Covid-19 : l’obligation vaccinale en Nouvelle-Calédonie a été adoptée

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Examen du texte sur l'obligation vaccinale en commission permanente du Congrès, le 3 septembre 2021.
Examen du texte sur l'obligation vaccinale en commission permanente du Congrès, le 3 septembre 2021. ©Mathieu Ruiz Barraud / NC la 1ere
Face à la pandémie, une décision radicale. Le projet d’obligation vaccinale est repassé au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, vendredi. La commission permanente a voté à l'unanimité la version amendée du texte.

La nuit a été courte, au Congrès. Les travaux et les procédures liés au projet de texte sur l’obligation vaccinale ont duré jusque très tard, jeudi 2 septembre. Et après la réflexion en commission plénière, c’est en commission permanente que la décision, lourde de sens, a été prise vendredi 3 septembre : les onze élus qui composent le "Petit congrès" ont été unanimes pour instaurer une obligation vaccinale contre le virus SARS-Co V-2 en Nouvelle-Calédonie.

Ce texte (amendé et sous-amendé) a pour but de faire progresser le plus vite possible la couverture vaccinale sur le Caillou, pour l’instant limitée à un tiers de la population vaccinable (et un quart de la population totale). A ce stade, la mise sous cloche du pays, qui le garde Covid-free, est prévue jusqu'au 31 décembre. 

Sans sanction, sauf pour certaines catégories et à partir du 31 décembre

Cette obligation de se faire vacciner concerne les personnes majeures présentes en Nouvelle-Calédonie qui n'ont pas de contre-indication médicale, et  les personnes entrant sur le territoire.

Elle se veut sans sanction (pour le moment, du moins). A l'exception des professions jugées en première ligne, notamment dans la santé, au port ou en aéroport ; des métiers "relevant des secteurs sensibles dont l'interruption entraînerait des conséquences néfastes sur le fonctionnement du pays"; ou des personnes à risque. Attention : la liste précise n'a pas encore été établie. Et il n'est pas prévu de sanctionner les récalcitrants appartenant à ces catégories avant le 31 décembre. Il est question d'une amende de 175 000 F. 

La Nouvelle-Calédonie est le quatrième pays au monde à instaurer l’obligation vaccinale.

Yannick Slamet, porte-parole du gouvernement calédonien

 

"J’ai fait le choix de me vacciner"

Cette séance publique était menée par Milakulo Tukumuli, président de la commission permanente. Le dirigeant de l’Eveil océanien a confié à l'hémicycle qu'il était l’un "des rares élus" qui ne s’est pas fait vacciner. Mais il l’a annoncé : "Compte-tenu de la situation en Polynésie française, dans l’état actuel des données scientifiques que nous avons à notre niveau, j’ai fait le choix de me vacciner." Il venait de souligner : "Je comprends qu’il y a ce matin un consensus fort (…) et c’est une bonne chose." 

Auditions la veille

Ce consensus a été initié dès lundi, et approfondi la veille du vote final. Jeudi, la commission plénière du Congrès a planché sur le sujet une dizaine d’heures. Elle a procédé à plusieurs auditions : des représentants de l’Interpatronale, des syndicats des salariés du secteur public et du secteur privé, du comité d’experts scientifiques indépendants, et du conseil de l’ordre des médecins. En chiffre cumulé, 33 conseillers du boulevard Vauban ont pris part au débat, a rapporté le secrétaire général, Vidjaya Tirou. 

L’argument décisif de la Polynésie

Une image a été utilisée, à cette occasion. Celle d’une personne ivre qui veut quand même conduire, pour défendre la responsabilité de protéger même celles et ceux qui ne souhaitent pas être vacciné(es). "Ce sujet fait débat, divise la population. Mais un de nos voisins, la Polynésie, souffre énormément du virus", est intervenue Sonia Backès vendredi, en citant quelques chiffres en provenance de Tahiti. 

"Sur un total de 900 patients hospitalisés, seulement 10% avaient reçu un schéma vaccinal complet", a pointé la présidente de la province Sud, et  87 % des personnes décédées n’étaient pas vaccinées. L’élue Avenir en confiance a encore cité l’exception marquisienne, puisque l’archipel vacciné à au moins 88 % arrive à se préserver de la pandémie.

