Backpackers: qui va cueillir les fruits de l'Australie?

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Des backpackers cueillent les pommes à Stanthorpe, dans le Queensland. ©ABC
Les backpackers risquent de fuir l'Australie car depuis 6 mois, le gouvernement libéral tente d'instaurer un impôt sur leurs salaires - 19%. Le Sénat a rejeté le projet jeudi, et voté pour un taux de 10.5%. Mais la bataille politique est loin d'être terminée...
 Les agriculteurs s'inquiètent de ne pas avoir assez de main d'oeuvre, et les prix des fruits et légumes pourraient grimper en flèche. D'habitude ce sont des centaines de backpackers étrangers - surtout des Asiatiques et des Européens, qui font les récoltes. Jusqu'à présent, ils ne payaient pas d'impôts, parce qu'ils ne gagnaient pas suffisamment pour passer au-dessus du seuil d'imposition australien. 
 
Jeudi, le Sénat a retoqué le projet de loi du gouvernement, et adopté un amendement qui propose de porter à 10.5% ce taux d'imposition, au lieu des 19% souhaités par Canberra. Cet amendement a été voté par l'opposition travailliste, les Verts, et une poignée d'indépendants. 
 
George Christensen, un député de la majorité gouvernementale, dans la circonscription agricole de Dawson, dans le nord du Queensland, estime que le Parlement doit voter la loi de toute urgence.  « Si le parti travailliste et le Sénat n'arrivent pas à se mettre d'accord avec le gouvernement, la récolte de cet été ne sera pas cueillie, souligne-t-il. Et les prix des fruits et légumes frais vont grimper en flèche dans les prochains mois. Cette crise va avoir un impact sur toutes les familles du pays, à l'approche de Noël. » 
 
Mais l’opposition ne semble pas prête à accepter de taxer les backpackers à hauteur de 19%. Chris Bowen, le porte-parole de l'opposition travailliste sur les Finances, a appelé les députés d'arrière-ban du parti National à voter pour les 10.5%, et donc à se désolidariser de leur chef, Barnaby Joyce, qui est un fervent partisan d'une imposition plus élevée des backpackers: « Ils devraient se préparer à voter contre la direction de leur parti sur cette question, pour protéger l'Australie rurale de cette ponction fiscale orchestrée par Scott Morrison. Ils devraient se prononcer en faveur de la décision raisonnable, qui serait de fixer l'impôt des backpackers à 10.5% dès le 1er dollar qu'ils gagnent. »
 
Si l'opposition n'accepte pas les 19%, le gouvernement menace d'imposer aux backpackers 32.5% d'impôts. Mais le gouvernement libéral a un déficit budgétaire à combler, et Scott Morrisson, le ministre du Trésor, a juré qu'il ne cèderait pas. Il a des chances de gagner., car le texte de la loi doit encore repasser devant la Chambre des représentants, où la coalition gouvernementale (les Libéraux et les Nationaux) détiennent la majorité, avant de repartir au Sénat, en deuxième lecture. 
 
Il y a urgence. L'imposition des backpackers étrangers doit entrer en vigueur le 1er janvier 2017. Si le Sénat refuse toujours le taux d'imposition de 19%, Scott Morrison a menacé de faire passer des amendements au forceps et d'établir le taux d'imposition à 32.5 %, qui risquerait fort de décourager les backpackers étrangers à venir travailler en Australie. 
 
Les agriculteurs veulent à tout prix éviter cette situation, car ils craignent de perdre cette main d'oeuvre nombreuse et bon marché, qui pourrait se détourner de l'Australie si elle est trop taxée. Selon la Fédération Nationale des Agriculteurs (National Farmers' Federation), les backpackers étrangers représentent en moyenne 25% de la main d'oeuvre agricole en Australie, et jusqu'à 85% dans le Territoire du Nord.  
 
Initialement, le gouvernement voulait introduire directement un impôt de 32.5% pour les backpackers étrangers dès le 1er juillet 2016, mais il a du faire machine arrière, devant la colère des agriculteurs. La Fédération Nationale des Agriculteurs a accepté un compromis, et elle est maintenant prête à accepter un taux d'imposition compris entre 15% et 19%, du moment que le Parlement prend rapidement sa décision, avant Noël. Car l'incertitude risque de faire fuir les backpackers étrangers, justement alors que les récoltes de l'été débutent en Australie. 
 
Outre l'impôt des backpackers, le gouvernement fédéral cherche d'autres sources de revenus. Il envisage de porter à 60 dollars la taxe de départ des passagers dans les aéroports australiens - soit une augmentation de 5 dollars, à compter du 1er juillet prochain.