Calédoniens ailleurs : Sophie Chabaud, la revanche d’une battante sur la vie

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Calédoniens ailleurs : Sophie Chabaud, la revanche d’une battante sur la vie
Calédoniens ailleurs : Sophie Chabaud, la revanche d’une battante sur la vie ©Brian Gauvan
Nombre de nos compatriotes font le choix de quitter la Nouvelle-Calédonie. Études, recherche d’emploi, envie d’ailleurs, les raisons sont multiples. Mais qui sont ces Calédoniens qui tentent l’aventure ailleurs ? Cette semaine, Sophie Chabaud, principale adjointe. 
Enfant placé, SDF, exemple de la réussite républicaine et calédonienne, Sophie s’est battue pour s’en sortir. Pour faire sa place, la métisse Kanak a trouvé en l’école « sa porte de sortie ». À force de travail et de pugnacité, la Calédonienne a gravi les échelons un à un. 

L’histoire de cette petite fille abandonnée commence dans un foyer de la DASS. Née d’un père bouraillais et d’une mère Kunié, Sophie devient pupille de l’État. Très vite, la jeune métisse trouve son salut grâce à l’école et dans le sport. C’est d’ailleurs là qu’elle imagine son futur. « Au collège, je voulais devenir professeure de sport. Au lycée, je souhaitais être sage-femme. J’ai toujours voulu être avec des enfants. C’est lié à mon histoire. » Si elle échoue une première fois au bac, la lycéenne ne baisse pas les bras. D'autant plus que congédiée de son foyer et enceinte, elle doit tout faire pour y arriver. Le chef d’établissement du lycée Lapérouse de l’époque lui propose une place de maîtresse au pair. En échange de la surveillance des internes, le lycée lui propose le gîte, le couvert et la possibilité de repasser le bac. La jeune maman de 18 ans obtient alors son bac D avec de nouveaux projets en tête.  « J'ai constaté ce que c’était que de mettre un enfant au monde et je me suis dit que ce n’était pas pour moi comme métier. » Sophie s’occupe de son bébé pendant un an, hébergée par des amis. 
 
Sophie a débuté sa carrière en tant qu'institutrice remplaçante
ie a débuté sa carrière en tant qu'institutrice remplaçante ©DR

Question de destin, d’heureuse rencontre ou de bienveillance, mais c’est une fois de plus, un personnel du lycée qui l’éclaire sur son avenir. « L’infirmière du lycée m’a conseillé de passer le concours des maîtres. La formation offrait un salaire et je travaillais avec les enfants. » En 1993, Sophie tente le concours. C’est un échec. Trois années durant, la Calédonienne affronte cet insuccès. Loin de se laisser abattre, persuadée qu’une carrière dans l’Éducation nationale l’attend, la métisse Kunié change de stratégie. Enseignante remplaçante pendant un an en 1996, elle présente le concours interne l’année suivante. Bingo. Trois années de formation plus tard, la voilà mutée à Houaïlou puis à Yaté. Un déménagement dans le Sud qui n’est pas étranger à son histoire personnelle. « À Yaté, j’avais de la famille maternelle. J’étais dans une quête identitaire à l’époque. Ayant grandi dans un foyer, j’avais besoin de savoir qui j’étais. » Une histoire de vie qui influe sur ses choix de carrière à plusieurs reprises. 
 
La Calédonienne a réussi à gravir les échelons tout en étant maman de trois filles
La Calédonienne a réussi à gravir les échelons tout en étant maman de trois filles ©Brian Gauvan

Sophie décide ainsi de devenir enseignante spécialisée, motivée par des raisons personnels. « J’ai eu un besoin physiologique de comprendre et d'accompagner en termes d’apprentissage. » L’enseignante passe en 2007 le concours de professeur des écoles en même temps que le Certificat d’aptitude professionnelle pour les aides spécialisées, les enseignements adaptés et la scolarisation des élèves en situation de handicap (CAPA- SH). « J’ai obtenu les deux concours et ma vie a changé à partir de ce moment-là. C’était fantastique de travailler avec ces enfants. Un vrai coup de cœur. » Pendant sept ans, Sophie sillonne la province Sud. Mais sa soif de réussir l’incite bientôt à se lancer dans de nouveaux projets. En 2014, l’institutrice choisit de passer le Certificat d’aptitude aux fonctions d’instituteur ou de professeur des écoles maître formateur« Je voulais être conseillère pédagogique et accueillir des stagiaires. » Bien qu’admissible, la métisse Kanak n’obtient pas l’admission. 
 
En 2018 Sophie a réussi le concours pour devenir chef d'établissement dans l'éducation nationale
En 2018 Sophie a réussi le concours pour devenir chef d'établissement dans l'éducation nationale ©DR - Le Télégramme

Froissée, Sophie ne s’avoue pas vaincue. « Puisque j’ai fait le tour de l’enseignement primaire, je vais aller dans le secondaire. » Elle répond alors à un appel à candidature pour être enseignante spécialisée en SEGPA. En poste en 2015, elle obtient l’année suivante le CAPA-SH option secondaire. L’enseignante qui a entendu si souvent « qu’elle n’y arriverait jamais », qu’elle devait « rester à sa place faire son travail » vise alors l’échelon supérieur : chef d’établissement. «Je me suis dit ‘pourquoi pas moi ?’ » Deux tentatives sont nécessaires pour décrocher le précieux sésame. Avec à chaque fois, son lot de remises en question. « J’ai bossé deux fois plus. J’ai appris tout ce qu’on peut apprendre sur le système éducatif français depuis 1881. » Admise en 2018, Sophie a dû réorganiser sa vie. « Après un concours national, les Ultramarins qui ont réussi sont obligés de s’installer en métropole pour au moins deux ans. Et vous devez supportez les frais. » Avec ses deux dernières filles, la Calédonienne est établie dans le Morbihan. Depuis un an et demi, elle co-dirige comme principale adjointe un collège de six cents élèves et soixante-dix personnes. En juillet 2020, Sophie et sa famille rentreront en Nouvelle-Calédonie. La quadragénaire aura alors un poste dans un établissement du Grand Nouméa ou de la capitale. 
 

« Si j’ai fait tout ce que j’ai fait, si j’ai voulu réussir professionnellement, c’est parce que je me disais que ce n’est pas parce que je suis une métisse kanak, que je suis une enfant du foyer, que j’ai enseigné à Houaïlou que je n’y arriverais pas. L’enseignement dispensé en Nouvelle-Calédonie est de qualité. Ma motivation a été que l’on m’a beaucoup rabaissé, d’avoir connu un sentiment d’injustice.» 


par ambre@lefeivre.com 

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