A Guam, le commandant du porte-avions Theodore Roosevelt viré pour avoir alerté sur le coronavirus a été acclamé par son équipage

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Brett Crozier le commandant du USS Theodore Roosevelt avant son limogeage ©US NAVY
Le secrétaire à l'US Navy Thomas Modly, vivement critiqué pour sa gestion de la crise provoquée par la contamination au coronavirus du porte-avions nucléaire Theodore Rooseveltet et la révocation de son commandant, a démissionné, a annoncé le ministre américain de la Défense Mark Esper.
Sur la base navale de l’ile de Guam, à 4.600 kilomètres au nord de la Nouvelle-Calédonie, le commandant du porte-avions nucléaire Théodore Roosevelt (USS-CVN71), Brett Crozier, avait plaidé en faveur de l’évacuation des marins de son navire, malades du coronavirus. il a été révoqué. Une centaine de membres de l’équipage avaient été touchés, la maladie risquait de s’étendre parmi les 4000 hommes de ce géant des mers et il ne disposait pas des moyens nécessaires pour enrayer la progression de la pandémie. Aux Etats-Unis, en pleine pandémie, l'affaire a pris une tournure polémique et politique. 
 
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UUS-CNV71 Porte-avions Theodore Roosevelt ©AFP

L'honneur d'un marin américain
Le capitaine de vaisseau Brett Crozier, commandant de l’USS Théodore Roosevelt a été limogé après avoir adressé une lettre de quatre pages au commandant de la Navy. Hier, son supérieur hiérarchique, à l’origine de la sanction, a démissionné.

Démission
"Ce matin, j'ai accepté la démission de M. Modly. Il a démissionné de lui-même (...) pour que la Navy puisse passer à autre chose", a tweeté le ministre américain de la défense, Mark Esper, alors que des informations sur le départ de M. Modly commençaient à sortir dans la presse américaine.
 
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Thomas Modly ©AFP

M. Modly avait révoqué jeudi le commandant du porte-avions, le capitaine de vaisseau Brett Crozier, qui quelques jours plus tôt avait tiré le signal d'alarme dans une lettre aux accents dramatiques pour faire évacuer son navire immobilisé à l'île de Guam dans le Pacifique, plusieurs cas de Covid-19 ayant été enregistrés dans le bâtiment.

"Nous ne sommes pas en guerre. Il n'y a aucune raison que des marins meurent", s'exclamait le capitaine Crozier dans cette missive qui a fuité et a été publiée par le quotidien californien San Francisco Chronicle.

La hiérarchie de la Navy, qui refusait initialement d'évacuer complètement les quelque 4.800 membres de l'équipage, préférant ne faire partir du navire que les cas déclarés de Covid-19, a finalement accéléré les tests et évacué une grande partie des marins.

M. Modly s'est rendu lundi à Guam pour défendre sa décision de révoquer le commandant Crozier auprès de son équipage, qui avait acclamé ce dernier à son départ du bateau. Le secrétaire à la Navy s'est rendu à bord du Theodore Roosevelt et dans un discours qui a lui aussi immédiatement fuité dans la presse, il a critiqué le commandant Crozier.
« S'il ne pensait pas que sa lettre finirait par être publiée, "il était trop stupide ou trop naïf pour commander un navire comme celui-ci", a-t-il notamment dit à l'équipage, alors que la tension était particulièrement perceptible.

Critique des médias
Il a aussi insisté dans ce discours de 15 minutes sur le fait que les militaires ne devaient pas faire confiance aux médias, trop partiaux selon lui. "Leur parti pris dépend de leur couleur politique", a ajouté M. Modly. "Ils sont là pour nous diviser".

- "Indigne" -
Cette diatribe contre les médias a provoqué de vives réactions au Congrès, où plusieurs élus ont demandé la démission de M. Modly. M. Esper, qui avait d'abord défendu son secrétaire à la Navy, a donc finalement accepté sa démission. Il a nommé l'actuel sous-secrétaire à l'armée de terre, Jim McPherson, secrétaire à la Navy par intérim. M. McPherson est un ancien amiral qui saura "rétablir la confiance et la stabilité  au sein de la Navy pendant cette période difficile", a-t-il indiqué dans un communiqué.
 
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A Guam, prise de température de marins du porte-avions Theodore Roosevelt (CVN71) ©US NAVY-AFP

Commission d'enquête de la Navy
M. Esper a souligné qu'aucune décision sur le sort du commandant Crozier ne serait prise avant les conclusions d'une enquête en cours sur l'incident. "Il faut maintenant donner la priorité aux besoins de la Navy, y compris à l'équipage du Teddy Roosevelt, et passer à autre chose, tous ensemble", a-t-il conclu.

Le comportement de M. Modly "n'était pas digne de celui d'un chef de l'US Navy, particulièrement en période de crise, et il a fait du tort au commandant Crozier, aux marins du Theodore Roosevelt, et à l'ensemble de l'US Navy", a commenté le démocrate Jack Reed, un membre influent de la commission des Forces armées du Sénat, se félicitant de la décision de M. Esper.

Le candidat démocrate à la Présidentielle américaine réagit
"La démission de M. Modly est justifiée et méritée", a tweeté le candidat démocrate à la présidentielle Joe Biden. "Ses remarques désobligeantes étaient totalement indignes de la fonction qu'il occupait. Nos marins, notre pays et le commandant Crozier méritent mieux".
 
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