Ce qui nous anime, c'est la volonté de protéger nos populations. La seule arme réelle et avérée pour combattre ce virus est le vaccin. J'espère que les dispositions que nous prenons aujourd'hui vont faire que notre taux de vaccination va augmenter de façon à ce que soyons préservés du virus lorsqu'il entrera.

Virginie Ruffenach, explication de vote du groupe AEC

 

"Prévoir pour éviter la catastrophe"

"C’est à nous, les élus, de prendre conscience de cette situation d’urgence. Il faut prévoir pour éviter la catastrophe", a déclaré Isabelle Kaloi-Bearune pour le groupe UC-FLNKS et Nationalistes et l’Eveil océanien.

Ce texte permet de booster la vaccination, la seule prévention pour protéger la santé de nos populations. Il permet aussi à l'Etat d'imposer par décret la vaccination à tous les entrants. Quelque part, l'Etat nous oblige à vacciner nos populations. Mais sur des questions de vie ou de mort, nous devons sortir de tout clivage politique pour assumer nos responsabilités.

Isabelle Kaloi-Bearune, , explication de vote UC-FLNKS et Nationalistes et l’Eveil océanien


"Le choix de protéger"

Jean-Pierre Djaiwe, au nom de l’Uni,  l’avait dit de manière solennelle : "On voit bien que le sujet est sensible mais entre le choix de la vie et la mort, notre groupe fait très clairement le choix de protéger les Calédoniens pour qu’ils restent en vie."

La population calédonienne s'est rendue compte de ce qui passe à Tahiti. Je pense qu'[elle a] mesuré la gravité de la situation. Malgré les contestations qu'il peut y avoir dans le pays, nous avons pris nos responsabilités parce que nous avons la ferme volonté de protéger nos populations.

Jean-Pierre Djaïwe, explication de vote de l'Uni

 

"Ne rien faire n’est pas une solution"

"La Nouvelle-Calédonie est l’un des rares pays au monde Covid-Free", a planté Philippe Michel, secrétaire de la commission permanente et chef de groupe Calédonie Ensemble. "C’est une chance extraordinaire, qui nous confère l’immense responsabilité de faire en sorte que cette situation puisse continuer d’exister au profit de nos populations, dans les meilleures conditions possibles. Sauf que la stratégie sanitaire de confinement extérieur et de sas sanitaire ne tient plus face au variant delta." 

"Je préfère être fâché avec certains de nos compatriotes parce qu’on a pris une mesure pour protéger une partie de la population, a-t-il dit, plutôt que faire partie de ceux qui seront fâchés avec tous nos compatriotes lorsque le variant entrera et que le pays connaîtra la catastrophe que connaît la Polynésie. Il ne faut surtout pas croire que ne rien faire face à ce problème est une solution. Si nous ne faisons rien, la situation sera beaucoup plus grave." 

Face à la responsabilité de préserver la vie de nos compatriotes et les équilibres de notre pays, je voudrais saluer de manière solennelle le sens des responsabilités de tous les élus du Congrès et de tous les groupes politiques. Il était essentiel, face à une échéance pareille, d'afficher un sens des responsabilités et une unanimité, pour envoyer un message clair au public.

Philippe Michel, explication de vote de Calédonie ensemble

 

Pour le gouvernement, "le plus dur commence"

Le consensus politique sur cette question a enfin été salué par le porte-parole du gouvernement Yannick Slamet. "Quand le gouvernement a déposé ce projet de délibération pour les entrants, à l'unanimité, on avait l'espoir que la vaccination obligatoire serait de mise. C'est au-delà de nos espérances puisque c'est l'unanimité au sein de cet hémicycle", a-t-il lancé. En ajoutant : "Il va obliger le gouvernement à s'engager sur l'ouverture de l'offre vaccinale et à organiser la campagne de vaccination. Pour nous, le plus dur commence." 

Merci aux groupes politiques d’avoir trouvé ce consensus unanime fort, sur ce sujet qui divise les Calédoniens. Les deux objectifs principaux recherchés : celui de renforcer le sas sanitaire et celui de pouvoir augmenter les statistiques en termes de vaccination dans notre pays.

Milakulo Tukumuli, président de la commission permanente, après le vote

 

Le compte-rendu radio de Mathieu Ruiz Barraud :

L'obligation vaccinale adoptée


Voyez également le résumé télé par Erik Dufour et Carawiane Carawiane :