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Rétrospective: 25e anniversaire de la signature des Accords de Matignon

Le 26 juin 1988, signature de l'Accord de Matignon symbolisé par la célèbre poignée de mains entre l'indépendantiste Jean-Marie Tjibaou et le "loyaliste" Jacques Lafleur. Images d'époque et témoignage de Michel Rocard, 25 ans après.

© NC 1ère
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  • Par Angela Palmieri
  • Publié le , mis à jour le
26 juin 1988:
 Jacques Lafleur "nous devions savoir donner et savoir pardonner "
 Jean-Marie Tjibaou "l'avenir sera reconnaître que cet Accord aura été un pas important "

En 1984, le FLNKS ( Front de libération nationale kanak et socialiste) décide de boycotter les élections territoriales, des barrages sont dressés sur les routes calédoniennes et un "gouvernement provisoire de Kanaky " présidé par Jean-Marie Tjibaou est mis en place pour préparer l'IKS, l'indépendance kanak socialiste.

Sur le terrain, la situation s'envenime en particulier sur la Côte Est de la Grande Terre, à Thio notamment où les éleveurs "caldoches" sont chassés de leur exploitation, c'est le début de quatre années de conflit politico-ethnique d'une grande violence connu aujourd'hui sous le nom des "Evènements"(1984-1988). Le 12 janvier 1985, la mort d'Eloi Machoro, chef de l'aile radicale du parti indépendantiste Union Calédonienne, aggrave la situation, les affrontements entre partisans et opposants de l'indépendance dégénèrent avec des morts dans les deux camps.

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L'état d'urgence et le couvre-feu sont instaurés mais rien ne semble pouvoir calmer la situation de grave crise traversée par l'île française, au contraire la violence va atteindre son paroxysme en 1988.
Deux jours avant le premier tour de l'élection présidentielle, le 22 avril 1988, des membres du FLNKS attaquent la gendarmerie d'Ouvéa, dans les îles Loyauté, tuant 4 gendarmes et en prenant 23 autres en otages.
Ces derniers ne sont libérés que le 5 mai à la suite d'un assaut coûtant la vie à 2 d'entre eux ainsi qu'à 19 Kanak.
La Nouvelle-Calédonie est alors au bord du chaos...

Le Premier ministre Michel Rocard, qui vient juste d'être nommé, tente de renouer le dialogue en envoyant une mission de médiation dirigée par le préfet Christian Blanc et comprenant trois personnalités " spirituelles" (un catholique, un protestant et un franc-maçon), le dossier calédonien devient une priorité nationale.
Michel Rocard réunit ensuite à Paris, les délégations du FLNKS et du RPCR (Rassemblement pour la Calédonie dans la République) conduites par Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur.

Le 26 juin 1988, après de longues heures de négociations à Matignon, un accord est enfin trouvé pour tenter de ramener la paix en Nouvelle-Calédonie, un jour historique symbolisé par la célèbre poignée de mains entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou.

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Aujourd'hui en 2013, en ce 25e anniversaire de la signature de l'Accord de Matignon, la sagesse et le courage de ces deux leaders aux conceptions politiques fondamentalement opposées sont unanimement reconnues.
Mais à l'époque ce geste de réconciliation est vécu comme un acte de traîtrise par les extrémistes des deux camps.
Le 5 mai 1989, Jean-Marie Tjibaou et son fidèle compagnon de lutte Yeiwéné Yeiwéné seront assassinés à Ouvéa, lieu hautement symbolique, par Djubelly Wéa, un extrémiste kanak...

26 juin 1988, signature de l'Accord de Matignon

Rétrospective accords Matignon
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L' accord d' Oudinot et l'organisation du référendum du 6 novembre 1988

Le 20 août 1988 au ministère des Dom-Tom et sous l'égide de Louis Le Pensec, les délégations du FLNKS et du RPCR valident un projet de loi qui stipule notamment qu'un scrutin d'autodétermination sera organisé en 1998 en Nouvelle-Calédonie, avec un corps électoral composé uniquement des électeurs y résidant en 1988 et de leurs descendants.

Dick Ukeiwé(RPCR), Louis Le Pensec ( ministre des Dom-Tom) et Jean-Marie Tjibaou (FLNKS) © Ina
© Ina Dick Ukeiwé(RPCR), Louis Le Pensec ( ministre des Dom-Tom) et Jean-Marie Tjibaou (FLNKS)
Ce projet de loi prévoit aussi un nouveau découpage de la Nouvelle-Calédonie en trois provinces, une amnistie et des mesures économiques, sociales et culturelles d'accompagnement.

Ce nouveau statut ne pourra exister qu'après avoir été ratifié par référendum, l'ensemble du peuple français devra répondre par oui ou par non à la question suivante: "Approuvez-vous le projet de loi soumis au peuple français par le Président de la République et portant dispositions statutaires et préparatoires à l'autodétermination de la Nouvelle-Calédonie en 1998 ? "

La visite de Michel Rocard en Nouvelle-Calédonie fin août 1988

Michel Rocard en Nouvelle-Calédonie après la signature des Accords de Matignon-Oudinot
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Michel Rocard en Nouvelle-Calédonie après la signature des Accords de Matignon-Oudinot


Des Accords de Matignon et d'Oudinot à l'Accord de Nouméa: " la solution consensuelle "

La mise en place du nouveau statut de la Nouvelle-Calédonie est approuvé par référendum le 6 novembre 1988 avec plus de 80% des suffrages exprimés mais cette large majorité pour le Oui ne doit pas être masquée par deux réalités: d'abord la faible participation nationale, à peine 36,8 % des français se sont rendus aux urnes, mais aussi les résultats en Nouvelle-Calédonie qui démontrent le peu d'enthousiasme de la population pour les Accords de Matignon et d'Oudinot, seulement 57,03 % de Oui dans les urnes calédoniennes.

Mais malgré l'assassinat de Jean-Marie Tjibaou un an plus tard, la Nouvelle-Calédonie ne connaîtra plus jamais de période sanglante comme celle des Evénements.

Pendant dix ans, ces Accords furent appliqués dans la paix mais la date de 1998 approchant, Jacques Lafleur prend l'initiative de proposer une "solution consensuelle" afin d'éviter le référedum d'autodétermination.
Selon Jacques Lafleur, poser la question de l'indépendance à ce stade de l'histoire de la Nouvelle-Calédonie aurait replongé l'archipel dans le chaos en ravivant les clivages de la période trouble des années 80.

Une nouvelle longue et difficile négociation a permis d'aboutir le 5 mai 1998 à la signature de l'Accord de Nouméa mais là c'est une autre page de l'histoire calédonienne à raconter...


A Paris, Nathalie Nouzières, William Kromwell et Thierry Ravalet d'Outremer 1ère ont rencontré le "père des Accords de Matignon" Michel Rocard qui raconte certaines anedoctes. 25 ans après, l'ancien Premier ministre explique notamment dans quelles "conditions techniques" Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur ont défini ensemble le découpage des provinces de Nouvelle-Calédonie.

Historique des Accords de Matignon
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Jeudi 27 Juin à 20h sur NC 1ère : Emission spéciale Accords de Matignon. Avec depuis Paris l'ancien Premier ministre Michel Rocard. A Nouméa, Anne Gras juriste, Caroline Machoro de l'UC et Jean Paul Caillard pour la ligue des droits de l'homme.



 

 


 





 

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