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Des déchets nucléaires du monde entier pourraient être enfouis en Australie

La commission royale d'enquête sur le nucléaire vient de rendre ses premières recommandations : l'Australie méridionale devrait construire un site d'enfouissement des déchets nucléaires, mais une centrale nucléaire ne serait pas viable économiquement.

6 sites isolés sont envisagés par Canberra pour retraiter et stocker les déchets radioactifs: trois sont situés en Australie du Sud, un dans le Territoire du Nord, un dans le Queensland et un en Nouvelle-Galles-du-Sud. © Radio Australie
© Radio Australie 6 sites isolés sont envisagés par Canberra pour retraiter et stocker les déchets radioactifs: trois sont situés en Australie du Sud, un dans le Territoire du Nord, un dans le Queensland et un en Nouvelle-Galles-du-Sud.
  • Elodie Largenton-ABC Radio Australie
  • Publié le
En annonçant sa décision, le commissaire Kevin Scarce avait conscience que cela risquait de ne pas plaire à tout le monde. Il appelle à un débat apaisé sur ce sujet sensible :
 
« Le débat a été pollué par la peur et l'une des raisons pour lesquelles j'ai accepté cette mission particulière, c'est que je pensais qu'il était important d'avoir une discussion sur des faits. »
 
Sa première observation : construire une centrale nucléaire coûterait trop cher. En revanche, l'installation d'un centre de stockage des déchets nucléaires en Australie méridionale lui semble judicieuse. Il ne s'agirait pas d'un « dépotoir », mais d'un « site technique sophistiqué », affirme-t-il. Et surtout, si l'État acceptait de stocker les déchets nucléaires de pays étrangers, cela lui rapporterait au moins 5 milliards de dollars par an, ce qui équivaut au tiers de ses revenus actuels.
 
Stable au plan géologique et au plan politique, l'Australie méridionale est un endroit idéal pour héberger un tel site. Si Kevin Scarce a pris sa décision, il invite la population à se renseigner avant de se décider :
 
« Cette activité particulière serait entreprise pour des centaines de milliers d'années. C'est un changement de taille pour nous et la population doit comprendre quels en sont les risques et les avantages. J'espère que notre rapport pourra les éclairer. Je les encourage à remettre en question nos calculs de coûts et de revenus, ainsi que nos hypothèses sur la sécurité du site. »
 
Nigel McBride, de la chambre de commerce d'Australie méridionale, a déjà fait les comptes, et il est emballé :
 
« C'est vraiment un revenu considérable, c'est au minimum 5,5 milliards de dollars qui vont dans l'économie locale chaque année. C'est le type de capital que l'on peut investir pour changer le futur de nos enfants, de nos petits-enfants. C'est le genre d'occasions qui peut réellement changer une économie, non pas seulement pour quelques années, mais pour des décennies et des décennies. »
 
Craig Wilkins, du Conseil pour la conservation, ne partage pas son enthousiasme. Héberger les déchets nucléaires du monde entier est trop dangereux, selon lui :
 
« En disant qu'on est prêt à prendre les déchets nucléaires étrangers, on dit qu'on pense que ce que l'Australie méridionale peut faire de mieux, c'est de prendre le pire de ce que le monde a à offrir. Je pense qu'il est possible de viser plus haut. »
 
 
Les habitants ont cinq semaines pour peser le pour et le contre avant que la commission royale ne rende son rapport final. Karina Lester n'a pas besoin de plus de temps, elle a déjà fait son choix. Descendante des Aborigènes de la région qui ont été traumatisés par les tests nucléaires effectués à Maralinga, dans le désert, dans les années 1950 et 1960, elle refuse que les communautés isolées aient de nouveau à subir l'arrivée du nucléaire, sous quelque forme que ce soit :
 
« C'est vraiment immoral et c'est terrible de parler de déchets. Ces déchets ne vont pas atterrir à Adélaïde, mais dans le nord de l'État, dans la partie reculée. »
 
En 2004, le Premier d'Australie méridionale, Mike Rann, s'était battu contre le gouvernement fédéral, qui voulait construire un site d'enfouissement des déchets nucléaires à Woomera, mais le Premier actuel, Jay Weatherill, n'est pas contre l'idée :
 
« Dans un sens, c'est un test pour notre démocratie : peut-on débattre intelligemment et respectueusement d'une question controversée, qui concerne le futur de notre région, et aboutir à une décision avisée ? »
 
Il précise que le gouvernement local ne prend pas position, pour le moment, préférant attendre la fin de la période de consultation de la population.

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