sentiment qui prévalait après la rencontre avec le préfet de Mayotte.
A la suite de l’annonce du président de la République de maintenir les  universités  fermées, les étudiants Mahorais s’inquiètent sur les conditions de vie en Métropole et à la Réunion. Estelle Youssouf demande dans une lettre ouverte leur rapatriement dans les meilleurs délais 
LETTRE OUVERTE pour le rapatriement des élèves/étudiants Mahorais isolés en métropole et à la Réunion
 

 
 
Des élèves et étudiants mahorais vivant en métropole et à La Réunion (et leurs familles) ont interpellé le Collectif des Citoyens de Mayotte sur leur détresse : ils sont actuellement confinés dans le plus grande détresse. Les étudiants sont totalement isolés dans des cités universitaires quasi-vides depuis plus de quatre semaines maintenant, beaucoup subissent une solitude, un stress alarmants  dont nous craignons les conséquences psychologiques qu’un Ramadan isolé pourrait aggraver. Le président Macron ayant annoncé le report de la rentrée universitaire, il est urgent de rapatrier gratuitement ces jeunes dans les plus brefs délais : Mayotte les attend. En cette période inédite pour notre pays, la solidarité et la chaleur familiale sont un refuge dont les jeunes Mahorais ne sauraient être privés.
Le Chef de l’Etat a annoncé ce lundi 13 avril des aides supplémentaires pour les étudiants, en particulier ceux originaires des DOM-TOM. Nous demandons que ces aides soient consacrées à l’organisation du retour des étudiants et à la couverture des frais inévitablement engagés par les jeunes depuis le début du confinement. Nous demandons que les services de l’Etat, du Conseil départemental de LADOM se mobilisent en urgence sur ce dossier pour organiser des vols spéciaux.
Nous ne voulons pas enterrer prématurément d’autres étudiants poussés au désespoir. Nous vous demandons de rapprocher ces jeunes de leur famille à Mayotte et de prendre en urgence des mesures pour leur rapatriement gratuit. Les jeunes volontaires pourront observer la quatorzaine d’isolement sanitaire sur leur île natale avant de rejoindre leur foyer. Ils pourront continuer leurs cours à distante comme leurs camarades.
            En effet, le vendredi 13 mars 2020, face à l’ampleur de la Pandémie COVID-19 et ne pouvant plus être en capacité de maintenir leurs activités collectives, les Crous ont invité leurs résidants à quitter les lieux d’hébergement pour se rapprocher de leur domicile familial. Les étudiants métropolitains ayant été contraints de quitter les lieux sans préavis, se sont vu exonérés des loyers restants dus. Les résidences universitaires se sont vidées et la restauration universitaire n’est plus assurée. Sur injonction du gouvernement, les étudiants ultramarins sont restés claquemurés dans des cités universitaires désertées. Ces jeunes mahorais sont donc dans des bâtiments universitaires fantômes et mal sécurisés, totalement seuls.. Alors que les risques sur la santé mentale de la solitude et du confinement isolé sont bien connus, certains étudiants nous livrent leur angoisse d’être seuls dans leur étage habituellement animé et les risques pour leur sécurité physique. Nos étudiants sont fragiles et vous n’êtes pas sans savoir que depuis le début de cette année scolaire, six de nos enfants, étudiants, se sont donné la mort. Ces jeunes sont particulièrement vulnérables et certains sujets à la dépression que la coupure de leur environnement familial précipite. Le Ramadan doit commencer dans environ deux semaines : la majorité des étudiants effectue le jeûne rituel et ne peut envisager cette période sacrée en pareilles conditions. Nous n’osons pas imaginer l’impact psychologique que peut avoir ce cocktail sur les enfants : isolement, dans une pièce de 9 m², jeûne, désocialisation amplifiée par le confinement.
Pour rappel, les filières suivies par nos jeunes hors Mayotte n’existent pas chez nous ou n’ont pas pu s’inscrire au Centre Universitaire de Dembéni. Ces jeunes ont donc été contraints de poursuivre leur scolarité hors du département et ne bénéficient pas du soutien familial. Issus de milieux très modestes, de nombreux étudiants se sont davantage enfoncés dans la précarité financière à cause de la rupture de l’activité économique du pays provoquée par le confinement. Privés de l’activité à temps partiel qui leur permettait de boucler les fins de mois, ils ont du mal à se nourrir et payer les loyers dont ils ne sont pas exonérés. C’est une cause supplémentaire de stress pour eux.
Nous ne pouvons raisonnablement laisser ces étudiants en détresse et isolés loin de leur foyer. Certaine de l’intérêt que vous porterez à cette demande, nous vous prions d’agréer nos salutations distinguées.
 

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