Le parcours gagnant de Soana Lucet

Soana Lucet (à droite)
La basketteuse Soana Lucet, originaire de Nouvelle-Calédonie, dispute sa deuxième saison à Fribourg en première division allemande. Elle s’est rendue indispensable dans une équipe qui vise les playoffs après avoir assuré son maintien. Une marque de fabrique.
Incontournable déjà aux USA
Les nouvelles concernant l’ancienne patronne de l’AS 6e kilomètre se font rares. On en viendrait presque à oublier à quel point son parcours mérite d’être suivi. Ce serait une erreur. Il y a quatre ans, Soana Lucet était pressentie pour rejoindre le championnat sénior américain, la WNBA. Son nom était alors cité parmi les meilleures joueuses des Etats-Unis susceptibles d’être recrutées par un club professionnel. Rien que ça. Elle venait de flamber durant deux saisons avec le College de Southern Idaho, portant l’équipe vers un incroyable bilan de 59 victoires pour 8 défaites, agrémenté d’une sixième place dans le tournoi national des lycées U.S (NJCAA).
Pour l’anecdote, au moment de son départ, elle détenait le record de l’établissement du plus grand nombre de rebonds grappillés et de points inscrits en une seule saison. Dans la foulée, l’ailière d’un mètre quatre vingt-cinq avait enchaîné sur deux exercices solides sous les couleurs des Wildcats d’Arizona, l’une des meilleures universités du pays (12.8 points et 6.0 rebonds). Impressionnant, mais pas suffisant pour être signée par une franchise professionnelle. Seulement 36 candidates étaient retenues pour la Draft 2011.
 

 
A/R France-Belgique
A l’époque, elle prend donc la direction d’Arras pour intégrer l’une des équipes de la ligue féminine française, un championnat parmi les plus relevé d’Europe. Pas si mal. L’aventure cependant tourne court. Une blessure contractée durant l’intersaison l’empêche de s’exprimer. Elle perd confiance.
Après la résiliation à l’amiable de son contrat, elle choisit de s’expatrier en Belgique à Braine l’Alleud. Sur le papier, une vraie régression. Dans les faits, un pari qu’elle saura relever. La joueuse polyvalente arrive en cours de saison et contribue à redynamiser la lanterne rouge. Premier match, première victoire, la délivrance pour son club après 14 défaites de rang. Bilan final : 5 succès et 17 revers. La saison suivante, marquée par 13 matchs remportés et 9 perdus, sera bien différente. Soana Lucet apporte près de 12 points par match et 6 rebonds. Elle rempli sa mission et retente sa chance en France, cette fois à Angers. Faute de temps jeu, l’expérience ne sera pas concluante.



Bienvenue en Bundesliga !
Le découragement n’étant pas inscrit dans les gènes familiaux, elle décide alors de se relancer et de pousser sa carrière plus à l’Est, à l’Eisvögel Freiburg en première division allemande. Lorsqu’elle arrive au début de l’année 2014, sa nouvelle formation n’est pas au mieux avec 4 victoires et 7 défaites. « Cela n’a pas été facile. Le coach venait de partir, un autre l’a remplacé. Deux joueuses ont quitté le groupe, et trois nouvelles sont arrivées. On a eu pas mal de blessures aussi. J’étais venu pour essayer de les faire remonter un peu. Finalement on a évité la relégation (7 succès et 15 défaites)» explique t’elle. La Cagou donne le maximum dans cette demi-saison : 14.6 points, 9.3 rebonds, 1.6 passes, 2.5 interceptions, et 1 contre par match ! Toujours au rendez-vous.


Désireuse de prolonger l’aventure dans cette ville située à une cinquantaine de kilomètres de Colmar en Alsace, la jeune femme de 28 ans est repartie au combat pour l’exercice 2014-2015. Plusieurs arguments l’ont convaincu de rester. « L’ancien entraîneur adjoint Sascha Bozic est revenu au club en tant que coach principal. Il y a de nouvelles américaines et quelques allemandes sont restées. Le coach m’avait annoncé d’entrée qu’il comptait me confier les clés du jeu. Je suis contente de monchoix et de notre parcours jusqu’ici ». Il y a de quoi : déjà 7 victoires en 14 rencontres. L’Eisvögel Freiburg est 7e de la Bundesliga. Il s’est imposé samedi dernier chez le 6e, Halle, 67-65. Le panier de la gagne ? Il est signé d’une certaine Soana Lucet*. « On sort une très belle défense. L’écart monte à +16. Et là on commence à pinailler comme on dit en Calédonie (rires). Elles reviennent à égalité. Il reste alors cinq secondes et j’ai la balle. Je dois faire quelque chose alors je monte au cercle et je marque mon double-pas. Au chrono, il restait une seconde et deux centièmes ».
 
L’action, symbolique, prouve l’importance prise par la calédonienne dans son groupe. Elle en est désormais la meilleure scoreuse, rebondeuse, intercepteuse et passeuse**. C’est aussi la plus adroite dans les tirs extérieurs avec 42% de réussite derrière l’arc des trois points ! Son association avec l’intérieure américaine Kacie Sowell et ses compatriotes Adrienne Godbold à l’aile et Bobbi Knudsen à la mène, fonctionne à merveille. L’allemande Elisabeth Dzirma complète le cinq Majeur. Un collectif qui peut viser plus haut. « Le niveau du championnat allemand est très bon. Après, à l’échelle européenne, la ligue féminine de basket en France est au-dessus. Mais ce que j’apprécie en Allemagne c’est que le championnat est plus physique et plus homogène. Là, on vient de gagner chez le 6e après un long voyage en bus de 8 heures. Ce n’était pas évident. Ici, n’importe quelle équipe du bas de tableau peut gagner face à un mieux classé. C’est super intéressant ». Et cela donne des idées.

« Les huit premiers à l’issue de la saison régulière prendront part aux playoffs, (NDLR : le tournoi final qui sacre le champion). Chaque tour se joue au meilleur des trois manches. L’objectif c’est de se qualifier. On se tient à ça et pour moi il est clair qu’on les fera. Maintenant, le plus important c’est d’aller chercher les victoires et de remonter au classement ». Les propos sont ambitieux et empreints de lucidité. Dans la formule des playoffs, le leader de la saison régulière affronte en effet le huitième et ainsi de suite. Pour éviter de tomber contre un cador, il faudrait se hisser parmi les quatre premiers. « Si c’est le cas, tu as l’avantage de recevoir sur ton terrain deux fois sur trois ». Dans un coin de sa tête, l’ex-protégée des Delaveuve garde un souvenir. « Tout peut arriver en fin de saison. L’an dernier, un mal classé a lutté contre la relégation et s’est retrouvé en finale des playoffs ». Tenir malgré les obstacles et rebondir. On reconnaît bien là, dans cette confidence, le parcours de Soana Lucet.
 
*Sa feuille de match contre Halle : 25 points, 4 rebonds et 5 interceptions.
**Sa saison jusqu’ici : 14 matchs, 17,2pts, 7,1rbs, 2,6pd, 2.5int, 39.8% aux tirs, 42% à trois points, 73% aux lancers-francs.